KIDS : PROGRÈS DE L'INSTINCT
pies de variations remarquables dans rétablissement du nid de la part d'oiseaux de môme espèce dans les États du Nord et du Sud de l'Amérique. En somme, comme le dit fort bien M. Wallace, il résulte des preuves fournies que les oiseaux adaptent leurs nids à la position quMls choisissent ; et la manière dont les hirondelles, les fauvettes et plusieurs autres espèces d'oiseaux s'accommodent de bouts de toits, de cheminées ou de boîtes montre une tendance toujours en éveil à tirer profit des changements de conditions, a II est donc pro- » bable qu'une variation climatérique permanente aurait son » influence sur plusieurs oiseaux qui, pour mieux protéger » leurs jeunes, modifieraient la forme de leur nid et le choix » des matériaux. » {Sélect, nat., p. 232.)
En Amérique un changement de ce genre s'est opéré chez les hirondelles [house-swaîlows] dans les trois derniers siècles.
Ajoutons comme corollaire que chez les espèces que l'on a pu observer attentivement et pendant une période suffisante, on a reconnu un progrès régulier dans la construction des nids. C. G. Leroy, qui en sa qualité de garde-forestier à Versailles, il y a près d'un siècle, fut à même d'étudier les mœurs animales, écrivit un traité sur c l'intelligence et la perfectibilité des animaux, considérées à un point de vue philosophique 1». Dans cet essai, il a prévenu l'observateur américain Wilson en tant qu'il fait remarquer combien les nids déjeunes oiseaux sont inférieurs à ceux de leurs aînés, comme position et comme architecture. Le fait en lui-même n'a rien d'impossible et confirmé qu'il est par deux observateurs indépendants de mente, il nous autorise à conclure que l'instinct de la nidification est susceptible, du moins chez certains oiseaux, de se compléter par l'expérience et l'intelligence de l'individu. M. Pouchet a également constaté la supériorité croissante des nids d'hirondelles à Rouen de son vivant, et son témoignage s'accorde avec l'opinion de Leroy d'après laquelle, s'il nous était possible d'observer avec l'attention voulue pendant une période suffisamment longue, nous finirions par reconnaître que l'accumulation des progrès intelligents des individus de générations successives réagit sur l'instinct héréditaire, si bien que tous les nids d'une région déterminée atteignent un degré supérieur de perfection. M. Noulet a cependant con-
testé plus tard les faits avancés par M. Pouchet. (Ouvrage cité, t. II, p. 77.)
Leroy dit aussi que, quand une couvée d'hirondelles éclot trop tard pour pouvoir émigrer avec leurs aînées, l'instinct^ migrateur n'est pas assez fort en elles pour les pousser au départ. « Elles périssent, victimes de leur ignorance et du » retard qui les a empêchées de partir avec leurs parents. »
Coucou,
Parmi les instincts spéciaux manifestés par les oiseaux, il n'en est pas de plus curieux que celui qui pousse le coucou à déposer ses œufs dans le nid d autrui. C'est là un sujet important à bien des points de vue, et je m'y étendrai un peu.
Reconnaissons toutefois d'abord que cet instinct ne se retrouve pas chez toutes les espèces du genre, le coucou d'Améf ique, par exemple, fait son nid et élève sa nichée comme les autres oiseaux. Mais le coucou d'Australie se comporte comme celui d'Europe. L'illustre Jenner fut le premier à l'observei*, et publia dans les Transacti07ts phUosophiqties (vol. LXXVIII, page 221) un rapport dont j'extrais ce passage :
ce II y a plusieurs espèces de petits oiseaux dont le nid plaît » au coucou. Je lui ai vu confier ses œufs à la fauvette d'hi- » ver, à la bergeronnette, à l'alouette des prés, au bruant, au » verdier et au tarier. D'habitude il préfère les trois premiers ; » mais c'est la fauvette d'hiver qu'il estime le plus, et, par » suite, afin d'éviter toute confusion, nous la considérerons » dans le présent mémoire comme la seule nourrice du coucou, » excepté dans certains cas qui seront spécialement indiqués. » Quand la fauvette, après avoir couvé le nombre de jours » voulu, a fait éclore l'œuf de coucou (celui-ci est générale- » ment le premier à éclore), le nid ne tarde pas à être débar- » rassé du reste de son contenu, œufs et oisillons. Le jeune » tyran ne tue pas ses frères de lait pas plus qu'il ne brise » les œufs avant de les expulser; il les laisse périr sur le^ » branches où ils restent accrochés ou à terre au-dessous » du nid.
y> Le 18 juin 1787, j'inspectai le nid d'une fauvette d'hiver » qui se trouvait contenir quatre œufs, dont un de coucou. Le » jour suivant je m'aperçus que l'éclosion avait eu lieu, mais
MOEURS DU COUœU 63
» qu'il n'y avait au nid qu'une seule jeune fauvette et le cou- » cou Comme d*ailleurs la nature du lieu se prétait à l'obser- » vation, je continuai à regarder, et, à mon grand étonne- ]» ment, je vis le jeune coucou, si récemment éclos, se mettre D en devoir de faire vider la place à sa compagne.
» Sa manière de s'y prendre était fort curieuse. A l'aide de » son croupion et de ses ailes il se mit la fauvette sur le dos, » la maintint en place en élevant les coudes, et gravit à recu- » ions la paroi du nid. Arrivé en haut, il prit un temps de » repos, puis, rassemblant ses forces en un soubresaut, il lança » son fardeau de manière à le dégager complètement du nid.. » Puis après être resté quelque temps à tâtonner du bout de » ses ailes, comme pour s'assurer qu'il s'était bien acquitté de » sa besogne, il se laissa glisser dans le nid. J'ai souvent eu » Toccasion de constater que le bout des ailes est pour les » jeunes coucous une sorte de main avec laquelle ils exa- » minent un œuf ou un oisillon avant de se mettre à l'œuvre, » et dont la sensibilité parait suppléer à la vue qui leur » manque encore. J'ai également, à plusieurs reprises, mis un » œuf dans différents nids contenant un jeune coucou, et » chaque fois, j'ai vu le petit animal manœuvrer d'une façon » analogue à celle qui vient d'être décrite. Souvent en grim- » pant surle bord du nid, il lui arrive de laisser retomber son » fardeau; mais il ne se laisse pas rebuter et recommence » jusqu'à réussite complète. Ce qui est curieux, c'est de voir » la manière dont il se démène lorsqu'on lui adjoint un jeune » oiseau dont le poids est au-dessus de ses forces, c'est l'in- » quiétude et l'agitation personnifiées.
» Au bout de deux à trois jours, cette tendance à éliminer » ses compagnons commence à diminuer et disparait entière- » ment, à ce qu'il me semble, au bout de douze jours. Môme » avant cette époque, il semble tolérer la présence d œufs dans » le nid; car j'ai souvent vu un jeune coucou, éclos depuis » neuf ou dix jours, rejeter un oisillon placé dans son nid en » môme temps qu'un œuf dont il ne s'offusquait pas. Sa forme » singulière se prête, du reste, à ces manœuvres; à rencontre, » des oiseaux lorsqu'ils viennent d'éclore, il a le dos très » large à partir des omoplates, et muni vers le milieu d'un » creux considérable, qui semble destiné par la nature à re- » cevoir l'œuf ou l'oiseau qu'il cherche à éliminer. Au bout de
» douze jours cette cavité disparaît et le dos prend la forme
» commune à la généralité des jeunes oiseaux C'est peut-
» être dans le fait d'une conformation qui rend le Jeune cou- » cou si apte à charrier les jeunes fauvettes, que se trouve » Texplication du choix, que fait la femelle, du nid d'une si » petite espèce pour y déposer son œuf. Les jeunes, d'une es- » pèce plus grosse, seraient probablement trop lourds pour » être maniés, et le jeune coucou ne pourrait, par consé- » quent, accaparer le nid à lui seul. (Je me rappelle le cas » d'une fauvette d'hiver, dont un œuf vint à éclore cinq jours » avant celui qu'un coucou avait déposé dans son nid. Il fal- » lut deux jours au jeune coucou pour rattraper l'avance que 1» la jeune fauvette avait sur lui et acquérir assez de force » pour la rejeter au dehors ; mais les œufs ne lui avaient pas » causé le môme embarras, car il n'en restait plus qu'un )
D 27 juin nST. — Ce matin, deux coucous et une fauvette i> d'hiver vinrent au monde dans le même nid ; il restait un » œuf encore intact. Quelques heures après les deux coucous » commencèrent à so disputer la possession du nid; la lutte, X) longtemps indécise, finit par se terminer en faveur du plus » gros, qui mit à la porte l'œuf et la jeune fauvette, aussi bien » que son adversaire. Rien de curieux comme de voir ces » deux oiseaux aux prises ; tantôt l'un, tantôt l'autre, réus- » sissait à pousser son rival jusque vers le bord du nid, pour » fléchir au dernier moment sous le poids et retomber ; ce ne » fut qu'après maints efforts que la victoire resta au plus fort, » qui devint, dès lors, l'unique nourrisson des fauvettes.
» A quelles causes attribuer les mœurs singulières du cou- » cou ? Ne pouvons-nous pas y voir le résultat du peu de D temps que Toiseau a à passer dans la région où il lui faut » se propager et du mandat qu'il reçoit pour ainsi dire de la » nature de tirer le meilleur parti possible de ce court sé- » jour? Le coucou parait pour la première fois dans notre » contrée vers le milieu d'avril, soit généralement vers le IT » de ce mois. Son œuf n'est guère prêt à être couvé que vers » le milieu de mai, et l'incubation exige une quinzaine de » jours. Le jeune oiseau séjourne d'habitude trois semaines » avant de voler et après cela ses père et mère nourriciers » continuent à le nourrir au moins cinq semaines Par consé- » séquent, même dans le cas d'une ponte anticipée, un jeune
WCEUKS DU COUCOU : LEUUS CAUSES 65
>j COUCOU ne saurait être arrivé à se îUJÎre avant que ses u parents, poussés par leur instinct, se missent en voyage : » c'est, en effet, pendant la première semaine de juillet qu'ils » émigrent.
» Si la nature avait permis au coucou de séjourner aussi » longtemps dans nos contrées que certains oiseaux voya- » geurs qui ne font qu'une nichée (le martinet ou le rossignol, » entre autres), et lui avait assigné autant de jeunes qu'il » serait possible à un oiseau d'en élever d'un seul coup, il eût » pu en résulter une reproduction insuffisante ; tandis qu'en » l'envoyant pondre de nid en nid, elle suspend en lui l'envie » de couver, comme il arrive pour la poule à laquelle on » soutire chaque jour son œuf. >*
Un correspondant du journal Nature (vol. V, page 383 et vol. IX, page 123) que M. Darwin, dans la dernière édition de r « Origine des espèces », nous affirme être un observateur estimé de M. Gould, confirme de sa propre expérience le ri^cit de Jenner. Ce serait faire double emploi que de citer celles de ses observations qui ne font que répéter celles de Jenner, mais voici qui vaut la peine d*étre rapporté :
« Ce qui me frappa le plus, c'est que le coucou était d'une » nudité complète, sans vestige de plumes présentes ou à ve- » nir; ses yeux n'étaient point encore ouverts, et son cou D semblait incapable de supporter le poids de sa tête. Les » jeunes pitpits étaient pourvues aux ailes et sur le dos de » plumes déjà développées et montraient leurs yeux brillants » à travers leurs paupières entrouvertes; ils n'en semblaient » pas moins à la merci du coucou. Il est vrai que ce dernier D pourvu de jambes qui semblaient très musculeuses, parais- » sait explorer ce qui l'entourait à l'aide de ses ailes entière- » ment dépourvues de plumes, comme avec des mains ; le » pouce de l'aile, exceptionnellement développé simulant le » pouce d'une main ordinaire. Rien d'extraordinaire comme y> de voir ce petit monstre aveugle aller droit au côté ouvert » du nid, c'est-à-dire vers le seul point où il lui lut possible » de projeter son fardeau en bas du talus. (Le nid se trouvait » placé sous un buisson de bruyère sur le penchant escarpé » d'un petit talus). Étant aveugle, il avait dû tâter de l'ailo D pour reconnaître que le nid surplombait d'un côté. »
Voilà les faits ; il s'agit maintenant de leur appliquer les
principes de révolution. Tout d'abord, sans contester, au point de vue individuel, les avantages d'un procédé qui facilite la tâche de l'oiseau et la rend plus expéditive, on ne voit pas très clairement quel profil l'espèce en retire ; en effet, les coucous n'étant i)Oint sociables, il ne peut être question de coopération chez eux et par suite une év^onomie individuelle de temps et de travail ne semble pas devoir intéresser l'espèce. Mais il est probable que Jenner nous donne la clef de l'énigme à la fin du passage que j'ai cité. S il est avantageux pour les coucous d'émigrer de bonne heure, il est évidemment utile à leur prompt départ, de laisser à d'autres oiseaux le soin de couver leurs œufs. En tout cas, l'explication comporte un degré suffisant de probabilité, et qu'elle soit la vraie ou la seule, au moins sommes-nous autorisés à attribuer cet instinct singulier à l'influence déterminante de l'élection naturelle.
M. Darwin, dans son « Origine des espèces >», fait à ce sujet des remarques très intéressantes. Il commence par citer le témoignage du docteur Merrel qui lui affirme que le coucou d'Amérique, tout en couvant d'habitude ses œufs, les dépose quelquefois dans le nid d'autres oiseaux.
a Supposons maintenant, ajoute-t il, que le premier aïeill » du coucou d'Europe ait eu \e^ mœurs de celui d'Amérique, » déposant à l'occasion son œuf dans le nid d'un autre oiseau; » supposons également que par suite de cette habitude, les » parents se soient trouvés à même d'émigrer plus tôt, et que » les jeunes aient gagné en force à être élevés par un père et » une mère nourriciers d une autre espèce plutôt que par » leurs propres parents gênés par l'obligation de donner en >j même temps leurs soins à des jeunes et à des œufs ' : dans » l'un et l'autre cas il y aurait évidemment bénéiîce soit pour » les parents soit pour les jeunes*. »
1. Le coucou pond ses œufs à deux ou trois jours d'intervalle; par coflséquent s'il les couvait, il se produirait une série d'éclosions successives. C'est ce qui arrive dans le cas dix coucou dMmérique, dont le nid contient à la fois des jeunes et des œufs.
2. A propos de cette théorie, il est bon de remarquer qu'il arrive aussi quelquefois à des oiseaux dont les mœars n'ont rien de parasltô, de déposer leurs œufs dans le nid des autres. C'est ce qu'affirme le professeur A. Newton [Encydopédio britanniqve, article • Oiseaux i). t 11 est assez généralement « connu, dit-il, que Us œufs de faisan et de perdiix se trouvent souvent dans