‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 34 sur 120 · INSTINCT DU COUCOU : ORIGINE · texte numérisé non relu

INSTINCT DU COUCOU : ORIGINE

Il faut croire que nous avons là un instinct d'une grande antiquité, car le coucou d'Europe présente deux modifications importantes qui s'y rattachent. Nous en avons déjà mentionné une ici, la forme du dos chez les jeunes ; l'autre consiste dans la petitesse de l'œuf qui n'est guère plus gros que celui de l'alouette dont un coucou adulte atteint bien quatre fois la taille. Et cette exiguïté est bien le résultat d'une véritable adaptation, destinée à tromper les petits oiseaux dont le nid est exploité, car le coucou d'Amérique pond des œufs d'une grosseur normale. Ce qui n'empêche pas que de temps à autre l'on ait obseryé de la part du coucou un retour à l'instinct de nidification de ses ancêtres; car, selon Adolf Mùller, « il dispose » parfois ses œufs sur le sol à nu, couve ses œufs et élève » ses petits ».

Dans le numéro du journal Nature du 18 novembre 1869, le professeur A. Newton F. R. S. traite d'un point quelque peu obscur en rapport avec les instincts du coucou. Il dit qu'après avoir examiné, sur l'invitation du docteur Baldamus, seize œufs de coucou trouvés dans différents nids d'oiseaux, il est convaincu que « l'œuf du coucou présente à peu près la môme » couleur et les mêmes marques que ceux de l'oiseau dont le » nid l'abrite ». Ce serait encore un subterfuge pour tromper les pères et mères nourriciers ; mais le professeur Newton a soin d'ajouter :

« Ce que j'en dis, et l'assentiment que je donne à la défi- » nition circonspecte de ce que le docteur appelle « une loi » de la nature » ne sont pas pour m'empôcher de déclarer que » ce n'est que d'une manière approximative et non pas ab- » solument que Ton peut affirmer l'identité de couleur entre D Tœuf du coucou et ceux de ses dupes, etc. *. »

» le même nid ; et l'auteur a pu s'assurer que Ton rencontre quelquefois des

* œufs de mouette dans le nid de reider et vice-versa, que le rossignol de

* muraille et la m'oucheroile bigarrée pondent dans le même trou, la forêt leur

> en offrant peu à leur convenance ; qu^un hibou et un camard fréquentent à

> Toccasion la même retraite, et que le sansonnet qui se substitue conàtam-

> ment au pic vert dans son domicile, se trouve parfois mis en demeure d^é-

* lever l'iiéritier légitime du logis. *

* Depuis que mon ouvrage est sous presse, j'ai pu voir, grâce à l'obligeance de Al. Seebohm, des œufs de coucou, imitant par leur couleur ceux de l'oiseau dans le nid duquel ils avaient été pondus. La ressemblance est indéuiable et m'incline à modifier en partie le jugement que j'avais porté sur la théorie du professeur Newton. En elfet, M. Seebohm m'a fait observer qu'elle devient

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Toujours est-il que quand un homme de poids comme le l)rofesseur Newton reconnaît une tendance marquée à limitation, produisant dans certains cas des variations extraordinaires dans la couleur de Tœuf de coucou, le fait doit être souligné. On se demande tout naturellement quelle en peut être Texplication. On ne peut attribuer au coucou la faculté de colorer à volonté son œuf pendant qu il se forme, de manière à imiter ceux parmi lesquels il doit être déposé; et Ton ne peut non plus supposer qu'une fois Tœuf pondu, il en observe la couleur et va ensuite le porter dans le nid de l'oiseau dont les œufs s'en rapprochent le plus. Le professeur Newton suggère une autre théorie, dont il paraît satisfait, mais qui, je Tavoue, ne me sourit pas plus que les précédentes.

<t Quiconque, dit-il, a fait une étude approfondie des mœurs » des oiseaux, a dû remarquer la tendance qu'ont certaines » de ces mœurs à devenir héréditaires. En supposant donc » que chaque coucou s'en tienne volontiers au nid de telle ou T> telle espèce d'oiseau (hypothèse qui me semble loin d'être » risquée), on peut troire que cette habitude se transmettrait » aux descendants.

» Cela posé, nous n'avons qu'à appliquer le principe de » a la sélection naturelle » au cas qui nous occupe, pour voir » comment, avec le temps, les faits observés ont pu se pro- » duire ; les œufs se rapprochant le plus, par leur apparence, » de ceux de loiseau nourricier, devaient naturellement » avoir le plus do chance de le tromper et de recevoir ses » soins. »

Mais on aurait beau admettre qu'il existe chez le coucou une prédilection individuelle pour le nid de certains oiseaux, et que parmi ceux-ci il en est qui, s'ils n'étaient trompés par une ressemblance de couleur, ne manqueraient pas de rejeter l'œuf de l'intrus; il reste encore une énorme difficulté à surmonter. Qu'il arrive, par exemple, à un coucou entre cent de pondre des œufs assez semblables à ceux de la pie

plus acceptiible si Ton considère qu'un coucou élevé dans le nid de tel ou tel oiseau choisira probdblemeiit plus tard un nid de la même espèce pour y déposer ses œufs. L'expérieuce seule peut démontrer si la mémoire peut agir daus ce sens chez un oiseau ; mais enfla la chose n'eât pas impossible, et cela suffit pour reudre la théorie du professeur Newion plus vraisemblable que s'il fallait attribuer le choix du nid à une fonction héréditaire.

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