INTELLIGENCE GÉNÉRALE
Intjeixigenge générale.
Ici comme ailleurs, sous cette rubrique, j'ai rassemble tous les faits qui, tout en me paraissant avérés, dénotent un degré inusité d'intelligence de la part de ranimai en question (classe, famille, ordre ou espèce), — mon but étant de donner une idée générale de la limite supérieure d'intelligence qui carac* térise chaque groupe d'animaux.
Il est hors de doute que les oiseaux reconnaissent la nature de ranimai, que représente leur image dans un miroir. Houzeau, en racontant ses expériences à ce sujet avec des perroquets, ajoute qu'un chien n'est point aussi facilement dupe qu'un oiseau grâce aux indications que lui fournit son odorat. La vérité est que dans les deux classes d'animaux il peut se produire des variations d'individu à individu, variations qui dépendent beaucoup de l'expérience préalable de chacun.
Un jeune chien, ou un chien qui n'a jamais vu de miroir, est généralement facile à tromper, quelle que soit la finesse de son odorat. Pour mon compte, j'ai vu un « Setter » doué d'un excellent nez, chercher querelle à plusieurs reprises à sa propre image, avant que l'expérience lui eût démontré la futilité de ses efforts. Quant aux oiseaux, j'ai souvent vu des serins prendre leur image pour celle d'un autre serin, ou la réflexion de l'appartement pour la perspective d'une autre salle et aller s'assommer à moitié contre la glace par suite de leur erreur. Et ce fait vient à propos pour démontrer l'iatelligence supérieure d'une linotte qui, après s'être heurté une première fois contre le miroir, ne s'y laissa plus prendre, tandis que les serins y revenaient constamment.
A la page 82 du XXI* vol. du journal Nature, Mn»^ Frankland cite l'exemple d'un bouvreuil sur lequel le portrait d'un autre bouvreuil produisait beaucoup plus d'effet que sa propre image dans un miroir; le fait est remarquable, mais comme il paraît avoir été observé en maintes occasions, il n'y a guère lieu de le mettre en doute. Voici comment cette dame décrit l'acte de discernement qu'elle a observé chez son oiseau :
<t Chaque matin, dit-elle, mon bouvreuil a l'habitude de
3f> sortir de sa cage et de s'ébattre dans ma chambre où se » trouve une glace avec tablette de marbre et le portrait à » l'aquarelle, très réussi, et de grandeur naturelle, d'une fe- » meile de bouvreuil. Mon oiseau, au sortir de sa cage, va » tout droit se percher sur un vase juste au-dessous du por- » trait, auquel il fait mille révérences en sifflant un accom- » pagnement des plus insinuants. Après avoir achevé de • présenter ses respects, il va généralement se poser sur la » tablette devant le miroir, mais sans montrer la moindre y> émotion à la vue de son image et sans la saluer d*une » chanson. Reconnait-il simplement un mâle dans son image, » ou bien l'absence de toute provocation de sa part indique- » t-elle qu'il se reconnaît lui-môme? C'est ce qu'il serait » difficile de dire. »
Les oiseaux doivent posséder à un certain degré la faculté d'imaginer ou de se rei)résénter mentalement des objets absents, à en juger par la manière dont ils languissent quand on les sépare d'un compagnon, par les cris du perroquet qui appelle un ami absent, ainsi que par le fait qu'ils peuvent rêver, comme l'ont observé Cuvier, Jerdon, Thompson, Bennet, Houzeau, Pechstein, L'.ndraz et Darwin *.
La facilité avec laquelle les oiseaux se prêtent à l'éducation des directeurs de spectacle forain prouve leur docilité, en d'autres mots la faculté qu'ils ont de former des associations d'idées nouvelles :
« Il y a quelques années, dit Beugler, le sieur Roman nous » étonnait par des représentations où ses oiseaux accomplis- » saient des prodiges. La troupe se composait de chardonne- » rets, de linottes et de serins. L'un de ces oiseaux faisait le D mort et se laissait soulever par la queue ou la patte sans » donner signe de vie. L'autre se tenait sur sa tête, les pattes » en l'air, etc.. {Biographie animale^ vol. II, p. 173.)
De même, il y a plusieurs années le public fut fort intrigué par un petit automate qui, sans être le moins du monde en rapport avec l'inventeur, fonctionnait selon le bon plaisir des spectateurs. Or, la clef de l'énigme se trouvait dans la présence, à l'intérieur, d'un serin qui avait appris à courir dans
1. Oiseauj! de Vlmle, I, p. 21 ; Passions des Animanœ^ p. 60; Facultés meu" taies des Animaux, t. Il, p. 163 ; De Vintelligenee ehe» les Animaux d'ordre îfi— flfrieur, vol. II, p. 96 ; Descendance de Vkomme^ p. 74.