‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 38 sur 120 · AIGLE - VAUTOUR - OIE · texte numérisé non relu

AIGLE - VAUTOUR - OIE

» tantôt s'approchant très près, tantôt s'éloignant, mais tou- » jours dans la même direction. Si bien qu'à la fin, le jardi- » nier finit par se diriger du même côté et vit le rouge-gorge » s^arrêter près d'un pot à fleur et témoigner une grande » agitation II se trouva que le pot contenait un nid et plu- » sieurs petits oiseaux, tandis que tout près de là un serpent » faisait le guet avec l'intention probable de se régaler de » là nichée. »

Dans la Gardener's Chronicle, du 3 août 18*78, parut Tanecdote que je reproduis plus bas ; elle était signée T. G., initiale que le rédacteur me dit appartenir à un correspondant digne de foi dont le nom est Thomas Guring.

« 11 y a une trentaine d'années, la petite ville que j'habite » était longée par un terrain public qui servait de pâturage à » un grand nombre d'oies appartenant aux habitants des » chaumières du voisinage. ... A celte époque, le marché au » blé se tenait en face de l'auberge principale, et les jours de » marché les meuniers répandaient à terre pas mal de blé en » ouvrant les sacs d'échantillon. D'une manière ou d'une » autre, les oies eurent vent de ce gaspillage et eurent, selon

» toute apparence, une consultation à ce sujet Dès lors,

» elles n'eurent garde de manquer une seule occasion ; on » comptait régulièrement sur leur arrivée, et jamais elles no » faisaient faux bon. Chaque lendemain de marché, c'est-à- » dire une fois tous les quinze jours, les amenait infaillible- » ment en troupe bruyante et joyeuse ; jamais elles ne se . » trompaient de jour. L'appât c'était le blé, cela va sans dire ; » mais comment tenaient-elles compte du temps? On aurait » pu croire qu'elles étaient averties des jours de marché » par l'odeur du blé, ou par le bruit du trafic ; mais voici » qui s'oppose à cette hypothèse. 11 arriva, en effet, une » année, que la date choisie pour la manifestation d'un » deuil national tomba un jour de marché. Ce jour-là point » d'odeur de blé, point de bruit de . trafic ; notre petite » ville était aussi silencieuse que le dimanche. .., les oies » auraient dû s'en apercevoir ; mais non, elles connaissaient » leur jour et vinrent comme d'habitude. ..Je ne prétends » pas me rappeler bien précisément les circonstances qui » déterminèrent cette habitude. Se développa-t-elle graduel- » lement, d'année en année? peu importe, mais ce qui m'in-

» trigue, c'est de savoir comment les anciens de la bande, » auxquels en revenait la conduite, estimaient le temps de » manière à se présenter régulièrement tous les quinze i> jours. »

Nous devons à Livingstone [Expédition au Zarribèse, 1863, page 209) des détails très lumineux sur le compte de Toiseau appelé honey-guide à cause de l'habitude qu*il a d'indiquer la direction des nids d'abeiiles. « Ces oiseaux, dit Living- » stone, déploient à vous mener à une ruche la même ar- » deur que d'autres à vous écarter de leur propre nid. » Leur objectif est de se procurer les chrysalides des abeilles que le ravage du nid doit mettre à découvert. Leurs mœurs sont connues depuis longtemps et se trouvent décrites dans les livres d'histoire naturelle ; mais il e^t bon qu'un témoin, aussi digne de foi que Livingstone, les ait observées. « Com- » ment, ajoute-t-il, les oiseaux de cette espèce ont-ils appris » que, blancs ou nègres, tous les hommes aiment le miel ? » Tout ce que nous pouvons répondre c'est qu'il y a eu transition d'une observation intelligente à l'origine à une habitude individuelle et héréditaire, aboutissant, en fin de compte, à un instinct ï\:lq.

Brehm cite un exemple de sagacité et de prudence de la part d'une huppe, sur le nid de laquelle il avait placé des collets de crin.. L'oiseau s'en étant aperçu, les écarta avec son bec; le lendemain au lieu de les mettre sur le nid il les disposa tout autour ; mais cette l'ois la huppe n'eut garde de courir à son nid comme d'habitude; elle s'y abattit tout droit. Le fait révèle une appréciation sensible de moyens mécaniques ; il en est de même de celui que me communique Madame G.-M.-E. Campbell.

« A Ardglass (comté de Down, Irlande), m'écrit-elle, il est » un long espace de gazon qui s'étend jusqu'au bord des ro- » chers qui surplombent la mer et qui sert de pâturage au » bétail et aux oies. Il s'y trouvait une grange avec une en- ' » ceinte dont la porte était munie d'un crochet correspondant » à un piton dans le montant, sitôt qu'on levait le crochet, la- » porte se rabattait d'elle-même par suite de son poids. Or, » un beau jour, je vis une oie entourée d'une nombreuse » troupe d'oisons se diriger vers cette porte, qui se trouvait' » fermée. Après avoir attendu une minute ou deux, comme

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» pour voir si on lui ouvrirait la porte, elle parut s'éloigner ; » mais ce n'était que pour prendre son élan et sauter en vi- » sant le bout du crochet avec son bec. Elle réussit presque à » le déloger du premier coup ; au troisième, elle le fit sor- » tir du piton, la porte s'ouvrit et avec un gloussement de » triomphe la mère introduisit ses oisons dans Tenceinte. » Comment Toie avait-elle appris qu'il lui fallait prendre de » l'élan pour obtenir une secousse capable de dégager le » crochet! »

Comme exemple de l'usage des signes de la part d'un oiseau, le récit que m'envoie M'"® K. Addison est intéressant. Il s'agit d'une corneille âgée de dix-huit mois, qui habitait certains bosquets du jardin de cette dame. J'extrais de sa lettre le passage suivant :

a Je remplis d'eau, d'habitude, chaque matin, une grande » terrine qui se trouvait sous les arbres et servait de bain à » Jack (c'est le nom que Ion donne aux corneilles en Angle- » terre). Il y a quelques jours, j'oubliai do m'acquitter de » cette tâche, et mon attention fut appelée sur ma négligence » d'une façon singulière. Sachez d'abord que tous les jours, à » onze heures, j'ouvre les persiennes de mon cabinet de toi- » lette, dont la fenêtre touche presque aux arbres que fré- » quente Jack. Or, le jour en question, lorsque j'ouvris mes » persiennes, je me trouvai face à face avec mon petit ami y> qui semblait s'être posté là pour m'attendre, et sitôt qu'il » me vit, il vint presque jusqu'à moi et se mit à se secouer » et à étendre ses ailes comme s'il prenait un bain. Ses » gestes étaient si expressifs, que je lui répondis comme je » Taurais fait à un enfant. — C'est bien, Jack, tu vas avoir de » l'eau. »

Nature publie une lettre de M. W.-W. Nichols qui raconte que la prison centrale d'Agra abrite une grande quantité de pigeons bleus de l'espèce commune.

a Chaque matin, dit-il, ils s'en vont chercher leur nourri- » ture dans la campagne, aux alentours, et le soir, à leur » retour, ils boivent à un réservoir qui se trouve juste en » dehors des murs de la prison. Ce réservoir abonde en » tortues d'eau douce, qui guettent les pigeons soit le long du » bord soit près de la surface. L'oiseau, qui vient se poser » près de l'une d elles, pour boire, court grand risque d'être

» décapité ; Ton a trouvé des corps de pigeons sans têfes dans » le voisinage du réservoir, ce qui indique le* sort qu'ont eu » quelques-uns d'entre eux. Toutefois, il ont reconnu le dan- » ger et ont adopté le moyen suivant pour y échapper. Le » pigeon qui, au retour de sa longue tournée, s'approche du » réservoir, ne va pas se poser au bord de Teau ; il la tra- » verse dans toute sa largeur, à une vingtaine de pieds de la » surface, puis revient au côté d'où il était parti et choisit, a pour prendre terre, un point dont il a reconnu la sûreté » pendant son vol ; même alors, il a soin de ne se poser qu'à » quelque distance du bord de l'eau, soit à un mètre; une » fois à terre, il court prendre deux ou trois gorgées, puis » s'envole vers une autre partie du réservoir pour y répéter » le môme manège jusqu'à ce qu'il se soit désaltéré. J'avais » souvent observé la tactique des pigeons, sans pouvoir me » l'expliquer, avarit que moii ami le directeur de la prison, » ne m'eût révélé l'existence des tortues. »

Voici qui dénote encore plus d'intelligence de la part de la même espèce d'oiseaux. L'observation est du commandant de vaisseau R.-H. Napier, qui la communique au journal Kaiure :

« Un certain nombre de ces pigeons (pouters) se régalaient » de grains d'avoine tombés du sac d'un cheval en train de se » rafraîchir. Lorsqu'il n'y eut plus rien à ramasser, un gros » pigeon s'éleva dans l'air en battant furieusement des ailes » et prit son vol droit sur les yeux du cheval, ce qui lui fit » lever brusquement la tête et répandre de l'avoine à nouï> veau. Je vis cette manœuvre se répéter plusieurs fois, à

» vrai dire, chaque fois que l'avoine venait à manquer

» N'y a-t-il pas là plus que de l'instinct? »

Voici maintenant un exemple, emprunté aux hirondelles, dont me fait part M. Charles Wilson et qui ne comporte ni hasard, ni erreur d'observation.

« Deux hirondelles, dit mon correspondant, avaient com- » mencé à bâttr leur nid sous la véranda dune maison, à Vic- » toria ; mais comme il reposait en partie sur le fîl de fer î> d'une sonnette, il lui arriva à deux reprises d'être démolr » par le fonctionnement de l'appareil. Les oiseaux se mirent » alors de nouveau à l'œuvre et, cette fois, ils pratiquèrent » à la partie inférieure du nid une sorte de petit manchon à

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