CHAPITRE XI
Je consacrerai ce chapitre à la psychologie de tous les mam mifêres qui présentent un intérêt psychologique, à l'exception des rongeurs, de Féiéphant, du chien, des cariiivores du genre chat), et des primates que je me réserve d'étudier séparément.
\ Marsupiaux.
Les TrmxsacLions de la Société Linnéenne contiennent une communication intéressante du major Mitchell, qui décrit l'édiâce qu'élève un petit marsupial d'Australie [Conilurus consiriicior) pour se protéger contre les attaques du chien dingo. Qu'on se représente deux ou trois charretées de bois sec et de broussailles amoncelées, le tout entrelacé de manière à former une masse compacte au milieu de laquelle se trouve le nid de l'animal.
Les marsupiaux étant au bas de l'échelle des mammifères pottr l'inlelligence aussi bien que pour la structure, je n'ai rencontré qu'un seul autre fait ayant rapport à la psychologie de ce groupe qui vaille la peine d'être cité : il nous est fourni par le kanguroo. En effet, Jesse raconte qu' a un monsieur qui » avait habité la Nouvelle-Galles du Sud pendant plusieurs » années lui fit part d'une observation qu'il avait souvent eu » occasion de faire pendant ses chasses au kanguroo. Lors- » qu'une femelle se trouvait harcelée par les chiens, elle met- » tait ses pattes de devant dans sa poche, en retirait son petit,
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» tout en bondissant, et le jetait de côté, hors de la portée » des chiens aussi loin que possible. Sans cette manœuvre, » sa vie et celle du jeune kanguroo auraient été perdues ; » grâce à cet expédient, elle réussit souvent à échapper et il » est probable qu'elle revient ensuite chercher son petit. »
Cétacés.
J'emprunte à Thompson le passage suivant:
« En 1811, dit M. Scoresby, un de mes hommes harponna » un jeune encore à la mamelle, espérant arriver ainsi à » s'emparer de la mère. Peu après, celle-ci parut en effet » tout près de Tembarcation, saisit son petit et dévida environ ï> COO pieds de ligne avec une force et une rapidité remar- » quablos ; puis, elle revint à la surface, allant et venant » rovec furie, s'arrôtant et changeant brusquement de direc- » tion et manifestant son angoisse de toutes les manières. » Longtemps elle continua ce manège, quoique suivie de près » par les embarcations; son amour maternel la rendait in-. ».' sensible aux dangers qui Tentouraient. L'un des canots » réussit enfin à s'approcher suffisamment pour lui lancer un » harpon, et, après deux tentatives infructueuses, à le lui » enfoncer dans le corps ; m<^me alors, elle ne chercha point » à s'échapper, si bien que d*autres canots purent approcher » sans difficulté et la harponner. Au bout d'une heure elle » avait cessé de vivre. » [Passions des Anbuauco^ p. 154.)
M. Saville Kent traite de l'intelligence des marsouins, dans, un article publié par Nature (vol. Vllï, page 299) :
« Le gardien de ces intéressants animaux les convie main- » tenant à leurs repas d'un coup de sifflet ; le bruit de ses pas » quand il approche est le signal d'un grand mouvement parmi » eux.... La curiosité qu'on leur attribae généralement et » que les expériences de M. Mathew Williams ont mise en » relief, se trouve confirmée par leur manière de se comporter » en captivité. Tout nouvel arrivant est l'objet d'une atten- » tion importune, et, s'il ne réussit à plaire, cette familiarité » fait bientôt place au mépris et à une hostilité déclarée. » C'est ainsi que des chiens de mer [Acayilhias Qi Mtisielus) » devinrent les victimes de leur tyrannie ; les marsouins les » prenaient par la queue, et, tout en nageant, les secouaient
» à la manière d'un gros chien se jouant d'un rat. . . Je vis » une fois les deux cétacés agir de concert contre un de ces » lourdeaux de poissons (raies) qui nageait au ras de la sur- » face et cherchait à s'assurer un moment de répit en levant » sa malheureuse queue hors de l'eau; c'est qu'en effet les D marsouins ne trouvaient rien de plus commode que de » s'en emparer comme d'une sorte ce manche pour traîner » leur victime. »
Postérieurement à cet article, M. C. Fox écrivit à la Nature sur le môme sujet (vol. IX, page 42) :
a II y a quelques années, dit- il, je réussis à prendre dans » un filet que j'avais fait fabriquer exprès deux marsouins, » non sans jeter l'alarme dans toute la bande, alarme dont » elle dut garder un souvenir bien vivant, car, pendant plus » de deux ans, ces cétacés, qui avaient jusque-là visité fré- » quemment le port de Falmouth, n'eurent garde de se » montrer. »
Du CHEVAL ET DE l'aNE.
Le cheval, comme intelligence, est au-dessous des carnivores. Par contre, si Ton excepte en premier lieu l'éléphant et ensuite l'âne, qui lui sont décidément supérieurs, il l'emporte d'un degré ou deux sur tous les autres quadrupèdes ruminants ou herbivores.
Le fonctionnement émotionnel chez cet animal a cela de remarquable qu'il parait susceptible d'une transformation soudaine sous l'influence d'un dompteur. Les célèbres résultats qu'obtint Rarez ont été, depuis, renouvelés avec plus ou moins de succès par nombre d'imitateurs dans différentes parties du monde, et, dans tous les cas, la méthode suivie parait avoir été essentiellement la môme. On lie les jambes de devant de l'animal, on le renverse sur le flanc et on le laisse se débattre pendant quelque temps. Puis, on le soumet à diverses épreuves ' qui, sans le faire souffrir, lui font sentir son impuissance vis-à- , vis de l'opérateur. Ce qu'il y a de curieux, c'est qu'une fois cette impuissance reconnue, le caractère de l'animal change subitement; de «sauvage», il devient «apprivoisé». Il se produit quelquefois des rechutes, mais on y remédie facilement. Môme le véritable cheval sauvage des prairies en vient