LE CHKVAL ET L'ANE
à faire promptement sa soumission aux mains des gauchos, qui emploient des moyens analogues ; naturellement, en pareil cas, la lutte est à la fois plus violente et plus longue*. Le dressage de l'éléphant présente un phénomène du môme genre, quoique moins remarquable au point de vue psychologique, vu la lenteur relative du procédé.
Autre caractéristique curieuse des émotions du cheval : c'est la tendance qu'ont toutes ses facultés mentales à capituler devant un mouvement de terreur Le cheval est, je crois, le seul animal chez lequel, sous Tinfluence de la peur, tous les sens sont dominés par une envie folle et irrésistible de courir. Le fonctionnement mental étant ainsi envahi par le flot d'une seule émotion, le cheval perd, non seulement, sa a présence d'esprit » comme les autres animaux, — c'està-dire l'équilibre des facultés purement intellectuelles. — mais encore l'usage des organes spéciaux des sens, si bien que, dans son aliénation, il peut lui arriver de courir droit et à toute vitesse contre un mur. J'ai bien vu un lièvre, harcelé par un chien, se comporter d'une manière analogue : mais pour une toute autre raison, c'est qu'il regardait en arrière, chose assez naturelle dans son cas.
En dehors de la peur, on peut dire du cheval qu'il est aimant, friand de caresses, jaloux de celles que reçoivent ses compagnons, enjoué en compagnie de ses semblables, très enclin au sport de la chasse, et, comme le mulet du reste, doué d'un sentiment très marqué de fierté. Le mulet prend plaisir à la beauté de son harnachement, à ce point qu'en Espagne, d'après Thompson, on le punit de sa désobéissance en transférant son panache et ses grelots sur un autre.
Le cheval a une excellente mémoire, comme a pu s'en apercevoir quiconque a voyagé sur une route parcourue par sa bète une seule fois auparavant et à une date reculée. Parmi les manuscrits de M. Darwin se trouve une lettre du révérend Rowland H. Wedgwood, dont le passage suivant montre bien la durée du souvenir chez le cheval :
« J'arrive, dit- il, de Londres, d'où je suis venu dans ma » voiture. Quoiqu'il y eût huit ans que mon poney n'eût fait » la route, il s'en est parfaitement souvenu et hâta le pas à la j> vue de Téjurie où j'avais l'habitude de remiser. »
1. Voir le Voyage d''un Naturaliste autour du monde de Darwin, p. 151-152.
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Quelques exemples de rintelligence manifestée par de chevaux serviront à clore ce chapitre.
M. W.- J. Flening m'écrit comme quoi il avait à une époque un cheval d'un naturel méchant auquel il arrivait souvent, durant le pansage, de jeter au palefrenier la boule de bois attachée à son licou. Fléchissant le fanon, il serrait la boule entre la jambe et le paturon et la lançait en arrière avec force.
J'ai eu, moi-même, un cheval qui avait un talent tout particulier pour se dégager de son licou quand il savait le cocher parti pour se coucher. Une fois libre, il retirait les deux clefs de bois du tuyau de la huche à avoine placée, au-dessus de l'écurie, de manière que les grains se répandissent à ses pieds. Évidemment il avait remarqué comment le cocher s'y prenait quand il avait besoin d'avoine, et ne faisait qu'imiter ce qu'il lui avait vu faire. 11 tournait aussi à l'occasion le robinet pour se procurer à boire et tirait la corde de la fenêtre, la nuit, par les temps de grande chaleur.
Les livres d'anecdotes contiennent plusieurs histoires de chevaux allant de leur propre mouvement trouver le maréchalferrant pour se faire ferrer ou pour se faire soigner un sabot malade. Voici en manière de confirmation un récit qui nous vient de bonne source ; c'est le D»* John Rae, membre de la Société royale de Londres, qui, l'ayant remarqué dans le Ordener Herald, le communique à Nature (19 mai 1881), en affirmant la bonne foi et la compétence de M. William Sinclair, dont il y est question :
« Un exemple authentique et remarquable de sagacité de la » part d'un poney de Shetland vient d'être porté à notre con- » naissance. Il y a un ou deux ans, M. William Sinclair, ins- » tituteur à Holm, fit venir un de ces petits animaux pour » faciliter ses allées et venues entre l'école et sa demeure, » que sépare une distance considérable, et le fit ferrer par » M. Pratt, le maréchal-ferrant du village, expérience nou- » velle dans la vie du pon^y, dont les sabots étaient restés » vierges jusque-là. Or, l'autre jour, M. Pratt, dont la forge » est très éloignée de la maison de M. Sinclair, vit venir à i> lui la petite bête sans licou. Croyant qu'elle s'était échap- » pée, il la chassa et chercha à lui faire reprendre le clxemin » de la maison en lui jetant des pierres. Ce moyen parut » réussir, mais à peine s'était-il remis à l'ouvrage, que la tête