‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 45 sur 120 · LE CHEVAL ET L'ANE · texte numérisé non relu

LE CHEVAL ET L'ANE

» du poney se montra de nouveau dans l'embrasure de la » porte. M. Pratt se préparait à procéder à une seconde » expulsion, lorsque son instinct professionnel lui fit jeter les » yeux sur les sabots du poney ; il reconnut alors qu'il lui » manquait un fer, et se mit en de voir de lui en forger un » neuf qu'il mit en place. L'opération finie, le poney le regarda » un instant, comme pour lui demander si c'était bien tout ; » puis, il piaffa une ou deux fois pour s'assurer que le fer ne » le gênait pas, et, avec un hennissement d'aise, partit au » trot et la tête haute dans la direction de son écurie. Grande » fut la surprise de son maitre, ce soir-là, de le trouver ferré » des quatre pieds ; ce ne fut que quelques jours plus tard, » en passant par la forge, qu'il apprit combien son poney » avait fait preuve de sagaciié. »

Voici qui m'est fourni également par Nature (XX, 21).

« Un de mes amis (c'est M. Claypole, d Antioch Cottage, » Ohio, qui parle) travaille chez un fermier des environs de » Toronto (Ontario), dont la femme possède un cheval, qui » doit à sa reconnaissance de vivre dans l'oisiveté. Un jour » qu'elle était tombée d'une passerelle dans un cours d'eau » profond, il y a de cela quelques années, ce cheval, qui était » à paître dans un champ tout à côté, accourut, la saisit avec » ses dents, la soutint jusqu'à ce que Ton vint à son secours D et lui sauva ainsi probablement la vie. Était-ce intelligence »■ ou instinct de sa part? »

M. Strickland la Nature, vol. XIX, page 410) raconte comme quoi une jument borgne était âgée de dix ou douze ans lorsqu'elle mit au monde son premier poulain. « Ne pouvant y » voir que d'un côté, il lui arrivait souvent de le renverser et » de piétiner sur lui .lorsqu'il se trouvait de l'autre côté d'elle, » si bien qu'au bout de trois ou quatre mois il finit par suc- » comber. L'année suivante, la jumont mis bas un autre pou- » lain, et nous en avions fait notre deuil par avance. Mais, » dès le premier jour, la mère agit avec la plus grande cir- » conspection ; jamais elle ne bougeait* sans avoir d'abord re- » gardé où se trouvait son poulain, et jamais elle ne lui fit le » moindre mal. Or, sa raison ne lui avait rien appris .alors » qu'elle était en train de faire périr son premier poulain ; le » soin qu'elle prenait du second provenait du fonctionnement » de la mémoire, de l'imagination et de la réflexion après la

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» mort du premier poulain et avant la naissance du second. )) Pour moi, la faculté du raisonnement est la même chez » riiorame et chez les animaux; mais chez ces derniers son- » application est restreinte à la satisfaction des besoins du » corps, tandis que chez Thomme un champ plus vaste lui » est ouvert. »

Ilouzeau (vol. II, page 207) dit que Texpérience acquise sur les tramways de la Nouvelle- Orléans prouve que les mules savent compter jusqu'à cinq, car, ayant à fournir cinq trajets d'un bout à l'autre avant d'être relayées, elles en font quatre sans manifestation aucune, mais à la fin du cinquième, elles se mettent à braire. Il y aurait lieu de vérifier l'exactitude du fait, car il se pourrait après tout que l'émotion des mules vienne de ce qu'elles voient le palefrenier prêt à les dételer.

M Samuel Goodbehere, avoué, m'envoie de Birmingham, le récit d'une observation par lui faite.

a J'avais, dit-il, un poney du pays de Galles, d'une taille de » 1™42, que je mettais quelquefois à l'écurie, sous le hangar » d'une ferme, dont la barrière était munie d'un verrou à » l'intérieur, et à l'extérieur d'un loquet. Ma bête pouvait » passer la tête et une partie du cou par dessus la barrière, » mais elle ne pouvait atteindre le loquet, ce qui ne nous em- » péchait pas de la trouver constamment en liberté dans la » cour de la ferme, sans que nous puissions nous expliquer le » mystère. Je finis cependant par en avoir la clef. Un beau » jour, en effet, je vis mon poney retirer d'abord le verrou, » puis hennir jusqu'à ce qu'un âne, que l'on laissait en Ifberté » dans la cour vint lever le loquet avec son museau et lui » donner ainsi la clef des champs. »

Il est un degré de sagacité qui comporte le désir de cacher un méfait. Je n'en ai trouvé qu'un exemple dans mes recherches sur la race chevaline, mais comme l'éléphant, le chien et le singe en fournissent en grand nombre, je me crois autorisé à le citer, d'autant plus qu'il repose sur un témoignage sérieux. C'est au professeur Nipher, de l'Université a Washington », à Saint-Louis (États-Unis), que je l'emprunte.

a Un de mes amis, dit-il, établi à lowa City, avait un mulet » doué d'un véritable génie pour le mal. Rien n'était plus à » son goût que la compagnie d'une certaine huche à avoine; » quand la barrière de la cour et la porte de la grange étaient

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» ouvertes, ne manquait-il jamais l'occasion d*un régal. La » gourmandise aidant, il finit par trouver moyen de pénétrer » dans la grange, et tous les matins on l'y trouvait, sans que ï> Ton pût découvrir comment il s'y prenait jusqu'au jour où » on le surprit en flagrant délit. On vit alors qu'il avait appris » à ouvrir la barrière de la cour en passant la tête par dessus T> la palissade pour lever le loquet, et à la refermer en la pous- » sant du derrière, de manière à mystifier ses maîtres. Après » quoi, il allait tirer la cheville qui maintenait la porte de la » grange fermée. L'intelligence dont cet animal fit preuve en » plusieurs occasions, me porte à croire que, sans cette dé- » couverte prématurée, il aurait appris avec le temps à se » retirer avant le jour pour éviter les coups de bâton dont le » gratifiaient les garçons d'écurie. Ajoutons que le dévelop- » pement de ses facultés mentale^^ n'avait nullement été favo- » risé, et que lintérêt de ses maîtres leur faisait un devoir de » s'y opposer autant que possible. » {Nature, XX, p. 21.)

Ruminants.

En fait de sympathie, j'ai le témoignage du général sir George Le Grand Jacob, qui m'écrit qu'il a vu des femelles de bouquetin relever avec leur tête les mâles que sa balle avait atteints, et les aider à s'enfuir en les soutenant.

Aux abattoirs, le bétail manifeste des émotions très vives, qui semblent tenir à la fois de la sympathie et d'une peur raisonnée. Une brochure sur ce sujet parut il y a plusieurs années, et, depuis, M. Robert Hamilton, F. C. S., qui n'en avait probablement pas connaissance, a publié une série d'observations entièrement analogues. L'espace me manque pour les citer vi extenso, mais voici un passage que j'extrais d'une lettre que j'ai reçue de l'auteur :

a L'animal, dit-il, qui voit tuer, dépouiller de leur peau, » etc., ses camarades l'un après l'autre, finit par comprendre » la terrible portée de Tépreuve, et à mesure qu'il s'en rend » compte, l'on voit sa physionomie s'empreindre d'une hor- » reur grandissante. Comme on peut bien le penser, l'émotion » est plus apparente chez les uns que chez les autres ; la di- » versité de ces manifestations intellectuelles est un des traits x) d'union qui les relient à la famille humaine. »

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L'orgueil s'affirme nettement chez les moutons et les bestiaux, comme le prouve rabattement du chef de troupeau, bdlier ou vache, auquel on enlève sa clochette pour rattacher à un autre ; Ton dit qu'en Suisse, les botes que Ton enguirlande les jours de fête ont tout l'air d'apprécier les marques de distinction qu'on leur confère. C'est ce qu'exprime Schiller avec l'exagération d'un poète, dans son Guillaume Tell, lorsqu'il dit :

Voyez avec quel orgueil votre taureau porte sa guirlande ; Il se sait chef du troupeau; Dépouillez-le, et il mourra de chagrin.

Passons maintenant à l'intelligence générale. Voici d'abord ce que dit Thompson [Passions des a^iimauWj p. 308) :

« La sagacité que dép'oient les bisons pour se défendre » contre les loups est admirable. Sitôt qu'ils flairent une » bande de ces bétes affamées, ils se forment en cercle, les » plus vigoureux à la circonférence, les faibles et les jeunes » au centre, présentant ainsi une rangée impénétrable de » cornes. »

Le bulfle de l' Ancien-Monde se comporte à peu près de même. D'après Sir J.-E. Tennent, le buffle sauvage est d'un caractère morose et mcertain.

« Telle est sa force et sa bravoure, que dans le poème » épique hindou Ramayana, son élan est comparé à celui » du tigre. Ces animaux sont d'un voisinage dangereux lors- » qu'on les dérange pendant qu'ils «ont à paître ou à se » reposer dans les lacs de peu de profondeur. Ils se forment » alors rapidement en ordre de bataille, avec une avant- » garde de vétérans, et se préparent à l'attaque en tour- » noyant rapidement et en heurtant à grand bruit leurs »> cornes les unes contre les autres. D'habitudç, après une » manifestation belliqueuse de ce genre, le troupeau prend » la fuite pour se reformer à distance, la tète relevée dans » l'attitude du défi, y) [Histoire naturelle de'Ceylan, p. 54.)

Apprivoisé, le buffle devient l'auxiliaire de la chasse et la façon dont on l'utilise met en relief l'esprit de curiosité du daim, du cochon et autres animaux.

a On lui attache une clochette au cou (c'est toujours Sir » J.-E. Tennent qui parle) et sur le dos une sorte de boîte

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