‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 46 sur 120 · RUMINANTS · texte numérisé non relu

RUMINANTS

» OU de panier ouvert d*un côté. A la nuit on illumine cette » boite avec des flambeaux de cire et Ton conduit le buffle » lentement à travers le fourré. Les chasseurs armés de » leurs fusils se tiennent du côté qui n'est pas éclairé, » tandis que les animaux sauvages efl'rayés par le bruit et » étonnés par la lumière, s'approchent avec précaution dans » un état de fascination mêlée de stupéfaction. Les serpents » même, à ce que Ton m'afflrme, sont attirés par ce spectacle » insolite, et le léopard périt victime de sa curiosité. » {Ibidem, p. 56.)

Livingstone dit du buffle d'Afrique qu'il Ta vu, étant poursuivi par des chasseurs, rebrousser chemin de quelques mètres, se coucher dans un creux et y attendre que l'ennemi soit passé ; expédient qui indique de la part de cet animal un degré d'intelligence supérieur à celui de la plupart des carnivores. {Mission ary Travels, p. 328.)

« Par son intelligence, dit ailleurs le même écrivain, le » gibier fournit matière à de curieuses observations. Dans » les districts oii il a beaucoup à souff'rir des armes à feu, il » fréquente les endroits découverts, où le regard peut era- » brasser une vaste étendue de terrain, et se tient à distance

» de tout homme armé Ici, au contraire, où la flèche

» des Balondas constitue l'engin fatal, il choisit les forêts les >5 plus épaisses où cette arme ne peut guère servir. » {Ibid-, p. 280.)

Jesse, qui eut maintes occasions d'observer le fait dont il parle, s'émerveille de la façon dont quelques-uns des vieux chevreuils de « Bushey Park » se procurent les baies des belles épines qui ornent ce parc. « Ils se dressent sur leurs >; jambes de derrière, sautent en l'air, engagent leurs cornes » dans les branches du bas de l'arbre auxquelles ils impri- » ment une ou deux fortes secousses; après quoi ils raraas- » sent les baies tout à leur aise. » [Recueils^ vol. I, page 20.)

Il fait aussi remarquer que parmi les manifestations du puissant instinct dont la nature a doué les animaux pour leur sauvegarde, il en est peu de plus significatives que les moyens qu'ils emploient pour éviter un danger. « C'est » ainsi que dernièrement je vis un cerf suivi de près par une » meute se mêler à deux reprises à un troupeau de moutons » et revenir chaque fois sur ses pas, comme s'il savait que

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» les chiens le suivaient à la piste et non à vue. S'il en était » réellement ainsi, ce serait une preuve de plus qu'il entre en » jeu chez les animaux autre chose que de l'instinct. » {Ibidem, vol. II, page 20.)

Le môme auteur mentionne également une preuve d'intelligence que lui a souvent fourni le buffle de la ferme Zoologique de •:< Kingston Hill ». L'animal étant farouche, on lui avait percé les naseaux d'un fort anneau en fer muni d'une chaîne longue d'environ deux pieds. L'extrémité libre de la chaîne formait aussi un anneau de quatre pouces de diamètre, a Or en paissant, il était probablement arrivé au » buffle de mettre le pied sur cet anneau et de souffrir de la » secousse qui en résultait lorsqu'il voulait lever la tête ; » car il avait imaginé de remédier à cet inconvénient en » passant sa corne dans l'anneau. J'ai pu constater que la » manière dont il s'y prenait était des plus méthodiques ; » mettant la tête de côté, il commençait par enfiler l'anneau » avec sa corne, puis il secouait la tête jusqu'à ce que Tan- » neau eût glissé jusqu'au bas de la corne. » [Ibid,, pages 226 227)

Le fait suivant est tiré Aq% Anecdotes de M'» Lee, page 363. Elle est d'autant plus croyable que non seulement les observations de cette dame sont en général exactes, mais que, comme nous le verrons plus loin, le môme genre d'intelligence se manifeste d'une façon indéniable chez les chats :

a Une chèvre et ses chevreaux fréquentaient un square où » j'habitais à une époque, et mes domestiques et moi nous » leur donnions souvent à manger. Quand nous y manquions, » j'entendais la porte d'entrée retentir sous leâ coups de » corne de la mère et de ses jeunes émules. Nous avions » fini par ne plus y faire attention, lorsqu'un beau jour la » sonnette de service dont le fil longeait la grille du sous- » sol, se fit entendre. La cuisinière vint répondre, mais elle » ne trouva à la porte que la chèvre et les chevreaux la tête D inclinée vers la fenêtre de la cuisine. Nous crûmes d'abord » que quelque petit garçon compatissant avait sonné pour » eux; mais l'observation nous démontra que la chèvre elle- » môme tirait le fil en y passant une corne. Voilà de l'instinct » qui ressemble prodigieusement à de la raison. »

P. Wakefield dans son livre « Instinct displayed » cite

RUMINANTS g?

deux cas dans lesquels des chèvres firent preuve d'intelligence dans leurs procédés en se trouvant nez à nez sur une crête de rocher flanquée d'un précipice de chaque côté et trop étroite pour leur permettre de se croiser. L'une de ces rencontres eut lieu sur les remparts de la citadelle de Plymouth, sous les yeux de plusieurs personnes ; l'autre à Ardenglass en Irlande. Chaque fois, les deux animaux se regardèrent pendant un instant, comme s'ils examinaient leur position et le meilleur moyen d*en sortir; puis l'un d'eux s'agenouilla avec précaution et s'aplatit autant que possible, afin de permettre à l'autre de lui passer sur le dos. D'autres auteurs ont également relevé ce genre de manœuvre de la part des chèvres, et il n'y a pas lieu de s'en étonner outre mesure, si l'on songe qu'à l'état sauvage ces animaux doi- Tent se trouver assez fréquemment en pareille passe.

M. W. Forster, qui m'écrit d'Australie, me parle d'un taureau dont il me cite un trait d'intelligence :

« Un taureau à demi apprivoisé, dit-il, et provenant d'une » vache laitière, m'intriguait par le fait qu'on le trouvait » sans cesse dans un champ cultivé entouré d'une palissade » à deux barres dont la plus basse était à une certaine hau- » teur au-dessus du sol. Mais un beau jour j'arrivai juste à » temps pour le voir se coucher le long de la palissade, puis » rouler sur son dos du côté du champ et y pénétrer par ce » moyen. C'est le seul animal à qui j'aie vu jouer ce tour, et » bien qu'il ait dû souvent le faire devant nombre de vaches, » jamais aucune d'elles ne chercha à l'imiter, alors qu'elles » eussent certainement suivi le taureau s'il avait passé par » une ouverture dans la palissade.

M. G.-S..Erb m'envoie de « Sait Lake City » des détails fort intéressants sur la sagacité avec laquelle les daims sauvages des Etats-Unis savent éviter les pièges à fusil, sagacité qui ressemble d'une manière frappante à celle de plusieurs espèces de carnivores dans les mêmes circonstances :

« Voici, dit mon correspondant, comment j'établissais mon » piège. Je commençais par abattre un merisier, arbre dont » le sommet constitue une friandise pour ces animaux, et » comme il y avait un pied de neige sur le sol, et par suite » disette de fourrage, ils ne manquaient pas de venir brouter, » attirés qu'ils étaient par le bruit de la chute de l'arbre. A

» vingt pieds delà cime et pointant vers elle, j*étàl)lM$ài» cûfc » fusil chargé dont la gâcliette était en contact avec un levier » communiquant par une ligne dé pèche ordinaire avec le » sommet. De cette façon, les daims ne pouvaient passer » entre l'arbre et le flisil, sans essuyer un coup de feu. Or » tant que je me servis d'une ligne de pêche, c'est-à-dire » d'une ligne de un seizième de pouce de diamètre, jamais je » ne réussis à en tuer un seul. Commençant d*un côte pa:r le » tronc de larbre, ils allaient en broutant jusqu'à un pied f> de la ligne, faisaient le tour du fusil, et passaient à l'autre » côlé, sans jamais toucher à la ligne. J'essayai bien une » soixantaine de fois, toujours avec le même résultat Je » substituai alors au fil de pêche un fil noir de petite dimen- » sion que les daims ne pouvaient distinguer, le piège fonc^ » tionna fort bien. »

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