‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 47 sur 120 · COCHONS · texte numérisé non relu

COCHONS

Comme intelligence, les cochons se rapprochent beaucoup des carnivores les mieux doués sous ce rapport.

Les tours qu'apprennent les cochons savants en sont une preuve convaincante ; et pour ce qui est d'ouvrir des portes, de soulever des loquets, etc. ils déploient parfois une adresse qui n'a dVgale que celle du chat. Le récit suivant montre que les sangliers savent aussi bien coopérer en face de l'ennemi, que le bison et le buffle, et qu'ils font même preuve d'une organisation supérieure :

« Les sangliers se rassemblent en troupeaux et font cause » commune contre l'ennemi. Green raconte que dans les » régions sauvages de l'État de Vermont, un voyageur vit » en passant un immense troupeau qui s'était formé en » cercle, le dos tourné au centre, qu'occupaient les jeunes, » tandis qu'un loup cherchait à se procurer une proie dans » leurs rangs A son retour, le même voyagf^ur trouva le » loup seul sur place ; il était mort et son corps était ouvert » d'un bout à l'autre. Schmarda, également, dit avoir vu, à » Tun des postes militaires de la Croatie, un loup aux prises » avec un troupeau de cochons domestiques II s'en était pré- » sente deux dans le principe, mais l'un d'eux s'était enfui à » l'aspect menaçant des cochons qui s'étaient formés en coin et

» âtaAÇ£(iêi¥é êki'gt^ognàiït, les sOies héfisséee> L*au<fcre se^é^ » fùgia^ sar tpa arbi*e; autour dttqu^l ses ennemis se grouper » rent d'uiï commun: accord ^ et à la première tentative- qu'il » fit po«T s&uter par dessus leurs tôtes,^ \\s le délogèrent et le » mirent en' pièces e» un clind'œil. » (Thottipflon^ PasstoJis des Animaiejo, p.- 30ft.)

A la pag« 452 de ses Mémoires sur les quadrupèdes de la Grande-Bretagne, et à propos de la docilité du cochon, Bingler reproduit un récit que lui flit sir Henry MiMmay. Il parait que les frères Toomer, gardes du roi dans la ot New- Forest », avaient imaginé de dressèrunè truie à se mettre en arrêt devant le gibier. Une quinzaine de jours leur suffît pour y arriver; au bout de quelques semaines elle avait également appris à rapporter. Son flair était excellent, elle se tenait bien en arrêt, devant toute espèce de gibier, excepté devant le lièvre, et en somme était plus utile qu'un chien. Sir Henry Mildmay finit par en faire l'acquisition. Suivant Gouatt [Du Cochon, p. 17), le colonel Thornton possédait aussi une truie dressée de la sorte. Le même auteur raconte qu'une truie appartenant à M. Graven, avait perdu successivement trois petits de sa portée enlevés chaque fols à son retour des bois, à l'heure de son souper, pour les mettre à la broche. La fois suivante, elle se présenta toute seule, et, ses maîtres inquiets sur le compte de sa portée, la firent surveiller le lendemain soir. On la vit alors renvoyer ses petits à l'extrémité du bois, avec force grognements leur enjoignant d'attendre là qu'elle revint de son expédition à la maison.

Evidemment elle s'était rendu compte des vides dans les rangs de sa famille, et avait adopté ce moyen de sauver ce qui en restait. [Ibidem.)

L'observation suivante est de M. Stephen Harding :

ce Le 15 du mois de novembre 1879, je vis, dit il, une truie » âgée de douze mois environ, courir dans un verger à un » jeune pommier et le secouer tout en dressant les oreilles » comme pour écouter s'il tombait des pommes, puis ramas- » ser le fruit et le manger. Quand elle eut tout abattu, elle » secoua encore l'arbre en écoutant comme avant ; mais >; comme il n y avait plus rien, elle s'en alla. »

La réputation d'indifférence, en matière de propreté, que l'on a faite aux cochons, n'est guère fondée; tout au plus peut-

•on dire gae ces animaux préfèrent la fratclieur de la boue à une chaleur sèche ; quant à l'aspect malpropre de leurs étables, la faute en est plutôt aux fermiers qu'aux cochons. Comme le dit Thompson (Passio7is des animaux) : « Que pendant la » saison chaude d'un climat tempéré comme le nôtre, ou la 9 plupart des saisons d'un climat comme celui de la Palestine» » une truie s'en retourne après avoir été lavée se vautrer » dans la boue, c'est tout simplement parce qu'elle se sent » incommodée, brûlée, rôtie, par les rayons ardents du soleil ; » que l'homme la traite avec les égards dus à un animal do- » mestique, qu'il lui fournisse de l'ombre en été, un abri en » hiver, une litière propre et sèche en toute saison, et elle se p passera de fumier d'un bout de l'année à l'autre. »

Chiroptères.

A propos des chauves-souris M. Bâtes dit qu'il est établi que ces animaux sucent le sang de personnes endormies. « Toutefois, il n'y a que peu de gens qui soient exposés à ce

» genre de saignée je suis disposé à croire que plu-

» sieurs espèces de chauves- souris ont une tendance à cette » pratique. » (Le Naturaliste aux Amazones, page 91). En tout cas, l'espèce à qui l'on a presque universellement attribué ce trait de mœurs, et qui a reçu le nom de vampire, est absolument inoffensive.

M. G. Clark {Aperçu sur la faune de Vile Maurice) parle de l'intelligence déployée par une chauve-souris apprivoisée [Pteroptis vulgaris). Sitôt que son maître entrait dans l'appartement, elle le saluait de ses cris, et s'il ne la caressait pas de suite, elle grimpait sur lui, le frottant de sa tête et lui léchait les mains. S'il prenait quelque objet dans sa main, elle l'examinait attentivement du nez et de l'œil, et lorsqu'il s'asseyait, elle s'accrochait au dos de la chaise, et y restait pendue, suivant de l'œil tous ses mouvements.

Carnivores.

Je rassemble ici certains faits qui se rapportent à l'intelligence de carnivores autres que ceux dont je me propose de faire une étude spéciale plus loin.

PHOQUES m

Phoques. — A Tétat sauvage, ces animaux n'ont guère occasion de faire preuve d'intelligence ; mais Tapprivoisement révèle leurs dons sous ce rapport. Sous son influence ils se montrent doux, sensibles aux caresses et très attachés à leur entourage. Au point de vue psychologique les mœurs de quelques espèces durant la période de reproduction sont si singulières que je crois utile d'en donner une description empruntée à l'excellent ouvrage de M. Jœl Asaph Allen {Histoire des Pinnipèdes de l'Amérique du Nord, p. 348 et 361) ; c'est la plus complète qui existe :

« La période qui s'écoule entre l'arrivée de Favant garde » en mai et le l*»' juin, ou le milieu de ce mois si le temps est » clair, est une période de calme ; à peine quelques phoques » viennent-ils grossir les rangs des éclaireurs. Vers le » l*'^ juin, l'atmosphère brumeuse et humide de la saison d'été » s'affirme, et amène avec elle des milliers de phoques mâles » qui s'établissent dans des positions convenables pour rece- » voir les femelles dont l'arrivée se fait encore attendre trois » semaines ou un mois. Ce n'est pas une mince affaire que de » trouver un gîte et de s'y maintenir pour les mâles qui » arrivent tard ou pour ceux qui occupent le bord de l'eau, » et il en meurt souvent des blessures reçues dans les com- » bats qu'ils se livrent. Il semble que ce soit une affaire enten- » due de chacun que pour posséder son domaine de dix pieds » carrés environ, il lui faudra le défendre contre tout ve- » nant ; car une invasion de nouveaux arrivés en fait sou- » vent déménager qui tout aussi vigoureux, dans le principe, » se sont épuisés dans des combats antérieurs et se trouvent » refoulés de plus en plus haut dans la colonie par une nou- » velle série d'agresseurs. La force et le courage que dé- » ploient certains mâles est vraiment étonnante. J'ai surtout » remarqué un vétéran qui fut un des premiers à s'établir au » bord de l'eau et repoussa victorieusement les assauts d'une » soixantaine de phoques qui convoitaient son emplacement. » Quand vint la fin de la saison guerrière, c'est-à-dire quand » les femelles eurent quitté l'eau, je le vis, tout éborgné qu'il » fût et couvert de balafres et d'entailles saignantes, présider » fièrement à son harem de quinze à vingt femelles serrées » les unes contre les autres à l'endroit qu'il avait occupé dès » l'origine. Les phoques se servent presque exclusivement de

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» leurs dents dans leurs combats ; ils serrent les mâcboires > avec une teflle 'force qu'il faut un effort des plus violents » pour leur faire lâcher prise, d'où résulte presque toiyours » une grave blessure, les canines acérées labourant profon- » dément la peau et le lard ou déchirant les nageoices en la- » nières.

» Les combattants s'approchent généralement en détour- » nant la tète, et ont recours à toutes sortes de feintes avant » d'en venir aux mains ; ils avancent et retirent leurs tètes » avec la rapidité de l'éclair, sans interropipre un seul ins- » tant leurs sourds rugissements et leurs sifflements aigus, » tandis que leurs gros corps se tordent et se gonflent sous » Tempire de leur rage et de leurs efforts ; les poils volent » dans Tair, le sang coule, enfin tout contribue à donner à la » scène un aspect sauvage et féroce et d'une. gna^e étran- » geté. Les rôles restent toujours bien distincts ; c'est d'une » part l'attaque, de Tau'tre la défense. Si Tassiégé.a le dessous, » il quitte la place sans que le vainqueur songe à le pour- » suivre. Ce dernier relève une de ses nageoires de, derrière, » s'évente en quelque sorte comme pour se rafraîchir après » l'ardeur du combat, et fait entendre un grognement de satis- » faction et de mépris, tout en guettant l'arrivée d'un autre » compétiteur ou « sea-catch » (c'est le nom que les indigènes » donnent aux mâles des colonies et plus particulièrement à » ceux qui maintiennent leur position).

» Les mâles qui, dès le commencement, ont r4u6si h malnte- » nir Jours positions, ne les ont pas quittées un seul instant » jour et nuit ; et ils continuent cette garde incessante depuis » rarrivée des femelles en juin jusqu'aux premières jours » d'août, soit du l*»" au 15 c'est-à-dire tant qu'ils «ont en rut. >^ Il s'en suit que pendant au moins trois mois ils se passent * entièrement de nourriture et d'eau ; il y en a môme qui » après leur sortie de l'eau en mai, n'y rentrent que quatre » mois plus tard. Le fait est certainement remsu?quable ; il » est même surprenant quand on songe à l'activité incesiiante » que déploient les mâles dans ces conditions pour remplir » leur devoir comme chefs et pères de nombreuses familles. » Il n'y a rien là qui ressemble à l'apathie de l'ours enfermé » dans son antre. Ils doivent évidemment vivre aux dépens de » la graisse dont l6ur corps est abondajnmçnt -pour-vu quand

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» Us paraissent sur la scène et^Ui dUaipue pçu èi>Q5iâ me- » sure qne^ la saison a^anee.

» L«s 'femelle®, à leur .arrivée, scot Vo^jet d*|in .grand » empressement et de beaucoui) id*a:tte«tiQn<4e la p^rt 4^8 a> mâles du t)Gi4 de 1-eau, ijui à leurs Q9j.Qleries joignent de y> temps^autte quelques pttisaées rfnour 1^ .attic^rosur les » rochers où elles sont . aussitôt aoumisesà une &urvemajace 30 jalouse. Mais4ans les commenceriez, alors qu'elles, ne se » présentent encore qu'en pelât nombre, to jalpusie et rambU » tion des mâles établis à distance de Teau, leur cause quel- » ques désagrëments..En.effetà peine le inâle n° l;attTil i^ns- » tallé une femelle dansrson domaine, qu'il en voit une aujtre » dans Teau. iAussitdt, obéissant à. son iqstqiçt de poiygajoiiie, » il a recours aux mômes arliâQes.^ai l^i ont réussi paur 1^ » première ; mais pendant.œ temps, le, mâle n® 2, YQyant qup » son camarade n'est pas sur ses gardes, allonge. ^on .ca|i » nerveux, saisit la pauvre femelle par la nuque, <ipm«ie une » chatte feraitdesonchaton, et l'emporte dans son sérail; sur » quoi ses voisins, n»« 3, 4, 5, etc., témoins de cet acte som- » maire, tombent les uns sur les autres, mais plus particuliè- » reraent sur lui, et au bout de l'esclandre il arrive généralç- » ment que la femelle a sobi deux ou trois déménagements » vers l'intérieur du campement. Son dernier seigneur et » maître, n'étant point exposé aux mômes distractions que » le premier, s'occupe d'elle tant et si bien que non seulement » elle ne saurait s'échapper, mais qu'aucun autre mâle ne » trouve Toccasion de la ravir. Du reste la période de l'amé- » nagement des harems est fertile en désagréments et tribu- » lations de Ixien des sortes. Yers la fin de l'arrivage, o'est- » à-dire du 10 au 14 juillet, les femelles s'entassent dans les » stations reculées, parfois sur vingt rangs au bord de l'eau, » mais généralement sur dix ou quinze, et alors elles en font » à peu près à leur tôte, car la vigueur des mâles se ressent » des deux mois de lutte et d'agitation qu'ils viennent de tra- » verser, et ils se contentent facilement d'une ou deux « moi- » tiés »

» Je n'ai guère pu me rendre un compte exact du nombre » moyen des femelles pour chaque station, mais je crois ôlre » sensiblement dans le vrai en assignant de douze à quinze » femelles à chaque mâle du bord de l'eau, et de cinq à neuf

» à ceux du second plan. J'ai compté jusqu'à quarante-cinq » femelles sur une roche plate près de Kestaire-Point ; le » mâle à qui appartenait ce sérail, devait de le maintenir à la » nature de l'emplacement qui lui permettait d'en défendre » Taccès en se postant sur le seul chemin qui y conduisait. » Sur les derrières du campement se tient toujours un grand » nombre de mâles qui attendent patiemment, mais en vain, » l'occasion de s'établir en famille ; la plupart d'entre eux » ont eu à livrer et à soutenir des combats tout aussi ter- » ribles que leurs voisins fortunés qui sont plus près de Teau, » mais les femelles n'aiment pas les stations extérieures où » elles sont plus ou moins isolées ; ce qui fait leur bonheur, » c'est l'entassement des grands harems, où elles peuvent à » peine se remuer tant elles sont serrées. Toutefois par suite » de l'inaction qui s'impose à eux, les mâles de l'arrière-ban » n'en sont que plus en état de succéder à ceux qui sont obli- » gés de se retirer pour cause d'épuisement, ou de se consa- » crer vaillamment à la protection des jeunes à l'automne. Le » courage que déploient les phoques à fourrure dans leurs

> fonctions de chefs de famille est de Tordre le plus élevé. » J ai essayée diverses reprises d'en chasser des positions où D ils s'étaient établis, mais j'avais beau leur jeter des pierres » et faire autant de bruit que possible, jamais je n'ai réussi. » Je soumis même à une rude épreuve, la vaill nced'un mâle » logé à l'extrémité du campement de Tolstoï et pourvu de

> quatre femelles. M'approchant à vingt pas de lui, je me mis » à le cribler de petit plomb. Bruit, odeur de poudre, douleur, » rien n'y fit ; conservant dans toute son énergie son attitude » de résistance déterminée, il s'élançait de droite et de gauche » pour arrêter et ramener les femelles qui dans leur effroi » cherchaient à fuir après chaque coup de fusil; puis se levant » de toute sa hauteur, il me regardait en face, avec une ex- » pression de défi, tout en rugissant et en crachant furieuse- » ment. Il lui fut bientôt impossible de retenir les femelles, » mais il n'en continua pas moins à me faire face, bondissant » vers moi jusqu'à dix ou quinze pieds de sa position, puis » y revenant avec l'intention évidente de périr plutôt que de » reculer. »

» Ce qu'il y a de particulièrement remarquable, c'est quo » ce déploiement de valeur, en face de l'homme, est pure-

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