‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 52 sur 120 · RATS ET SOURIS V · texte numérisé non relu

RATS ET SOURIS V

» çonnant son équipage, sans trop savoir qui accuser, il réso- » lut de surveiller le magasin. Aussitôt qu'il eût renouvelé sa » provision d'œufs, il s'établit pendant la nuit de manière à » les avoir Lien en vue. Mais quel ne fut pas son étonnement, » lorsqu'il vit paraître une troupe de rats, qui firent la chaîne » entre le panier aux œufs et leur trou, et commencèrent à se » passer les œufs avec leurs pattes de devant. » {Gleaniaçs. t. II, p. 281.)

Passons à un autre expédient que mentionnent tous les livres d'anecdotes et dont j'ai cru utile de contrôler la réalité par des expériences directes. Voici d'abord en quoi il consiste d'après Watson : « On a vu des rats puiser de la manière sui- » vante l'huile d'une bouteille à col étroit : l'un d'eux choisit » quelque point d'appui commode, près de la bouteille, pour » s'y établir, puis il plonge sa queue dans l'huile, et la donne » à lécher à un compagnon. Pareil acte dénote plus que > de l'instinct ; il implique du raisonnement et de rintelli- » gence. » {Du Raisonnement chez les animauXj p. 293.)

Jesse, de son côté, raconte « qu'une boîte ouverte, conte- » nant des bouteilles d'huile de Florence, avait été placée dans » un magasin où l'on n'entrait que rarement. Un jour que le » propriétaire était venu chercher une bouteille, il s'aperçut » que des morceaux de vessie et de coton, qui servaient de » bouchons, avaient disparu, et que l'huile avait beaucoup » baissé dans les bouteilles. Voulant en avoir le cœur net, il » remplit de nouveau quelques-unes des bouteilles et eût soin » de les boucher comme la première fois. Le lendemain ma- » tin, les bouchons avaient disparu, ainsi qu'une portion de » l'huile. Alors, il se mit à guetter par une lucarne, et il vit » des rats se glisser dans la boite, introduire leurs queues » dans le cou des bouteilles, les retirer et lécher les gouttes » d'huile qui y adhéraient. » {Loc, cit.)

Enfin, Rodwell cite un exemple semblable, sauf qu'au lieu de lécher la queue de son voisin, chaque rat léchait la sienne.

Quant à l'expérience fort simple au moyen de laquelle je vérifiai l'exactitude de ces faits, j'en fis part au journal iV^atiire, dans les termes suivants :

« M'étant procuré deux bouteilles au col étroit et tant soit » peu court, 'je les remplis de gelée de groseilles à moitié » liquide, jusqu'à trois pouces de l'orifice, que je recouvris

» d'un morceau de vessie, puis, je les mis dans un endroit » infesté de rats. Le lendemain matin, chaque morceau de » vossie se trouvait percé d'un petit trou au centre, et le » niveau de la gelée avait baissé également dans les d'eux bou- » teilles. Or, comme la distance de Torlfice à la surface cor- » respondait à peu près à la longueur d'une queue» de rat » passée par les trous en question, et comme d'ailleurs ces » trous n'étaient guère plus grands que la racine de ce » membre, il semble qu'il soit assez prouvé que les rats » s'étaient procuré de la gelée en y plongeant leur quene et » en la léchant ensuite. Mais, pour tirer la chose plus au » clair, je remplis de nouveau les bouteilles, de manière à » exhausser d'un demi-pouce le niveau de la gelée dont je » recouvris la surface d'une rondelle de papier mouillé. Puis, » ayant bouché les orifices avec des morceaux de vessie » comme auparavant, je plaçai les bouteilles dans un endroit y> où il n'y avait ni rats ni souris. Quand je vis dans Tune » d'elles une couche épaisse de moisissure à la surface du pa- » pier qui recouvrait la gelée, je la remis à portée des rats, » et le lendemain, je pus constater que la peau de vessie » avait été rongée d'un côté de l'orifice et que la couche de » moisissure portait de nombreuses empreintes, tracées par » le bout des queues de rat, comme par l'extrémité d'un » porte-plume. Évidemment, ils s'étaient évertués à trouver » dans la rondelle de papier un trou où leurs queues pussent » passer. »

Venons maintenant aux souris. Le révérend W. North, curé d'Ashdown, en Essex, mit un pot de miel dans un cabinet où des maçons avaient laissé des débris de plâtre. Avec ces matériaux, les souris se construisirent autour du pot une sorte de plan incliné qui leur permit d'en atteindre le bord. On trouva aussi dans le pot une quantité de débris qui avaient fait monter le niveau du miel à proximité de l'orifice ; mais il serait difficile d'affirmer que c'était un expédient de la part des souris, et non l'effet du hasard. (Jesse, Rec.j III, p. 1*76.) Quant au fait, on ne voit pas que l'observation ait pu prêter à erreur.

Powelsen, dans son ouvrage sur l'Islande [Introd. à la Zoologie arctique, p. 70), a cité, sur les souris de cette contrée, certains faits qui ont soulevé de vives contestations de la

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part d'hommes compétents, et qui ne sont pas encore établis avec certitude. Selon cet auteur, les souris d'Islande se réunissent en troupes, de six à dix, choisissent un morceau de bouse de vache sec et plat, y entassent des baies ou toutes autres provisions, le tfreut, au moyen de leurs forces réunies, jusqu'au bord de la rivière qu'elles veulent traverser, le lancent à l'eau et s'embarquent en cercle autour des provisions se touchant de la tête au centre, et traînant la queue dans l'eau, peut-être en guise de gouvernail. Le D^'Hooker, ayant traité ce récit de « pure fantaisie » dans son Voyage en Islande, le docteur Henderson résolut de savoir à quoi s'en tenir : « Je me fis un devoir, dit il, de m'enquérir au- » prèsde différentes personnes de l'exactitude des faits allé- » gués. A mon grand plaisir, je puis maintenant les déclarer D acquis au domaine de l'histoire naturelle, sur la parole de » deux témoins oculaires et dignes de foi, le pasteur de Briams-

' » lack etM™° Benedictson, qui, l'un et Tautre, m'affirmèrent » avoir vu plusieurs de ces expéditions. M™« Benedictson se » rappelait très particulièrement toute une après-midi qu'elle

-» avait passée, dans sa jeunesse, au bord d'un petit lac, à » observer ces hardis petits navigateurs, et à les empêcher » (elle et ses compagnes) d'atterrir au rivage quand ils en » approchaient. On m'apprit aussi que les souris se servent de » champignons secs comme de sacs, dans lesquels elles trans- » portent leurs provisions à la rivière, et de là à domicile. » {Journal d'un séjour en Islande en 1814 et 181S, vol. Il, p. 187 )

Avant d'en finir avec les rats et les souris, je dirai quelques mots, touchant certains animaux qui tiennent de l'un et de Tautre, et auxquels il n'y a pas lieu de consacrer une section

;à part. Dans cette catégorie, se trouve le rat des moissons {Micromys minnius), sur le compte duquel Gilbert White nous donne les détails suivants :

« Cet automne, dit-il, je me procurai un nid de ce rongeur, » et fus émerveillé de l'art avec lequel les brins d'herbe, qui » entraient dans sa construction, étaient entrelacés ; c'était » comme une sphère, de la grosseur d'une 1 aile de cricket, et » munie d'une ouverture si adroitement fermée qu'on ne pou- » vaitla distinguer; le tout si compact et si bien rembourré, «îqu'on pouvait faire rouler le nid sur la table «ans risque.

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» bien qu'il contint huit petites souris, nues et aveugles. L'in- » lérieur étant ainsi rempli, comment la mère peut-elle y » circuler pour présenter ses mamelles a chacun de ses petits? » Peut-être pratique-t-elle plusieurs ouvertures qu'elle bouche » soigneusement après la tournée ; en toutjcas, il est impos- » sible qu'elle trouve place à Tintérieur avec sa famille, qui, » d'ailleurs, grandit de jour en jour. Ce merveilleux berceau, » spécimen élégant d'un art instinctif, avait été trouvé dans s* un champ, suspendu à une tête de chardon. »

Pallas décrit le caractère prévoyant du Lagomys, qui fait provision d'herbe, ou plutôt de foin, pour sa consommation pendant l'hiver. Cet animal, originaire des montagnes de l'Altaï, habite les trous ou fentes de rocher. Vers le milieu du mois d'août, il ramasse de l'herbe, qu'il étend à sécher; en septembre, il en fait des tas, qui ont jusqu'à six pieds de haut sur huit de diamètre ; puis, il la met en magasin dans son trou, à l'abri de la pluie.

Voici maintenant ce que dit Thompson [Passloyis des Animaux, p. 235 236), au sujet du harvester [Cricetus frumeniariiis) : « Il passe sa vie à manger et à se battre. Sa seule pas- « sion semble être une sorte de fureur, qui le pousse à atta- » quer tout animal qui se présente, quelle que soit d'ailleurs » sa supériorité physique. La fuite est un moyen de salut qu'il » ignore, et, plutôt que de céder, il se laisse mettre en mor- » ceaux à coups de bâton. S'il vous mord la main, il faut le » tuer pour lui faire lâcher prise. Le cheval, par sa taille, » l'intimide aussi peu que le chien par son adresse. Lorsqu'il » aperçoit un chien de loin, il commence par vider les poches » de ses joues, si elles sont pleines de grains de blé ; puis, il » les gonfle d'une manière si prodigieuse, que son cou et sa » tête en deviennent plus gros que son corps. Se dressant sur » ses jambes de derrière, il se jette sur son ennemi, et, s'il » réussit à le mordre, il tient bon jusqu'au dernier soupir; » mais le chien le saisit d'habitude par derrière et l'étrangle-- » Ce naturel féroce l'empêche de vivre en paix avec n'im- » porte quel animal, même avec ses congénères. Lorsque deux » rats moissonneurs se trouvent en présence, ils ne man- » quent jamais de s'attaquer, et le plus fort dévore le plus » faible. Un combat entre mâle et femelle dure généralement » plus longtemps qu'entre deux mâles. Les deux adversaires

CASTORS 12o

» commencent par se pourchasser et se mordre, puis, ils se sé- » parent comme pour prendre haleine. Après un court inter- » valle, ils recommencent et continuent leur duel jusqu'à ce » que Tun d'eux tombe. Le vaincu fait infailliblement les frais » d'un repas pour le vainqueur. »

Si l'on considère le contraste entre le caractère intrépide du harvester et le naturel timide du lièvre ou du lapin, on voit que, comme émotion, aussi bien que comme intelligence, Tordre des rongeurs comprend des types extrêmes.

Le chien des prairies [cynomys liidovîciamis) est une sorte de marmotte de petite taille dont les terriers sont surmontées d'un monticule. Il vit en société, et ses garennes ont reçu le nom de « dog-towns « (villes de chiens). Le professeur Jillson, Ph. D., qui en possédait une paire (voir le Naturaliste américain, vol. V, p. 24-29), loue leur intelligence et leur attachement. Il trouva que les terriers de ces animaux contiennent des magasins à provisions. Quant à leur prétendue association avec le serpent à sonnettes et le hibou, voici ce que dit le professeur Jillson : « J'ai vu plusieurs de ces cités des prairies, » où chiens et hibous occupaient des monticules adjacents, et » par ci par là les mômes; mais je n'ai jamais vu de serpents » dans leur voisinage ». Enfin Tidée populaire, qui fait du hibou la sentinelle du chien, aurait au moins besoin d'être confirmée.

Castors.

De tous les rongeurs, le plus remarquable par l'instinct et rintelligence, est indubitablement le castor. De fait il n'existe pas d'animal, sans même excepter les fourmis et les abeilles, chez lequel l'instinct ait atteint un degré plus élevé de puissance adaptive dans un milieu soumis à des conditions constantes, et chez lequel des facultés manifestement instinctives s'enchevêtrent d'une manière plus embarrassante avec d'autres tout aussi manifestement intellectuelles. Cela est si vrai que, comme nous le verrons bientôt, l'étude la plus minutieuse de ïa psychologie de cet animal est impuissante à distinguer entre la chaîne de l'instinct et la trame de l'intelligence ; les deux principes se trouvent ici si intimement mariés, que dans les actes qui procèdent de cette alliance, on ne sait quelle part faire à l'impulsion machinale ou à la direction rationnelle.

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Heureusement, Tobscurité qui enveloppait cette question s*est éclaircie grâce, à l'observation infatigable et consciencieuse de M. Lewis H. Morgan dont Touyrage sur Le Castor d'Aménqice révèle un esprit scientifique. Comme ce traité est le plus sérieux et le plus complet qui ait encore paru, j'y puiserai la plupart de mes données, et tout en exposant les fait3, je m^eflforcerai de montrer par où ils prêtent ou échappent à une explication psychologique.

Les castors vivent eu société ; clxaque mâle avec sa femelle et sa progéniture habite un terrier ou loge à part. D'habitude un certain nombre de ces loges s'élèvent côte à càte et forment une colonie. Les jeunes castors quittent le toit paternel au commencement de l'été de leur troisième année, choisissent leurs compagnes et s'établissent dans une loge pour leur propre compte. Gomme chaque portée comprend annuellement trois ou quatre petits, il s'en suit qu'une loge de cai^tor contient rarement plus de douze sujets ; le nombre habituel varie de quatre à huit. Chaque saison, surtout dans les districts où il y a. un excès de population, une partie de la colonie émigré. Les Indiens affirment que, quand cela arrive, les vieux castors remontent le cours d'eau, taudis que les jeunes le d^cendent, parce que, disent-ils, dans la région qui avoisine la^source, les anciens, trouvent à se suffire plus facilement que dans les parties éloignées. Les loges qu ils abandonnent ainsi passent à d'autres couples, et, grâce à ce système de transfert continu de génération en génération, ne cessent pendant des siècles : d'être occupées.

Construites au bord de l'eau ou dans l'eau, elles se classent en loges insulaires, riveraines et lacustres. Les loges insulaires sont celles qui se trouvent sur les petites îles des étangs que déterminent les barrages des castors; le plancher en est à quelques pouces du niveau de l'eau, et deux vestibules, ou parfois davantage, y donnent accès :

« Ces vestibules sont de véritables œuvres d'art. L'un » d'eux, dont le plancher forme une sorte de plan incliné, » s'élève graduellement du fond de l'étang jusqu'à la loge, » sans déviation sensible ; l'autre est presque à pic et souvent » contournée. J'appellerai le premier « le chemin au bois »- » parce qu'il a évidemment pour but de faciliter le transport » des morceaux de bois, à la fois volumineux et longs^ dont les

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» castors se. noaririseent pendant la sajteon d'hiver. L'autre » peut s'appeler « l'allée aux castors » puUqu'il sert d'ordi- » naître à. leurs allées etveuuejs. D.aos.le ca3 qui nous occupe, » rallée:au.b(>is, de la.plateionoe extérieure de rentnée'de la » lQge.au fond de Tétang» descen^lajt d'environ dix pieds en » penle; l'autre partait de côté, et s'en allaita pic jusqu'au » fojad^e, l'espèce de fossé qui conduit en pleine eau. Lesdeux » allées .étaient recouvertes d'une voûte grossière de mor- » ceaux de bois entrelacés et cimentés de boue et de plantes » flexibles et adhéraient respectivement au fond de l'tHang » ou du foseé. Les extrémités aboutissant au niveau de la » loge étaient d'un, fini remarquable, le haut et les côtés fov- » mant uuve arche.plus ou moins régulière, avec un seuil en - D terre* battue^et consolidée à l'aide de morceaux de bois. » Leur vue «eule pourrait donner une idée de l'aspect artia- » tique de quelq.ues-unes de ces entrées. »

Sur le plancher de la lo^ge s'élève une sorte de- cabane, construiteavec un mélange de boue et de délH*is de bois, do forme circulaire ou ovale, et dont la grandeur varie, ayeci l'âge ; car au cours des réparations successives qu'elle subit.t, et qui. consistent à retirer de l'intérieur les m.orceaux de bois

pourms et les autres détritus, et à les appliquer ensuite.

sur l'extérieur à l'aide de nouveaux matériaux, la loge entière augmente peu à peu de taille et la cabane intérieure peut ainsi atteindre jusqu'à sept ou huit pied$ de.diamètre.

Il y a deux espèces de loges riveraines :

« Les. unes sont situées sur la berge d'un cours d'eau ou >> d'un étang, à quelques pieds du bord, et com,muniquent » avec le fond de l'eau par un tunnel souterrain. Les autrecs . » sont construites tout au bord de l'eau qu'elles suj^plombent » en partie; si bien que le plancher repose sur la berge. » tandis que le mur extérieur, du côté de l'étac^, est dans .)) l'eau, et descend jusqu'au fo^ïd. »

Knfin les lo^es lacustres, construites sur un sol dur et en pente comme l'est généralement le rivage des lacs, présentent certames^ particularités qui les renflent intéressantes comme exemples du génie d'adaptation des castors. La moitié, et même, les deux tiers de la loge sont construits sur pilotis, de manière à en masquer l'entrée et à permettre de l'étendre sous 1 eau, en eau profonde.

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Ces différentes espèces de loges ne sont, au point de vue historique, que des terriers modifiés.

« Le castor est un animal fouisseur. Poussé par son instinct, » il creuse sous terre des galeries, et à la surface, il construit » des loges, éléments nécessaires à sa sécurité et à son i> bonheur. Ces loges ne sont que des terriers extérieurs, » recouverts d*un toit et spécialement adaptés à l'élevage des » jeunes. Il y a lieu de croire que le terrier est la demeure » normale du castor, et que la loge n'en est que le dévelop-^ » pement naturel, suggéré par l'expérience. . . Du reste il lui » adjoint des terriers dans la berge de l'étang. Jamais il ne » s'en fie entièrement à sa loge, pour sa sûreté personnelle; x> il sait trop bien qu'étant en vue, elle attire les attaques. »... Comme les entrées sont toujours au-dessous du niveau » de la surface de l'étang, aucun indice extérieur ne révèle la » position du terrier, si ce n'est parfois un petit tas de bran- » ches coupées d'un pied de haut ou davantage, i»

D'après les trappeurs, ces branches auraient pour objet d'empêcher la neige de boucher hermétiquement l'ouverture du terrier en s'y tassant.

M. Morgan ajoute, avec vraisemblance, que cette habitude d'amonceler des morceaux de bois pour pourvoir à la ventilation, peut fort bien être le germe d'où est sortie la loge.

« D'une pile extérieure de branches à la loge, avec com- » partiment au-dessus du sol et accès à l'étang par le terrier » précurseur, il n'y a qu'un pas. Un terrier défoncé à son » extrémité supérieure par quelque coup de hasard, puis » réparé à l'aide d'une couche de terre et de brins de bois, a » pu facilement servir de début à la loge extérieure. »

Fait important à consigner, à titre de modification locale d'instinct, dans les Cascade Mountains les castors habitent principalement des terriers creusés dans les berges des cours d'eau et ne construisent que rarement des loges ou des digues • .

Dans son compte rendu de la zoologie de l'Orégon et de la Californie, le docteur Newbury raconte comme quoi il a vu des castors en nombre étonnant, mais pas une seule « cabane » et fort peu de digues. Qu'il y ait là un retour à rinstinct primitif ou un arrêt dans le développement de Tins-

t II en est de même des Castors du Rhône [E. P.).

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