‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 53 sur 120 · CASTORS · texte numérisé non relu

CASTORS

tinct plus récent, peu importe; mais il est probable, vu Tantiquité de Tinstinct de construction, et ses manifestations partielles chez les castors de Californie, que Ton se trouve en présence d'une rétrogradation.

Dans le choix qu'ils font d'un endroit pour y établir leurs loges, les castors déploient beaucoup de sagacité et de prévoyance : « Eu égard au climat rigoureux de ces pays, il est » nécessaire que les entrées de leurs loges se trouvent dans r> une eau suffisamment profonde et abritée pour ne pas » geler au fond*; sans quoi ils périraient de faim dans leurs » habitations changées en prisons. Pour parer à ce danger, il » importe aussi que la digue soit solidement établie, sans » quoi le niveau de l'eau pourrait baisser pendant l'hiver; » d'autre part ce niveau doit être déterminé par rapport au » plancher de la loge, de manière à permettre aux castors de » rentrer en tout temps leurs coupes de bois pour pourvoir à D leur consommation. Ayant délaissé leur condition normale » d'existence sur les berges des rivières, pour vivre dans des » étangs artificiels qu'ils forment eux-mêmes, ils ont à subir » les conséquences de leur choix et à parer à celles qui leur » seraient fatales. »

Sur le Missouri supérieur, dans les régions où les bords de la rivière se dressent verticalement de trois à huit pieds de hauteur pendant des milles et des milles, les castors ont recours à des espèces de tranchées ou plans inclinés à un angle de 45*» à 60°, qui partent à quelques pieds en arrière du bord, et descendent graduellement jusqu'au niveau de l'eau. Comme le fait remarquer M. Morgan, voilà encore une preuve que les castors sont doués d'une grande liberté d'intelligence qui leur permet de s'adapter aux conditions dans lesquelles ils se trouvent.

Passons maintenant, à la manière dont ces animaux se procurent et emmagasinent leurs aliments. Tout d'abord, il est bon d'observer que l'écorce des troncs de grands arbres, ou d'arbres de taille ttioj'enne est trop épaisse pour leur convenir ; celle qu'ils recherchent comme tendre et nourrissante, provient des branches. Pour se la procurer, ils abattent lesarbres en rongeant le tronc tout autour de la base.

1. Dans ce but, ils choisissent souyent l'endroit où une source s'échappe doi fond du lac ou de l'étang.

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En deux «u trois nuits de tfavail, un couple de castors, peut ainsi Tenir à bout d*mi arbre qui a atteint la moitié de sa croissance, et chaque fiamilie jouit en paix du fruit de ses efforts. Lorsque l'arbre commence à casser; nos bûcherons s'arrêtent, puis reprennent leurs opëralâons avec circonspection jusqu'au moment oh la chute s'accuse ; aussitôt ils plongent dans Tétang- et restent caché» pendant quelque temps, comme s'ils craignaient que le bruit fait par Tarbre en- tombant n'ait rât quelque ennemi. Point à noter : les castors savent déterminer la direction de la chute ; ils s'attaqtient surtout au' côté opposé à celui de Teau, ce qui fait Itomber Farbre vers ce dernier, et leur épargne parla suite beaucoup de peine dans le transport. Aussitôt l'arbre à bas, ils s'occupent d'en détacher les brandies, du moins celles qui ont de deux à six pouces de diamètre ; ils les dépouillent de leur bois et puis les coupent en morceaux d'une longueur qui leur permette de les porter dans leurs loges. Ce découpage, s*opère au moyen d'incisions qu'ils pratiquent à des distances plus ou moins égales le long du côté supérieur de là branche, alors qu'elle repose sur le soi, et qu'ils complètent en la retournant avec bien moins de pein-? que s^ils continuaient à couper du même côté. Pluà- la branche est épaisse, plus les sections sont nombreuses et par conséquent, plus les morceaux sont courts, pour la simple raison que Tantmal n'aurait pas la force de transporter un gros morceau de la même longueur qu'un morceau de diamètre moindre dont il peut juste se cliarger. « Ils montrent beaucoup d'adresse à manier ces » pièces. Avec l'aide de leurs hanches il les poussent et les » font rouler, se servant de leurs jambes et de leur queue » comme de leviers, tandis qu'ils avancent de côté. Par ce » moyen ils font traverser aux gros morceaux, le terrain » inégal, mais généralement en pente qui sépare Tes arbres

» de l'étang quand une pièce a été ainsi transportée au

» bord de l'eau, un castor s'en empare, en ajuste une extré- » mité sous son cou et la pousse devant lui jusqu'au point oii » elle doit être submergée, »

Cest sans doute en laissant tremper leurs morceaux de Lois, que l'es castors les font aller au fond ; mais certains indices semblent^ pii^uveir qu'ila oonnâflss^nt égalemeiit un moyen de les amarrer sous l'eau. En effet, on en a vu re-

CASTORS — DIGUI5* IST ÉTMGS AUÏJFICIELS fôl»

BKôfquei* dés^ broussailles' yevs leurs loges, en preiidire te' gros bout (îans-teur iotrche, et ptonger eommo' pour le planCfeif dans- 1^' rase-. Fne fors- un amas db broussatllesi établi au ftmd, les morcearux de* branchegr d'arbre y sont feurrte et se» Urou^enù aî'Hsi à l'abri du courant qui, sans cela, pourrait tesr emporter pett<?-étre au* moment même', oîi' Texistence des castèrS' dépend de leurs provisions.

Enfin, dians certaines circonstemces-, déteoupage, tfpansporfc e1? amarrage, tout cela serait peine superflue, ef eu' pareil cas, fes castors ne manquent pas (te s'en dispenser. e*est quand Tarbre pousse si près du bord, que ses branches seront sûrement submergées quand il sera abattu ; les castors savent albrs que leurs provisions seront en sûreté sans^plus d'embarras. Meus naturellement lie nombre- df arbres sttfuésatnsi, est' limité et ne saurait Iteur suffire.

Si nous considérons maintenant les^ digues et les^ caaMfur, qufe construisent ces créatures, nous- nous trouvons^eo pré* sence d'œuvres merveilleuses, et, selon' moi, les pl«s- trou^ Liantes au point d'e vue psychologique queiKni»pi?éseûtte le i^égne animal'.

tes digues sont destinées à formeir les» étangs artificiels, qui doivent servir de refuge aux castors, et relier tes difféirentes loges entre elles* Le niveau de l'eau doit, jwir eonsé- (|jiieiaLt, s'élever dans tous les cas au*dessus des entrées des loges et des terriers, et de fait il en est généralement à deux oo^ trois pieds de distance.

tt Comme la digue n'est pas de première iiéoessité dans » l'existence du castor, dont le gite normal se trouve plutôt » dans les étangs et rivières naturels, dans les berges desquels » il trouve à se terrer, on a lieu de trouver singulier quil » ait, de son propre mouvement, quitté le milieu qui lui est » naturel pour se créer un genre de^ vie- artificier,. a*a moyen » de digues et d'étangs spéciaux. »

Le mode de construction est le môme pour toute» tes digues ; mais comme forme extérieure, on en distingue deux espèces. La plus répandue est celle qu'on appelle « la digue à w claie » parce qu'elle consiste en ftigots et perches entrelacés et surmontés d'un mélange de terre et de morceaux de bois en forme de banc.

La digue dite <r en môle plein, w- dFflftre de^la pi^éeédente en

ce qu'il entre beaucoup plus de boue et de broussailles dans sa construction, surtout à sa surface, de sorte qu'elle présente l'apparence d'un véritable mur de terre. La digue à claie laisse filtrer l'eau sur toute sa longueur, tandis qu'avec la digue à môle plein, elle se déverse par un seul conduit ou trop-plein que les castors ont soin de pratiquer dans le haut.

Par ci par là, pour donner du poids et de la solidité à leurs constructions, ils y incorporent des pierres pesant de une à six livres qu'ils transportent de la même manière que la boue, c'est-à-dire en les serrant contre leur poitrine avec leurs pattes de devant tout en marchant sur celles de derrière. Les digues à môle plein sont beaucoup plus solides que celles à claie; un cheval pourrait y passer sans danger, mais les autres ne porteraient pas le poids d'un homme. Du reste, chaque sorte est adaptée au site qu'elle occupe. Dans les endroits où la force du courant agissant sur des terres d'alluvion, y creuse un lit à bords verticaux, la forme des berges ne se prête pas à l'établissement d'une digue à claie, et d'ailleurs elle ne pourrait résister au volume et à l'impétuosité de l'eau. Aussi en pareil cas les castors ont-ils recours à leurs digues à môle plein, réservant les autres pour les endroits où le courant est faible et l'eau peu profonde.

Voici, d'après M. Morgan, les proportions d'une digue :

Hauteur à partir de la base de 2 à 6 pieds.

Différence de profondeur de l'eau en aval

et en amont de la digue 4 5 —

Épaisseur à la base 6 18 —

Arête de section en aval 6 13 —

Arête de section en amont 4 18 —

Quant à la longueur, elle dépend naturellement do la distance d'un bord à l'autre. Quand cette distance est considérable, la longueur de la digue prend parfois des proportions étonnantes, comme l'atteste M. Morgan :

a La longueur de certaines digues, dans cette région, tient » du prodige, et il faut presque l'avoir mesurée soi-même » pour y croire. Elle atteint 400 et même 500 pieds de long.

» Sur un affluent de la rivière Esconauba, à environ un ! • » mille et demi du « Washington-Main », il existe une digue ^ » composée de deux sections, dont l'une mesure 110 et l'autre

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