‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 54 sur 120 · CASTORS — CONSTRUCTJON DES DIGUES · texte numérisé non relu

CASTORS — CONSTRUCTJON DES DIGUES

» 400 pieds de long. Entre les deux se trouve un banc naturel » de 1,000 pieds de long que les castors ont façonné paren- » droits. A Torigine ils avaient construit d'un bord à l'autre » du cours d'eau, une digue à remblai longue de 20 pieds, et » munie d'un conduit de 5 pieds de large en guise de trop-plein. » L'eau ayant monté et inondé la rive gauche, la digue fut » prolongée de 90 pieds jusqu'à contact avec une élévation de » terrain suffisante. Cette élévation formait une sorte do » remblai, parallèle au courant qu'il remontait sur une dis- » tance de 1,000 pieds, jusqu'en un point, où un abaissement » permettait à Teau de l'étang, d'échapper et de rejoindre » par un détour le lit du cours d'eau au-dessous de la digue. » C'est pour remédier à cet état de choses, que la section de » 420 pieds fut construite. Assez basse sur la moyenne partie » de sa longueur, elle atteint dans certains endroits, une » hauteur de 2 pieds et demi à 3 pieds. C'est une digue à » claie, avec un remblai en terre sur sa face extérieure. » Voilà donc un total de 1,530 pieds, dont 530 sont dus en- » tièrement au travail des castors, et dont le reste a été i> façonné par eux, dans les endroits où l'abaissement du » terrain réclamait un remblai artificiel. »

C'est véritablement merveille, que des animaux se livrent à des travaux de construction aussi vastes, avec l'intention, nettement caractérisée, de se procurer certains avantages, par l'exercice de leur talent comme ingénieurs. Le fait est môme si étonnant, qu'en interprètes de sens rassis, nous en chercherions volontiers Texplication ailleurs que dans une conception intelligente, tant des conséquences avantageuses de l'entreprise que des principes hydrostatiques dont l'application s'y trouve indiquée. Et cependant nous avons beau scruter, rien de simple ne se présente comme solution.

Donc, il n'y a pas moyen de conclure autrement : les castors savent parfaitement, en réalité, que leurs digues servent à maintenir l'eau à un niveau constant. Car il est avéré que les digues à remblai sont munies d'un trop-plein, et de plus que les dimensions de ce tuyau d'écoulement subissent des modifications suivant le volume du cours d'eau à différentes époques. De môme, les castors facilitent ou restreignent le passage de l'eau à travers les digues à claie selon qu'elle abonde ou non, sans quoi leurs loges seraient inondées ou

bien leurs yestiLules sous-marins seraient mis à soc*. D'ailleurs, on comprend facilement que les digues à claie, par suii:e de Ja ôltration de «l'eau ou de la pourriture et de laffaissemenl des matériaux, «oient sujettes à des fuites qui deçûandenit une surveillance continuelle. Aussi parait-il, qu'à l'automne, la partie .inférieure de ces digues reçoit une nouvelle coucbe de matériaux pour compenser les pertes.

Or il y a là évidemment un changement continuel de conditions résultant d'une variation continuelle dans le volume d'eau; et il est à remarquer que les castors ont recours au seul remède possible en réglant la décharge par les digues. Nous nous trouvons donc en présence d'un fait qui diffère essentiellement des opérations purement instinctives quelque merveilleuses que soient certaines d'entre elles. Car les adaptations de l'instinct proprement dit n'ont rapport qu'à d(îs. conditions qui ne changent pas; de sorte que nous ne saurions attribuer le cas qui nous occupe à un effet de l'instinct pur et simple, sans modifier grandement l'idée que nous nous faisons de ce dernier. Il nous faut, par exemple, supposer que les castors, s'apercevant d'une hausse ou d'une baisse du niveau de leurs étangs, agissent sous le coup du malaise qu'ils en ressentent et, sans motif raisonné, se mettent, suivant le cas, à élargir ou à rétrécir les orifices d'écouleraeni. Déplus, il faut qu'il y. ait, dans les conditions d'incitatian et deiTéaction un accord parfait, de manière à ce que les animaux mesurent l'élargissement ou le rétrécissement nécessaire 4'.après le degré de malaise qu'ils éprouvent ou qu'ils prévalant. En voilà assez, il me semble, pour montrer combien il est difficile d'imaginer un raffinement d'instinct proprement dit qui puisse satisfaire à des conditions d'adaptation aussi complexes, mais nous allons voir que la difficulté ne fait que croître quand l'on considère certaines autres particularités que présente l'ouvrage des castors.

, Il arrive quelquefois que la pression de l'eau sur les digues de grande étendue est telle qu'elle compromet leur stabilité. M. Morgan a observé qu'en pareil cas, les castors établissent une Autre digue moms élevée à quelque distance au-delà de la

1. Pendant les grandes crues, cela arrive quelquefois, les castors ne peu-ront établir un écoulement suffisaQt et leurs digues finissent par être submergées. Quajod la Jbaisse a lieu, ils ^'appliquent à réparer les défais.

CASTORS - WlOÎTECTIC:; DES DIGUES ASb

première fle manièreià former, entiie les deux, un ëtangcle;peu de profondeur : « Cet étang ne joue auoun rôle apparent «dan* o linstallation des ;c&€ftor&, jnrais il n-en reiid pas inoin« de » -grands eervioes en prodaiaant une oonohe d-ean «en retour 9 de douze  quinee pouces de profondeur., . «t la digue ^ee- >: condaire, par oela môme qu'elle jreftient un ipied td'eau au- » dessous de la prenarîère, rédoit dlautant la différenoe'dee iii- » veaux -et la ipresaion de TBau de Tétang supérieur opntre » Fouvrage principal. »

La digue secondaire est-elle réellenaent construite eai vue de pareils résultats, ou bien faut-il chercher la raison de -son existence dans une autre hypothèse ? C'est là un point sunr lequel M. Morgan préfère ne pas se prononcer, mais comme M affirme ailleurs avoir renouvelé en tous points son abserva*tion dans le cas de plusieurs grandes dignes, on est amené à en oonclure qu'il y a là au moins plus qu'une combinaison fortuite-, et, comme après tout, elle est nettemeaai caractérisée, on ne voit guère qu'une seule hypothèse à faine, à savoir que les animaux ont pour objectif la stabilité de la digue principale. Et, s'il en est ainsi, nous ne .pouvons plus, à mon avis, nous réclamer ici de l'instinct pur et simple.

M. Morgan découTrit également une digue qui était précédée d'une autre, longue de 93 pieds et haute de 2 pieds^t den^i au centre. Elle lui inspire les réflexions suivantes :

« Une digue en amont n'a aucun avantage visible, en ce » qui concerne l'aménagement de l'étang, pour les castors, » Celle-ci se distingue d'ailleurs par une élévation qui n*,ap- » partient qu'aux digues des bouches de lacs, c'esrt^à-dire d'^n- » -viron 2 pieds au-dessus du tniveau normal de l'eau sur toute •o sa longueur, tandis que les autres digues sont presque au » ras de l'eau. On est tenté de croire qu*elle fut oonslruite en » vue de hausses soudaines bu temps de crues, dans de butîde » contenir l'excédent d'eau et de donuferàla digue inférieiwe i» le 1emps<le récouler graduellement, — but qu'elle rernpi»*- » rait certainement à l'occasion, quelque «squée que soit l'hy- » pothèse. Sans doute qu'en attribuant l'origiine de l'expédient » à un ifnotif aussi raisonné, nous feriosns mke part exoessiV'e » à la^agacité de l'animal.; encore convienlt-il de .faire remar* » quer dans quel rapport les deux digues se trouvent visera-

» vis Tune de l'autre, que le rapport soit l'effet du hasard ou » d'un acte intentionnel. »

Voilà qui est s'exprimer avec prudence; mais puisque, nulle part ailleurs, on ne trouve de digues sans objet, on est clai-/ rement en droit de conclure que celle dont il s'agit, vu sa position et sa hauteur, dut son origine à la nécessité de parer' à l'inconvénient auquel elle remédie incontestablement. Que' si nous rejetons cette explication il ne s'en présente pas^ d'autre, et, bien que dans le cas d^une pareille manifestation d'intelligence de la part d'un animal, se produisant d'habitude ou par occasion, je n'hésiterais pas à voir l'action du hasard, il y a chez les castors une telle multitude de faits se répétant sans cesse et ne pouvant, les uns et les autres, se rattacher qu'à une connaissance pratique et non moins merveilleuse des principes de l'hydrostatique, que l'hypothèse du hasard me paraît devoir être abandonnée ici. Voici, du reste, à l'appui de mon opinion, des preuves que fournit le détail des canaux de castors. M. Morgan, qui fut le premier à découvrir et à décrire ces étonnants monuments d'ingénuité, dit à ce sujet :

a Quelque remarquable que soit une digue, tant par sa » construction que par le but qu'elle remplit, elle ne l'est pas » davantage, si môme elle l'est autant, que ces chemins d'eau, » qu'on appelle ici canaux, et qui sont creusés dans les terres » basses qui bordent l'étang, de manière à atteindre le bois JD dur, et à en faciliter le transport jusqu'aux loges. Il y a là » tout un plan, dont le devis et l'exécution impliquent un fonc- » tionnement rationnel, plus complexe et plus étendu que la » construction d'une digue , une fois Tidée conçue et mûrie, » elle aboutit à un travail beaucoup plus simple, sans doute, » mais auquel on se serait bien moins attendu de la part d'un » animal. -»

Les circonstances qui donnent naissance à ces canaux sont les suivantes : le barrage d'un petit cours d'eau par une digue sert principalement à inonder les terres basses jusqu'à la hauteur la plus proche, sur laquelle se trouvent des arbres de bois dur ; la communication par eau étant commode ou môme nécessaire au point de vue du transport. Or, parfois, l'étang ne remplit pas complètement ce but, et parfois aussi, les bords, par leur configuration nette, en déterminent les limites ; c'est alors que les canaux sont mis en réquisition :

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