MÉMOIRE
Il existe plusieurs cas avérés d'éléphants apprivoisés qui, aprèîS être retournés à l'état sauvage pendant plusieurs années, furent capturés de nouveau et reprirent leurs anciennes habitudes. M. Corse [Transactions philosophiques^ 1799, p. 40), rend compte d'un fait de ce genre dont il eut lui-môme connaissance. Un éléphant chargé de bagages vint à flairer un tigre et dans sa terreur prit la fuite. Dix-huit mois plus tard il fut reconnu par ses gardiens au milieu d'un troupeau
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cVéléphants sauvages qui venaiewt d'être capturés et se treavaient enfermës'dans une enceinte. Mais il semblait aussi inabordable que lesf autre» et menaçait de sa trompe quiconque approchait. A la fin, uu vieux chasseur s'avisa de monter sur un éléphant apprivoisé, et abordant ranimai rebelle, lui saisit roreille en môme temps qu'il lui commandait de se* coucher. Aussitôt la force des vieilles habitudes reprit son empire, réléphant obéit et fit entendre un petit cri. qui lui était particulier en pareille circonstance dans le passé. Le même auteur parle aussi d'un éléphant qui s'échappa, après deux ans seulement d'apprivoisement, passa quinze ans à l'état sauvage .et lorsqu'il fut repris, se souvenait encore en détail de tous les comman<lements^ Les exemples authentiques du même genre ne^ manquent pas (T. Binglej, loc. cit.^ vol. I, p. 14^151). L'éléphant est donc certainement doué d'une mémoire très tenace, et Pline n'est peut-être pas si loin de la vérité,, quand il affirme que ceux d'un certain âge reconnaissent Les gardiens qu'ils avaient étant jeunes [ffist. nat^ VIII, 5).
Émotions;
Fn fait d'émotion, les sentiments de magnanimité paraissent en prépondérance chez réléphanf. Malgré la réputation (le malice qu'on lui a faite, il ne se montre vindicatif que sous rintiuence du souvenir d'une injustice. Lliistoirebien connue (iu tailleur et de l'éléphant a probablement un fond de vérité, car il existe plusieurs exemples authentiques de représailles semblables de la part de ces animaux (V. Bingley, lt)c, cit, vol. I, p. 15&) ; et te capitaine- Shipp (Mémoires, v. I, p. 448) vérifia le fait par Texpérieiice. Ayant donné à un éléphant un sandwich dont le beurre était imprégné de poivre de Cayenne, il attendit six semaines, puis revint faire visite à rafiimal dans son écurie en lui prodiguant ses caresses comme il en avait l'habitude. Tout d'abord l'éléphant ne manifesta aucun, ressentiment; mais juste au moment où le capitaine commençait à croire l'expérience manquée^ l'animal saisit une occasion favorable et remplissant sa trompe d'eau saJe, en arrosa l'officier.
Oriffltiis raconte qu'au siège de Bhurtï>ore en» 1865^ après un séjour prolongé de Tarmëe anglaise devant le» mura de
cette ville, le régime des vents chauds et secs avait évaporé Teau des étangs et réservoirs. Aussi la concurrence était-elle grande autour d'un vaste puits qui contenait encore de l'eau :
<c Un jour que deux conducteurs se trouvaient auprès du » puits avec leurs éléphants, Tune des bêtes, qui était d'une » taille et d'une force remarquable, voyant l'autre munie d'un D seau que lui avait fourni son maître et qu'elle portait au x> bout de sa trompe, lui arracha cet ustensile nécessaire. Tan- » dis que les deux gardiens se disaient des sottises, la vic- » time, consciente de son infériorité comme force et comme » taille, contint son ressentiment d'une insulte à laquelle elle » était évidemment très sensible, mais elle eut bientôt l'oc- » casion de se venger. Choisissant le moment où l'autre pré- » sentait le côté au puits, le petit éléphant recula tranquille- » ment de quelques pas avec un air des plus innocents, puis » prenant sou élan il s'en vint donner de la tête contre le » flanc de son ennemi, et le fit tomber dans le puits. » On eut même beaucoup de peine à retirer l'animal, et c'est grâce à son intelligence que l'on y parvint. Lorsqu'on lui eût jeté une quantité de fascines servant aux opérations du siège, il eut la sagacité de les arranger avec sa trompe, de manière à s'en faire une plate-forme ascendante au moyen de laquelle il s'éleva p?u à peu jusqu'au niveau du sol.
A l'esprit vindicatif pour les petites offenses se rattache l'esprit de vengeance pour les grandes, esprit dont l'éléphant donne souvent de terribles preuves lorsqu'il est blessé. Sir E. Tennent raconte par exemple qu'il y a quelques années, «un éléphant, qui avait été blessé par un indigène près de » Hambangtotte, le poursuivit jusque dans la ville, tout le » long de la rue et l'ayant atteint dans le Bazar, le foula aux » pieds aux yeux des spectateurs terrifiés, après quoi il réussit » à gagner la jungle. »
Broderip [Récréations zoologiqiies, p. 315), Bingley [Biographie animale, I, pages 156-158), M""» Lee [Anecdotes sur ks Animaux, page 276), Swainson [Habitude et instincts des Animaux, page 37) et Watson [Raisonnement des Animaux, chap. iv) citent également plusieurs cas plus ou moins avérés de vengeance de la part de l'éléphant, chez qui ce trait émotionnel semble se présenter plus souvent que chez tout autre animal, à l'exception peut-être du singe.