‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 59 sur 120 · DÉVOUEMENT 14S · texte numérisé non relu

DÉVOUEMENT 14S

La sympathie est aussi une émotion caractéristique de Tespèce. On en connaît des exemples innombrables, mais je me contenterai d'en citer un ou deux, entre autres celui d'un vieil éléphant dont parle Tévôque Heber. Pris de faiblesse, l'animal s'était affaissé et on était allé en chercher un autre pour l'aider à se relever. Huber fut très frappé de l'expression presque humaine de surprise, d'émoi et de sympathie du second éléphant lorsqu'il vit la position de son compagnon. Tout d'abord il obéit au commandement et tira fortement sur la chaîne qu'on avait passée autour du cou et du corps du malade ; mais au premier gémissement de ce dernier, il s'arrêta soudain, se retourna avec un grondement farouche, et avec l'aide de sa trompe et de ses pieds de devant se mit à enlever la chaîne du cou du vieil éléphant.

Voici ce que j'emprunte à Sir E. Tonnent :

a Le dévouement et la loyauté que témoigne un troupeau » envers son chef, sont très remarquables, surtout si c'est un » éléphant à défenses, que recherchent tout particulièrement » les chasseurs. Ses compagnons s'efforcent de le soustraire » au danger : réduits à la dernière extrémité, ils le mettent » au centre et se pressent autour de lui si bien que les chas- » seurs ne peuvent arriver à lui qu'après en avoir tué un cer- » tain nombre qu'ils auraient peut-être épargnés sahs cela. » Un éléphant à défense que le major Rogers avait blessé » grièvement, fut aussitôt entouré par ses fidèles, qui le sou- » tinrent contre leurs épaules, et réussirent à couvrir sa re- » traite vers la forêt. »

Enfin, rappelons la célèbre observation faite par M. le baron de Laurîston à Laknaor pendant une épidémie qUi remplit la voie publique d'indigènes malades ou mourants. Le Nabab, du haut de son éléphant, ne prenait aucun souci des malheureux • qu'il pouvait écraser en passant, tandis qu'au contraire l'animal choisissait avec soin son chemin de manière à ne faire de mal à personne.

Le passage suivant est tiré des Mémoires que le Rév. Julius Young a publiés sur son père, M. Charles Young, l'acteur ; il témoigne de la sensibilité et de la sagacité d'un éléphant qui devint plus tard célèbre à Exeter, tant à cause de son immense taille que de sa fin tragique :

« En juillet 1810 parut l'annonce de l'arrivée en Angle-

ROUANES. II. ~ 10

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» terre de rélé[)hant le plus gros qu'on y ^ûl jamais vu. » Aussitôt qu Henry Harris, l'administrateur du théâtre de » Covent Garden en eut connaissance, il résolut de se procu- » rer ranimai, s'il y avait moyen, pensant que sa présence » serait un nouvel attrait dans une pantomime toute nouvelle » intitulée « Harlequin Padmenaba », qu'il était en train de » monter à grands frais. Bref, avant même que le proprié- » taire de l'Exeter change eût vu l'éléphant, Henry Harris en » était devenu l'acquéreur au prix de 900 guinées. M»"^ Henry » Johnston devait monter sur l'animal et M*" Parker en Co- » lombine devait faire le jeu. Un matin que Young se trouvait » au bureau de location, attenant au théâtre, il entendit un

> tintamarre inusité, dont le bruit provenait de l'intérieur, » et comme il en demandait la raison à un machiniste, celui- » ci lui répondit que c'était l'éléphant qui regimbait. Il faut » dire, qu'à cette époque, quand la première d'une pièce était » annoncée pour un certain jour, et que le temps manquait D pour la monter, il était d'usage de la mettre en répétition » chaque soir aussitôt après la représentation ordinaire et le » départ des spectateurs. Or, à une représentation de ce » genre, la veille da jour en question, on avait voulu s'assurer » de la docilité de l'éléphant qui devait porter M"® Henry j> Johnston et passer sur un pont au milieu d'une suite nom- » breuse. Mais en arrivant au pont, édifié sans solidité et » construit à la hâte, le prudent animal s'était arrêté et, » sourd à toutes les remontrances, avait absolument refusé de » faire un pas de plus. Devant son entêtement, le directeur se » décida à ajourner l'affaire au lendemain, dans Tespoir qu'il » y serait mieux disposé, et c'était pendant cette nouvelle 1» tentative que mon père, frappé du bruit qu'il entendait, » vint sur la scène pour en connaître la cause. Le spec- » tacle qui s'offrit à ses yeux le remplit d'indignation. Les » yeux baissés, les oreilles pendantes, l'énorme animal sup-

> portait patiemment les coups furieux que son gardien lui » portait au dessous de l'oreille, avec un aiguillon en fer. Le » plancher était couvert de sang, et cependant l'un des pro- » priétaires irrité d'un entêtement qu'il prenait pour de la » mauvaise volonté, excitait le gardien à des cruautés encore » plus grandes, lorsque Charles Young, poussé par son amour » pour les animauX; lui fit des remontrances, et s'approchant

RECONNAISSANCE ET RANCUNE i47

» du pauvre martyre, lui prodigua ses caresses. Mais le gar- » dien n'entendait 'pas céder, et levant son instrument de tor- » ture, il allait redoubler ses coups, si mon père ne lui avait » saisi le poignet comme dans un étau. Pendant l'altercation » qui s'ensuivit, survint le capitaine Hay, qui avait amené » Chuny (c'est ainsi que s'appelait l'éléphant), dans .son vais- » seau VAsltely et qui s'y était beaucoup attaché durant le » voyage. A peine s'était-il enquis de ce qui se passait, que » l'animal qui s'était aperçu de l'arrivée de son ami, s'appro- » cha de lui d'un air suppliant, lui prit doucement la main » avec sa trompe, la plongea dans la plaie saignante qu'on lui » avait faite, et la ramena devant ses yeux. Le geste disait » aussi clairement qu'aurait pu le faire la parole : « Vois de » quelle manière ces cruelles gens traitent Chuny. Tu ne sau- » rais l'approuver, toi 1 » Le cœur des spectateurs les plus en- » durcis fut touché, en particulier celui du propriétaire qui » s'était acharné contre la malheureuse bête. Sous le coup » de son émotion, il courut dehors acheter des pommes qu*il » offrit à Chuny. Mais celui-ci le regardant de travers, prit » son offrande, la jeta à terre, et après l'avoir réduite en com- » pote, la repoussa dédaigneusement. Young qui était aussi » allé acheter du fruit au marché de Covent-Garden, revint » bientôt après, et, à son tour, présenta son emplette à l'élé- » phant. Au grand étonnement de tous, Chuny l'accepta et » après s'en être régalé, enlaça doucement la taille de Young » avec sa trompe, comme pour montrer que s'il se souvenait » d'une injustice, il n'oubliait pas un acte de bonté.

» C'est en 1814 que Harris céda Chuny à Cross, le proprié- » taire de la ménagerie de l'Exeter change. L'acquéreur n'eut » rien de plus pressé que d'envoyer à Charles Young un bil- » let à vie d'admission à sa ménagerie, et c'était une des pe- » tites vanités innocentes de mon père que le plaisir qu'il » avait à entrer là avec quelque ami pour lui montrer sur » quel pied d'intimité il se trouvait avec l'éléphant. Quelques » années plus tard, la carrière théâtrale de Chuny prit fin et » dès lors, il en fut réduit à une vie de captivité dans l'une des » cages de la ménagerie. Un jour, un élégant, après s'être » bêtement amusé à taquiner l'animal en lui offrant de la lai- » tue, légume qui lui était notoirement antipathique, finit par » lui donner une pomme et lui enfoncer, du même coup, une

» grosse épingle dans la trompe, en ayant soin de s'esquiver » promptement. Voyant que Téléphant commençait à se fâ- » cher, et craignant qu'il ne devînt dangereux, le gardien pria » le mauvais plaisant de s'éloigner, ce qu'il fit en haussant les » épaules. Mais après avoir passé une demi-heure à persécu- » ter de plus humbles victimes, à l'autre bout de la galerie, il » revint du côté de Chuny, et comme il ne se souvenait plus » des tours qu'il lui avait joués, il s'approcha sans méfiance » d'une cage qui se trouvait vis-à-vis. A peine avait-il tourné le » dos à réléphant, que celui-ci passant sa trompe à travers les » barreaux de sa prison, saisit le chapeau du personnage, le » déchira, et lui en jeta les morceaux à la face avec un bruyant » ricanement de satisfaction. L'assistance fut ravie de cet acte » de représailles, et le niais qui Tavait provoqué n'eut d'autre » ressource que de sauter dans un fiacre et de se faire con- » duire chez un chapelier pour se procurer un nouveau » couvre-chef. Nombre de mes lecteurs doivent se souvenir » de la fin tragique du pauvre Chuny. Il devint enragé sans » qu'on en ait jamais su la cause, et comme on ne pouvait » réussir à l'empoisonner, on le fit fusiller par un détache- » ment des Gardes ; il ne fallut rien moins que cent cinquante- » deux balles pour l'achever. » {Monde animal, mars 1882.)

Sous bien des rapports le tempérament émotionnel de l'éléphant présente d'étranges particularités. M. Corse dit, par exemple, que si Ton sépare pendant deux ou trois jours, une femelle sauvage de son petit, elle ne le reconnaît plus : et cela même avant qu'il soit sevré, alors que le pauvre petit reconnaît sa mère et l'appelle à son secours {Philos, trans., 1873).

D'autre part, l'esprit d'exclusivisme que manifestent les membres d'un troupeau, c'est-à-dire d'une famille, envers des étrangers est remarquable. « Si par hasard, dit Sir E. Ten- » nent, un éléphant s'égare et ne peut plus retrouver son » troupeau, il ne saurait espérer être admis dans d'autres. » Il est libre de paître dans leur voisinage, de s'abreuver ei de » se baigner au môme endroit ; mais sauf ces relations à dis- » tance et toutes de tolérance, aucune association ne lui est » permise. Cet exclusivisme est porté à un tel point que même » sous le coup des terreurs d'un corral, l'éléphant qui, dans » la mêlée, s'est séparé des siens, et a été entraîné dans l'en- » ceinte avec un autre troupeau, ne peut se réfugier dans ses

» rangs et chaque fois qu'il essaye de se glisser dans le cercle » que forment ses compagnons d^infortune pour se défendre, » une grêle de vigoureux coups de trompe Ten éloigne. Il n'y » a guère de doute que cette disposition jalouse est pour » quelque chose dans Texistence et pour beaucoup dans la » persistance de la classe d'éléphants solitaires que l'on » appelle Gondahs, dans l'Inde, et qui, à cause de leur » méchanceté et de leur vie de rapine, ont reçu à Ceylan » le nom de Eora ou brigands. {Histoire naturelle de Ceylan, p. 114.)

Le tempérament émotionnel des Hora^ ou plutôt la transformation émotionnelle qui s'opère dans leur psychologie est aussi notoire qu'extraordinaire. De paisible, sympathique et magnanime qu'il était, l'éléphant, exclu de la société de ses semblables, devient ^féroce, cruel et morose à un point que n'atteint aucun autre animal. Les manifestations déplorables de rage sanguinaire et destructive que l'on rapporte de la part des Hora, montrent que leurs actions ne résultent pas d'accès subits de fureur à la vue de l'homme ou de ses œuvres, mais bien plutôt d'une hostilité systématique envers toutes choses: l'animal s'embusque sur le trajet des voyageurs et attend patiemment qu'ils soient en son pouvoir pour tomber sur eux. Pour donner une idée de cette passion à froid du meurtre, je citerai le fait suivant qui fut communiqué à sir E. Tonnent :

« Nous comptions, dit le narrateur, rejoindre l'animal à » l'endroit où on l'avait vu une demi-heure auparavant; » mais à peine celui de nos gens qui marchait en tête, l'eût- » il aperçu à une distance de quinze à vingt brasses, que » criant : a Le voilà! Le voilà! » il prit la fuite, suivi de nous » tous. L'éléphant ne nous avait pas vus tout d'abord ; mais » nous n'avions pas fait une vingtaine de pas, qu'il se mit à » nos trousses, en poussant des cris effroyables. L'Anglais » réussit à grimper sur un arbre, et ses compagnons sui- » virent son exemple; mais, malgré des efforts inouïs, je ne » pus parvenir à en faire autant. Il n'y avait cependant pas » de temps à perdre, car l'éléphant courait sur moi, la trompe » courbée vers le sol. En ce moment critique, M. Lindsay x> me tendit son pied auquel je m'accrochai, et en m'aidant de X» quelques branches, au-dessus de ma tête, je finis par en

» atteindre une d'une hauteur suffisante. Arrivé au pied ie » Tarbre, l'animal chercha à le renverser, d'abord en l'en- » laçant de sa trompe et en tirant de toutes ses forces, puis a en le poussant de sa tête. Il en fit ensuite le tour plusieurs » foœ, écrasant en chemin toutes les racines qui dépassaient. » Enfin, comme rien de tout cela ne produisait de résultat, » il avisa une pile de bois que j'avais dressée moi-même, » apporta une à une les trente-six bûches qui la composaient » et les amoncela méthodiquement- au pied de l'arbre; puis, » appuyant ses pieds de derrière sur le tas, il souleva son » avant-train, et s'efforça de nous atteindre avec sa trompe. » Mais nous étions trop haut, et pendant qu'il se livrait à cette » tentative stérile, l'Anglais fit feu et lui logea une balle dans D la tête. Le coup n'était pas mortel, et ne fit qu'exaspérer » sa fureur; mais une seconde balle le coucha tout de son » long. J'emportai plus tard; à Colombo, le crâne de cet » animal, et Ton peut encore le voir dans la maison de » M. Armitage. » [Histoire naliirellr de Ceylan, page 140.)

Autre trait curieux de la psychologie émotionnelle de l'éléphant : c'est la facilité avec laquelle l'énorme créature expire sous l'influence, de ce que les indigènes appellent un « cœur » brisé ». Ce fait sans équivalent dans le règne animal, est d'autant plus remarquable qu'à en juger ,par sa longévité, J-éléphant peut passer pour le mammifère le mieux doué sous le rapport de la force vitale. Le passage suivant est emprunté à Sir E. Tonnent :

a Parmi les éléphants capturés en dernier lieu, se trou- » vait le Hora, Quoique bien plus féroce que les autres, il » ne prenait aucune part aux charges contre les palissades » de ses compagnons d'infortune qui ne voulaient point le » souffrir dans leurs rangs. Une fois qu'il passait entraîné, » à côté de l'un d'eux qui s'était couché à terre d'épuisement, y* il se jeta sur lui et chercha à lui enfoncer ses dents dans la » tête; ce fut le seul acte de méchanceté que l'on eût à cons- » tater dans le corral. Lorsqu'on eut réussi à l'attacher et à » le maîtriser, il fit d'abord beaucoup de bruit, mais bientôt » il se coucha tranquillement, ce que les chasseurs prirent » pour un signe de sa mort prochaine, et leur pronostic ne » manqua pas de se vérifier. En effet, après s'être occupé » comnae les autres, pendant douze heures à se couvrir de

violence: des émotions I5i

» poussière qu'il humectait avec Teau de sa trompe, il s'éten- » dit tout épuise, et mourut si doucement, que le seul signe » que Ton eût de son décès, fut la nuée de mouches noires » qui, invisibles jusque-là, vinrent s'abattre sur son corps, » quelques moments à peine après qu'on l'avait vu se re- » muer. » {Histoire naturelle de Ceylan, page 196.)

Mais le trait n'est pas exclusivement caractéristique des éléphants solitaires. Le capitaine Yule , dans son « Récit » d'une ambassade à Ava, en 1855 », cite un exemple qui montre la tendance générale de l'espèce à mourir subitement. Un éléphant, de capture récente, que l'on domptait en présence de l'envoyé anglais , se refusait à se laisser mettre un collier autour du cou. Après une résistance opiniâtre, il avait fini par se coucher, comme vaincu par la fatigue, et l'on était en train de resserrer le collier, lorsque tout à coup, il se dressa sur son arrière-train, et retomba mort sur le côté I

M. Strachan relève également chez les éléphants cette disposition à une fin soudaine, à propos d'un rien en apparence. « S'ils font une chute, dit-il, même sur un terrain des plus » ordinaires, ils meurent ou bien tout de suite, ou bien » après avoir langui plus ou moins longtemps; l'ébran- » lement de leur poids énorme, leur causant de graves lé- » sions. » [Phtlos. Trans,, A. D. 1701, vol. XXIII, p. 1052.)

D'autre part, Sir E. Tennent dit : « Quand on dompte les » éléphants, on peut d'habitude, au bout de deux mois, se » dispenser de la présence d'aaiimaux apprivoisés , et le » prisonnier peut dès lors être monté par son conducteur. Au » bout de trois ou quatre mois, il est assez docile pour trai vailler; mais il peut y avoir inconvénient et même danger D pour la vie de l'animal à le faire travailler trop tôt. 11 est » arrivé souvent à un éléphant d'une grande valeur^ de se » coucher sur le sol et de rendre le dernier soupir, la pre- » mière fois qu'on lui fit essayer du harnais; les indigènes » disent qu'il meurt d'un cœurdriséy en tout cas, ce n'est ni » d'une maladie, ni d'une blessure. » (Loc. cit., page 216.)

Du reste, l'émotion dite « cœur brisé d n'est pas la seule capable de déterminer la mort chez l'éléphant, comme le prouve l'exemple d'un de ces animaux, que M. Cripps avait capturé et dompté. Suivant Sir E. Tennent, c'était le plus

to2 L'ÉLÉPHANT

gros éléphant apprivoisé qu'il y eût à Ceylan. « Il mesurait » plus de 9 pieds à l'épaule, et appartenait à la caste qui est » si recherchée pour les temples. Une fois pris, il ne tarda » pas à se montrer très doux; mais on eut toutes les peines » du* monde à le transférer du corral aux écuries, quoique la » distance ne fût que de six milles. Sa force prodigieuse don- » naît fort à faire à ses compagnons de leurre. Une fois, il » réussit à s'échapper; mais on le captura de nouveau dans » la forêt. Il devint, par la suite, très docile, et apprit un » grand nombre de tours. Mais en approchant du fort de » Colombo, où on avait reçu l'ordre de le transférer, il fut » pris d'une panique qui, au moment d'entrer par la porte, » donna lieu à une de ces attaques de paralysie, dont j'ai » déjà parlé ailleurs, suivie de mort sur place. »

Intelligence générale.

Les facultés intellectuelles d'ordre supérieur atteignent chez l'éléphant un développement plus avancé que chez tout autre animal, à l'exception du chien et du singe. C'est pourquoi je consacrerai un espace considérable au récit de leurs manifestations. Le seul fait que, dans certaines parties de l'Inde, on emploie communément l'éléphant dans les travaux de construction, dans les chantiers, etc , témoigne d'une docilité

intellectuelle qui n'a de pareille que chez le chien ; mais je ne m'arrêterai qu'aux exemples révélant un degré de sagacité hors du commun, même chez l'éléphant.

Le capitaine Shipp, dans ses « Mémoires », raconte l'in cîdent suivant dont il fut témoin. Pendant une marche à travers les régions montagneuses de l'Inde, la troupe dont il faisait partie arriva au pied d'une pente très escarpée. Afin d'en faciliter l'ascension aux éléphants, on leur installa une sorte d'escalier avec des bûches. Quand il fut prêt, on amena le premier éléphant pour en gravir les marches : a II parcourut l'escalier du regard, secoua sa tête et ré- » pondit par des cris pitoyables à son gardien qui essayait . D de le forcer à grimper. Pour moi, il n'y a pas l'ombre d'un » doute, que le prudent animal avait jugé d'instinct la prali- » cabilité de l'escalier improvisé, car sitôt qu'on l'eût quel- » que peu modifié, il ne se refusa plus à approcher et corn-

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