‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 60 sur 120 · INTELLIGENCE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

INTELLIGENCE GÉNÉRALE

> mença son examen en appuyant sur les bûches avec sa » trompe; après quoi, il leva une jambe de devant et plaça

» son pied avec le plus grand soin La marche suivante

» était formée par un roc en saillie qu'il ne pouvait déplacer » et qu'il se mit à scruter avec la même circonspection, ap- » puyant son flanc le long de la bûche. Puis vint un arbre » dont la solidité lui parut douteuse dès qu'il y appliqua sa » trompe, car son gardien eut beau lui appliquer les noms » les plus tendres « ma vie », « ma tourterelle », « mon fils », » etc . . , auxquels les éléphants se montrent très sensibles, il » ne voulut pas avancer et ne fit que pousser des cris effroya- » blés quand on voulut user de force. »

Il fallut bien consentir à modifier l'installation pour satisfaire l'animal, et, en fin de compte, il parvint au sommet. « A » ce moment sa joie fut sans pareille et se manifesta par » toutes sortes de caresses à ses gardiens. L'éléphant qui de- » vait suivre était beaucoup plus jeune. Il avait suivi les pé- » ripéties de l'ascension avec un vif intérêt, faisant mine de » donner des coups d'épaules à son compagnon pour l'aider » aux endroits difficiles, comme Ton voit parfois les spec- » tateurs d'un tour de gymnastique y participer du geste. » Lorsqu'il l'aperçut au sommet, il le salua d'un cri de joie » comme d'un coup de trompette ; ce qui ne l'empêcha pas » toutefois de se montrer très récalcitrant quand vint son » tour, au point que l'on eût à user de force pour le décider à » entreprendre l'aventure. »

Il s'en tira, du reste, à peu près comme son prédécesseur, qui, en le voyant approcher du faîte, lui tendit sa trompe pour l'aider dans son dernier efibrt. La réunion des deux animaux fut le signe des manifestations les plus cordiales entre eux, comme après une longue séparation et une épreuve dangereuse. Ils s'embrassèrent et restèrent en tête-à-tête pendant assez longtemps comme s'ils échangeaient leurs félicitations à voix basse. {Mémoires, vol. II, page 64 et suiv.)

M. Jesse raconte qu'un jour qu il régalait de pommes de terre le malheureux éléphant que l'on mit à mort d'une manière si cruelle à l'Exeter change, il en tomba une que l'animal ne pouvait atteindre avec sa trompe. Il essaya néanmoins plusieurs fois, mais, voyant que c'était inutile, il souffla avec force sur la pomme de terre, la fit rebondir contre le mur

d'en face et réussit ainsi à s'en emparer. (Jesse, Gleanmgs of naiural history, vol. I, page 19.)

Cette remarquable observation se trouve heureusement confirmée par Ch. Darwin : « J'ai remarqué, dit-il, comme » d'autres sans doute ont dû le faire, que si l'on jette à terre » quelque petit objet devant Tun des éléphants du Jardin » zoologique, mais hors de sa portée, il dirige le souffle de sa » trompe sur un point du sol situé au delà de l'objet, de ma- » nière à ce que le courant d'air réfléchi le pousse de son »> côté. » [Descendance de l'homme, p. 96.)

Du. reste, d'autres observations corroborent ce fait. (Voy. Règne animal, vol. III, p. 374.)

M. Watson, dans son livre sur la Faculté de raisonner Chez les animaux (p. 54) cite un autre cas non moins curieux :

« Comme preuve d'intelligence et de jugement de la part de »' l'éléphant, on peut citer l'exemple que mentionne le D"^ Da- » niel Wilson, évoque de Calcutta, dans une lettre à son fils, » lettre qui a été reproauite dans sa biographie, publiée il y a » quelques années. Il paraît qu'un éléphant appartenant à un » oflacier du génie de son diocèse, souffrait d'une maladie des » yeux. Depuis trois jours il n'y voyait plus, lorsque son » maître demanda au docteur Webb, médecin et ami intime »: de l'évêque, de voir s'il ne pouvait rien faire pour soulager ML sa béte. Le docteur répondit qu'il voulait bien faire l'essai » sur un œil d'une application au nitrate d'argent, remède » employé pour l'homme en pareil cas. On fit donc coucher » l'animal et Topération fut pratiquée, non sans un hurlement ». d€ douleur de sa part, sous le coup de la brûlure. Le résul- » tat ayant été des plus heureux, et la vue de Tœil étant en » partie rétablie, le docteur résolut d'opérer sur l'autre le » jour suivant. Le moment venu, on amena l'éléphant, mais » sitôt qu'il entendit la voix du docteur, il se coucha de lui- » môme, retroussa sa trompe, retint son haleine comme une » créature humaine à l'instant d'une opération douloureuse, » et soupira d'aise lorsque tout fut terminé, témoignant par le » mouvement de sa trompe et par d'autres gestes le désir quïl » avait d'exprimer sa reconnaissance. Voilà qui prouve que » l'éléphant retient, comprend et rattache les faits par le rai- » sonaemeQt> En effet,, l'animal en question ^ souvint du

Page 1