‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 61 sur 120 · MALADIES — RÉSIGNATION · texte numérisé non relu

MALADIES — RÉSIGNATION

». bien que rapplîcation avait fait à l'un de ses yeux, et lors- » qu'il fut amené au môme endroit le lendemain, et reconnut » la voix de l'opérateur, il en conclut qu'on allait lui rendre » le même service pour son autre œil. »

Ainsi Téléphant sait se soumettre avec un courage intelligent aux opérations du chirurgien. A ce point de vue, nous le verrons plus tard, il ressemble au chien et au singe. Bingley donne un autre exemple de courage de Té'éphant dans sa biographie animale (vol. I, p. 155). En présence de ce fait. Ton se sent plus disposé à accepter l'anecdote suivante qu'il cite dans le môme endroit :

« Durant la dernière guerre aux Indes, un jeune éléphant » reçut à la tète une blessure si douloureuse qu'il en devint » intraitable. Il n'y avait pas moyen de le panser ; il ne soufr> frait personne près de lui, sitôt qu'on s'approchait il se sau- » vait, tout en furie. Son gardien finit par imaginer le moyen » suivant pour s'en rendre maître. Tant par la parole que par » le geste, il réussit à donner à la mère de l'animal une idée « suffisante du but qu'il se proposait ; aussitôt l'intelligente » bote enlaça son petit de sa trompe, et tout en gémissant de » douleur, le maintint sans broncher, pendant que le chirur- » gien pansait la blessure. Chaque jour, jusqu'à complète » guérison, elle s'acquitta de ses fonctions d'aide. »

A titre de confirmation, j'emprunte à l'Histoire naturelle de Ceylan, de Sir E. Tennent, le passage suivant :

« Rien, dit-il, ne prouve davantage l'Inclination à Tobéis- » sance de l'éléphant, que la patience avec laquelle, sur » l'ordre de leur gardien, ces animaux avalent les drogues » nauséabondes des médecins indigènes ; et l'on ne saurait » être témoin de leur courage à supporter sans fléchir les » cruelles opérations que nécessitent les tumeurs et ulcères » auxquels ils sont sujets, sans être frappé de leur douceur » et de leur intelligence. Pendant son séjour à Ceylan le » D' Davy fut consulté au sujet d'un éléphant appartenant au j) Gouvernement, qui souffrait depuis longtemps d'une plaie » rongeante sur le dos, juste au-dessus de l'épine dorsale. » Comme elle avait résisté au traitement usuel, il recommanda » l'usage du bistouri pour donner issue au pus. accumulé, » mais aucun des employés n'était capable d'entreprendre » l'opération. Ayant reçu l'assurance, raconte t-il, queTani-

» mal ne regimberait pas, je consentis à opérer moi-même. » L'éléphant ne fut point assujetti ; il s'agenouilla simplement » sur Tordre de son gardien, et je lui fis l'incision nécessaire » avec un couteau à amputer, usant de toute ma force pour » vaincre la résistance des tissus. Un gémissement sourd et » comme étouffé fut tout ce que fit entendre mon patient dont » la conduite fut plutôt celle d'une créature humaine, tant il » paraissait comprendre que l'opération était pour son bien 2> et indispensable, d

Le major Skinner signale, comme preuve d'intelligence, les mouvements d'un troupeau d'éléphants sauvages qu'il eut l'occasion d'observer. Pendant la saison chaude, à Nenera- Kalama, les éléphants ont de la peine à trouver de l'eau, ce qui les contraint à se rassembler en grand nombre dans les endroits où il y en a. Se trouvant près d'un de ces lieux favorisés, et étant informé de la présence d'un grand troupeau d'éléphants dans le voisinage, le major résolut de surveiller leurs mouvements. C'est pourquoi, par un beau clair de lune, il grimpa sur un arbre à quatre cents mètres environ du bord de l'eau. « Après avoir attendu patiemment pendant deux » heures, sans rien voir ou entendre, il finit par distin* » guer un énorme animal qui sortait du bois et s'avan- » çait avec circonspection du côté du réservoir. Arrivé à » moins de cent mètres de ce dernier, il s'arrêta et se tint » immobile, tandis que ses compagnons se gardaient de faire » entendre le moindre bruit. Puis il continua à approcher de » l'eau, s'arrêtant trois fois en chemin pendant quelques mi- » nutes; lorsqu'il eut gagné le bord, au lieu de se désaltérer, » il se mit à écouter, puis au bout de quelques instants, il » s'en retourna doucement par où il était venu. Bientôt il re- » vint avec cinq autres éléphants, qu'il posta à quelques D mètres du bord de l'eau, après quoi il alla chercher le trou- » peau entier, qui devait bien compter de quatre-vingts à cent » têtes, et le conduisit d'un pas tranquille et assuré au point » où se trouvaient les sentinelles ; là il laissa ses compagnons » pour faire tout seul une reconnaissance au bord de l'eau, » mais comme tout lui parut tranquille, il put enfin donner > l'ordre d'avancer, et aussitôt toute la troupe se précipita » vers l'eau avec une confiance si entière que venant après » leurs précautions infinies de tout à l'heure, elle me parut

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