RUSES DE CHASSE
a Pendant la dernière gelée, dit M. Frost, mes gens avaient ». pris l'habitude de jeter aux oiseaux les miettes qui restent D après le déjeuner, et je remarquai plusieurs fois que mon » chat s'embusquait dans le voisinage dans l'espoir de se pro- » curer du gibier parmi la gent ailée. Je ne prétends pas citer » ce fait comme un exemple de raisonnement abstrait, mais » voici qui est plus fort. Depuis que Ton ne jette plus dehors » les miettes, j'ai vu mon chat répandre des miettes sur » rherbe avec l'intention bien évidente d'attirer les oiseaux. ï> Deux membres de ma famille ont également été témoins de » la chose. » [Nature, vol. XIX, p. 519.)
De son côté, le docteur Klein, F. R. S., raconte comment il eut la preuve qu'un chat qu'il observait avait associé l'idée des miettes que l'on répandait dans l'allée d'un jardin avec celle des moineaux qui venaient s'en régaler. Aussitôt les miettes répandues, le chat se cachait dans les massifs à côté de l'allée pour y attendre Tarrivée des oiseaux. Il n'est que juste d'ajouter que les moineaux se montraient encore plus malins que lui ; perchés derrière les massifs sur un mur, du haut duquel ils le voyaient s'embusquer, ils guettaient du môme coup chat et miettes et ne se risquaient à descendre que lorsque leur ennemi se retirait en désespoir de cause.
Dans ce dernier exemple, la première partie du raisonnement du chat était tout aussi complète que dans l'exemple du docteur Frost : « Les miettes attirent les oiseaux, donc je guetterai l'arrivée des oiseaux quand les miettes auront été répandues. » Mais le chat de M. Frost ajoutait: « Donc je répandrai des miettes pour attirer des oiseaux », et sur la foi de l'observateur, j'ai cru pouvoir citer le fait. Voici, du reste, l'autre témoignage dont j'ai ^'arlé : il forme une sorte d'intermédiaire entre l'observation du docteur Klein et celle du docteur Frost C'est encore un correspondant de Nature :
« Pendant l'hiver rigoureux que nous venons de traverser, » dit-il, un de mes amis jetait régulièrement des miettes par » la fenêtre de sa chambre à coucher. Voyant que cela atti- » rait les oiseaux, le chat de la maison, bel animal à pelage » noir, se cachait parfois derrière des arbrisseaux et quand » le gibier venait déjeuner, notre chasseur faisait des sorties » plus ou moins heureuses. Or, un jour que les miettes répan- » dues comme d'habitude n'avaient point été touchées, il
» tomba pendant la nuit une couche de neige qui les recou- » vrit. Le lendemain matin, mon ami, en regardant par sa » fenêtre, aperçut son chat qui grattait la neige avec achar- D nement. Désireux de savoir ce que cela signifiait, il conti- » nua à observer et bientôt vit l'animal retirer les miettes de » l'endroit qu'il avait déblayé et les étaler Tune après l'autre » à la surface delà neige; après quoi il s'en alla guetter der- » rière les arbrisseaux. 11 répéta ce manège à deux reprises » différentes. » {Nature, vol. XX, p. 197.)
Voilà donc trois cas qui forment une série ascendante de degrés d'intelligence, à savoir: 1° celui du chat du docteur Klein qui avait seulement remarqué que les miettes attiraient les oiseaux ; 2° celui du chat qui remit en évidence les miettes recouvertes par la neige ; 3® celui du chat du docteur Frost, qui répandit lui-même des miettes. C'est parce que ce dernier, le plus remarquable de tous, se trouve ainsi amené par les deux autres que j'ai cru devoir le mentionner. Après tout, en tant que manifestation rationnelle, l'acte de ré-
. pandre des miettes pour attirer les oiseaux n'implique guère d'idées ou de déductions d'un ordre plus abstrait que celles qui jouent un rôle dans certaines manifestations d'intelligence mieux avérées dont je vais maintenant m'occuper.
Le chat a l'intelligence des mécanismes particulièrement développée; aucun animal, sauf le singe et peut-être l'éléphant, ne saurait lui être comparé sous ce rapport. Il y a là un rapprochement entre les trois espèces qui ne doit pas être accidentel. Les mains du singe, la trompe de l'éléphani, les souples pattes du chat avec leurs griffes mobiles, sont autant d'instruments de manipulation, se distinguant comme organes de tout ce que Ton rencontre dans le règne animai, sauf cjiez le perroquet, dont le bec et les pieds ont également une aptitude à saisir. Il est donc probable que cette aptitude à comprendre les mécanismes que nous remarquons chez ces animaux est comme le contre-coup de l'influence de ces organes de manipulation sur leur intelligence. Quoi quUl en soit, je me tiens pour assuré qu'à la seule exception du singe et de l'éléphant, le chat l'emporte sjous ce rapport sur tous les autres animaux, y compris le chien. C'est qu'eji effet, au cas isolé d'un chien qui, devinant tout seul l'iusage d'un lo-
[ quet, ayMt appris à ^ouvrir une porte m sdittan^ ^r la poignée