‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 69 sur 120 · RENARD A L'AFFUT · texte numérisé non relu

RENARD A L'AFFUT

» mon voisin. Il faisait à peine jour que je vis un renard de » forte taille s'avancer doucement le long de la plantation où » je m'étais caché et regarder attentivement, par dessus le » mur, des lièvres qui se régalaient dans le champ, de l'autre » côté, comme si, malgré sa convoitise, il se rendait parfai- » tement compte qu'il ne pouvait rien contre eux à la course. » Au bout de quelques instants, qui parurent lui servir à for- » mer un plan de campagne, il se mit à examiner différentes » brèches dans le mur qui pouvaient offrir un passage aux » lièvres dans leurs allées et leurs venues, en choisit une qui » semblait être la plus fréquentée et s'étendit à terre, tout à D côté, dans l'attitude d'un chat guettant une souris. Tout rusé » qu'il lût, il ne se doutait guère du voisin qui, fusil en main, » le guettait à moins de vingt mètres de distance. J'avoue que » je m'étonnai de le voir si peu défiant, tout en me tenant » prêt à tirer dans le cas où il m'aurait découvert et aurait » essayé de m'échapper. En attendant, il se creusait en silence » une petite cavité dans le sol, rejetant le sable en forme de » remblai pour se dissimuler aux yeux des lièvres; de temps » en temps il s'arrêtait pour écouter ou pour jeter un coup » d'œil sur le champ. Une fois son travail terminé, il se cou- » cha de manière à pouvoir s'élancer facilement sur sa proie, » mais sans donner d'autre signe de vie qu'un regard furtif à » l'occasion pour relever la position de l'ennemi. Lorsque le » soleil commença à s'élever, les lièvres quittèrent l'un après » l'autre le champ pour venir se mettre à l'abri de la planta- » tion, et déjà il en était passé trois, dont l'un à moins de vingt » mètres de l'embuscade, sans que le renard bougeât. Il s'était » seulement aplati un peu davantage contre le sol ; mais lors- » qu'il en vint deux se dirigeant droit sur lui, je vis au mou- » vement involontaire de ses oreilles que, sans avoir levé les » yeux, il était au courant de ce qui se passait. Au moment » où les deux lièvres franchissaient la brèche, prompt comme ' » un éclair, il bondit sur eux, en saisit un et le tua du coup. » Il était temps pour moi d'intervenir ; en effet, il se retirait » avec sa proie dans la gueule comme un chien, lorsque je lui » logeai une balle dans le dos. Il tomba aussitôt et j'accourus » l'achever. »

Où le renard déploie beaucoup de ruse c'est en soutirant l'appât des pièges sans s'y faire prendre ; les exemples qui

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établissent ce fait sont tellement nomlH^ux et s'accordent si bien, quant à la qualité intellectuelle qa*ils révèlent, que le doute n'est pas permis. Il me suffira d'en citer deux ou trois pour montrer le genre d'intelligence dont il s'agit. On verra qu'elle présente une grande analogie avec celle que déploient le rat et le glouton en pareille circonstance. Dans tous les cas elle doit être considérée comme très remarquable. Les pièges n'étant point choses qui se rencontrent dans la nature, l'expérience héréditaire ne peut avoir contribué à former des instincts spéciaux destinés à mettre l'animal en garde contre ce genre de danger; d'où il résulte que les stratagèmes surprenants auxquels il doit sa sûreté ne peuvent s'attribuer qu'à l'observation associée à une méthode d'investigation empreinte .(le l'intelligence la plus remarquable.

Le passage suivant est tiré des Manifestations de Vinstinct de Couch, page 1*75 ;

« Toutes les fois qu'un chat, alléché par l'appât d'un piège » s'y fait prendre, maître renard est là prêt à dévorer l'appât » et la victime, et au pas assuré dont il s'approche de Tengin, » on peut croire qui'l le sait inoffensif pour le moment. Com- » parez à cette assurance, la prudence incroyable que déploie » l'animal lorsqu'il est attiré par l'appât d'un piège tendu. » Dietrich (aus dem Winkell) eut la chance d observer, par » une soirée d'hiver, un renard qui, depuis i)lusieurs jours, » se régalait des appâts disposés tout autour d'un piège dans » lequel on voulait l'amener à donner. Chaque fois qu'il en » happait un, il s'asseyait tout à son aise en remuant la » queue. Mais, plus il approchait du piège, plus il hésitait à » saisir sa proie et multipliait ses circonvolutions autour du w point dangereux. Quand il se trouva tout près de la trappe, » il s assit et après avoir contemplé l'appât pendant plus de » dix minutes, fit deux ou trois fois le tour du piège en cou- » rant. Puis il étendit une de ses pattes de devant vers le » morceau convoité, mais sans le toucher, et se mit de nou- » veau à le regarder fixement. Enfin, n'y pouvant plus tenir, » il se jeta sur l'appât, et se fit prendre par le cou. » {Mag. HisL Nat,, N. S., vol. I, page 512.)

Dans une lettre datée de Boston et adressée à Naiure (vol. XXI, page 132), M. Crehore raconte que quelques années auparavant, pendant une expédition de chassé, au nord du

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