ARTIFICES CONTRE LES PIÈGES
Michigan, il avait essayé, avec 1 aide d'un trappeur dé profession, de prendre un renard qui venait, chaque nuit, visiter ûiï^ endroit où Ton avait jeté les entrailles d'un daim.
« Nous eûmes beau user de tous les stratagèmes imagi- » nables, rien ne réussit, et, chose singulière, nous trou- » vions toujours le piège détendu. Mon compagnon était con- » vaincu que l'animal creusait j>ous la trappe, de manière à » pouvoir passer la patte en dessous des battants et les déga- » ger sans risque ; mais tout, en reconnaissant que les appa- » rences lui donnaient raison, j'hésitai à admettre son expliw cation. Cette année, dans une autre localité de la même » région, un vieux trappeur des plus expérimentés m'a as- » sure que mon ancien compagnon de chasse était dans le *> vrai. Comme preuve, il m'a raconté qu'il avait souvent pris, » en disposant le piège sens sus-dessous, des renards qui » avaient réussi deux ou trois fois à détendre un piège sans » se prendre : grâce à ce nouveau dispositif, l'animal en creu- » sant sous la trappe pour en dégager le ressort, fourrait sa » patte juste entre les mâiîhoires. »
A propos de pièges, j'ai reçu de mon ami, le docteur Rae, une communication qui fait grand honneur au raisonnement du renard arctique. Je m'en étais déjà occupé dans la conférence que je fis, en ISTIO, devant l'Association Britannique et je n'ai qu'à répéter ce que je dis alors :
a Désirant se procurer des renards arctiques, le docteur » Rae tendit des pièges de plusieurs espèces; mais, comme » les renards les connaissaient par expérience, ils surent les » éviter. Le docteur eut alors recours à un genre de trappes y> qui était nouveau dans celle région. Il établit un fusil » chargé sur un support en le braquant sur l'appât qu'une » ficelle mettait en communication avec la gâchette, de sorte » qu'en saisissant sa proie le renard devait se fusiller lui- » même. La distance de l'appât au fusil était de trente mètres h et la ficelle était presque entièrement cachée sous la neige. » Ce piège fit tout d'abord une victime, mais ce fut la pre- » mière et la dernière. Les renards avaient trouvé deux » moyens de se procurer leur proie sans se faire de mal ; l'un, » consistait à couper la ficelle avec leurs dents, à l'endroit ( ù y> elle était exposée, près de la gâchette, et l'autre, à se crenx> ser un passage dans la neige, perpendiculairement à la di-
i8S LE RENARD — LE LOUP
» rection du tir, de manière à être à l'abri du coup de fusil. » Or, ces deux expédients révélaient un degré étonnant de » capacité rationnelle (l'expression me paraît ici parfaitement » légitime). Je me suis enquis avec soin auprès du docteur » Rae de toutes les circonstances, et il m'assure que dans » cette partie du monde, on ne fait point usage de ficelles » dans les pièges, de sorte qu'il ne peut y avoir eu d'associay> tion particulière dans l'esprit des renards entre l'idée de » ficelle et celle de piège. D'ailleurs la trace du second re- » nard qui se présenta était là pour montrer que malgré » l'attrait de l'appât, il avait fait un examen prolongé et mé- » thodique du fusil, avant de se risquer à couper la ficelle. » Quant au passage à couvert creusé perpendiculairement à D la ligne du tir, le docteur Rae, qui y voyait et avec raison » une particularité des plus remarquables, répéta l'expé- » rience à plusieurs reprises afin de s'assurer que la direc- » tion choisie l'était bien de propos délibéré et non par » hasard *. »
1. J'ai demandé au docteur de me donner tous les détails possibles sur ses remarquables observations, et voici ce qu'il a eu l'obligeance de m'écrire : < Il arrive quelquefois dans la baie d'Hudson, que certains renards, que la vue du sort de leurs compagnons a probablement mis sur leur garde, passent à distance respectueuse des trappes ordinaires en acier ou en bois même les plus habilement tendues. En pareil cas le trappeur dispose un ou plusieurs fusils chargés à 15 ou 20 mètres de Tappât qu'il relie avec Tappât au moyen d'une ficelle. La distance est faible à dessein ; eu effet, il importe d'abord que le renard soit tué raide, ensuite qu'il soit atteint à la tête seulement pour que la peau ne soit pas endommagée. Quant à la ficelle on lui donne de quatre à cinq pouces en plus de la longueur nécessaire pour parer au raccourcissement qui se produit par un temps humide, sans quoi la gâchette pourrait être tirée et faire partir le fusil alors que l'appât n'a pas été touché. Enfin pour dissimuler autant que possible toute connexion entre Tappât et le fusil, on recouvre soigneusement de neige la portion de la ficelle qui touche à Tappât.
> Quand le renard saisit ce dernier, le coup ne part que lorsque la corde est raidie, c'est-à-dire lorsque Tanimal a déjà soulevé sa proie à une hauteur de cinq pouces ; aussi a-t-on soin de braquer le fusil sur un point à huit ou neuf pouces au-dessus de Tappât^ comme représentant la position probable de la cervelle du renard.
> Pour des raisons qui ne demandent guère à Ôire expliquées, ces animaux rôdent généralement par coupK^ bien avant que la neige ait disparu, non pas toujours côte à côte mais souvent à quelque distance l'un de l'autre, pour multiplier leurs chances d'une trouvaille.
* Il arrive que le trappeur qui a réussi à tuer un ou plusieurs renards, s'aperçoit en visitant ses fusils que la ligne qui communique avec la gâchette a été coupée et que l'appât a été dévoré ; ou bien quand son fusil est établi sur un monceau de neige, il constate l'existence d'une tranchée de dix à douze