RENARD PRIS AU PIÈGE
Le docteur Rae m*apprend aussi que les loups soutirent souvent Tappât des pièges de la môme manière en coupant la corde qui communique avec le fusil * :
a J'ai entendu dire, ajoute-t-iL sans avoir jamais pu le » vérifier, que les loups guettent les pêcheurs de truites du » lac Supérieur qui font des trous dans la glace pour y glisser » leurs lignes en eau profonde, puis lorsqu'ils sont partis, » vont saisir le morceau de bois qui est placé en travers du » trou et auquel la ligne est attachée, l'emportent en courant » sur la glace jusqu'à ce que l'amorce paraisse à la surface » et reviennent alors sur leurs pas se régaler du morceau x> aussi bien que du poisson s'il y en a un de pris. Les truites » du lac Supérieur sont énormes, et les amorces leur sont » proportionnées. »
M. Murray Browne, inspecteur du Local government board', m'écrit de son bureau (Whitehall) qu'il lui arriva une fois dans la gorge dite « du Diable, » comté Wicklow (Islande), de trouver un renard pris par la patte dans un piège :
t pouces de creux, au moyen de laquelle un de ces rus(!s animaux s'est ap-
> proche de l'appât, s'en est saisi tout en étant à couvert pendant que le coup
> partait, puis s'en est allé sain et sauf comme le prouve l'absence de taches
> de sang sur la piste.
> Eu pareil cas, le renard proEte des cinq pouces de trajet libre que permet
> la longueur de la corde et tire sa proie vers lui par un mouvement d'a-
* baissement, de sorte que sa tête et son museau sont parfaitement à l'abri,
* tant à cause de la neige qui le protège que de l'élévation relative du point » de mire.
> Toutes les tranchées que j'ai vues étaient à peu près perpendiculaires à la
> direction du tir, et un de mes amis qui a encore plus d'expérience que moi,
> a constaté le même fait. A priori, on pourrait croire à une bévue de la part t de l'animal, mais en y réfléchissant on comprend bientôt qu'il devait en être » ainsi pour que la tranchée servit d'abri. En elfet, pensant, comme il le fait
> sans doute, que le danger vient du fusil ou de son côté, le renard ne ga-
* gnerait rien à creuser dans la même direction : il doit se rendre compte qu'il ■ ne trouverait pas d'abri dans une tranchée ainsi conçue, sans quoi son rai-
> sonnemeut et son intelligence seraient en défaut.
» Pour moi, voici comment je m'explique la chose : un renard survient au
> moment où son camarade périt ou vient de périr, et ne voyant près de là
> qu'un objet inconnu, c'est-à-dire le fusil, lui attribue naturellement la cause
> de l'accident.
* Il était évident dans chaque cas que l'animal avait examiné avec soin la
* position, car sa piste sur la neige démontrait avec quelles précautions infinies
> il s'était approché de l'objet de sa convoitise pour ne pas compromettre sa
> sûreté, quel que fût celui des deux expédients indiqués qu'il eût adopté. >
1. Nous avons vu ailleurs que le glouton et certaines espèces de daim se jouent de la même manière des pièges à fusil.
186 RI^NâHD et chacal
« Voulant éviter de le toucher, dit-il, nons essayâmes? (i • » peser sur la trappe avec des bâtons, et au bout de dix » minutes, nous réussîmes à l'ouvrir. Tout d'abord le renard p avait fait de violents efforts pour se dégager, et son aspect » était des plus féroces, mais à peine eûmes-nous commencé » d'opérer sur la trappe, que son expression changea du tout » au tout; nous ne pouvions guère éviter de lui faire du mal » par moments, mais il restait couché tranquillement sans » bouger, et même après que nous l'eûmes dégagé il ne fit » aucun mouvement pour s'en aller. Il avait Tair de nous » considérer comme des amis, et nous eûmes quelque difli- » culte à le faire partir quoiqu'il fût tout à fait en état de » marcher. N'est-ce pas là un exemple de l'ascendant que la » raison et le sens commun peuvent prendre sur l'instinct » naturel? »
Dans ses Manifestations de Vinstinct (page 1*78), Couch cite en l'empruntant à Derham un récit tiré de l'ouvrage d'Olans sur la Norwège et d'après lequel cet auteur aurait vu un renard qui laissait pendre sa queue entre les rochers sur le bord de la mer pour attraper des crabes, la relevant aussitôt qu'il sentait une proie s'y cramponner et dévorant sa pêche.
Je ne saurais omettre. du présent chapitre une classe intéressante d'instincts que manifestent les espèces du genre Chien qui ont coutume de chasser en meute ; instincts qui poussent plusieurs membres d'une même meute à combiner leur action pour effectuer par stratagème la capture de leur proie. Il est à croire que la clef de leur origine et de leur persistance se trouve dans une ada|jtation intelligente aux besoins de la chasse. Je les appellerai « instincts collectifs ». Voici un passage de Sir E. Tennent qui s'y rapporte ;
« Quand la nuit commence à tomber, ou lorsqu'elle est déjà » venue les chacals font le guet. Voient- ils un lièvre ou un w tout jeune daim se réfugier dans quelque retraite, aussitôt » ils forment un cercle autour de cette dernière et tandis )» qu'une partie de la bande surveille le chemin par lequel » le gibier a passé, le chef commence l'attaque en faisant » entendre le cri particulier à sa race et qui ressemble au » vocable « Okkan » répété rapidement et à pleine voix, sur » quoi tous s'élancent dans la jungle et en chassent leur vie-
» time qui tombe en général dans Tembuscade établie par ses » ennemis.
» Une personne indigène qui avait eu maintes fois Tocca- » sion d'observer les manœuvres de ces animaux, m'apprit » que quand un chacal a abattu et tiré sa proie, son premier » mouvement est toujours de la cacher dans la jungle la plus » proche d'où il ressort avec une affectation d'indifférence » pour voir s'il y a lieu d'appréhender la rencontre de » quelque tiers plus fort que lui qui pourrait le dépouiller de » son gibier. Si la route est libre, il re.ourne chercher la » carcasse qu'il avait cachée et l'emporte sous l'escorte de » ses compagnons. Mais s'il aperçoit un homme ou quelque » animal redoutable, il a recours à la ruse; l'observateur » dont j'ai parlé en a môme vu en pareil cas prendre dans » la bouche un morceau d'écorce de noix de coco ou quel- » que chose d'analogue et s'enfuir à toutes jambes pour faire » croire que c'était le butin qu'ils emportaient, puis revenir à » la véritable proie en temps opportun. » {^Histoire naturelle de Ceylan, page 35).
Jesse, de son côté, cite l'exemple suivant où le même instinct entre en jeu et qu'il dit tenir d'un ami en qui il a toute confiance :
« Ce terrain rocailleux s'étendait en partie sur le flanc » d'une haute colline inaccessible au chasseur et fréquentée » par les lièvres et les renards qui en descendaient le soir » vers la plaine. Deux petits ravins creusés par les pluies » conduisaient de ces rochers au terrain d'en bas, et ce fut » près de l'un d'eux que le chasseur en question et son dômes- » tique se portèrent un soir avec l'espoir de tirer quelques » lièvres. Quelques instants s'étaient à peine écoulés lorsqu'ils » virent deux renards descendre le ravin l'un derrière l'autre, » jouer ensemble pendant un moment, puis se séparer. » Tandis que l'un allait se cacher derrière un bloc de rocher » à l'extrémité du ravin, l'autre s'en retourna vers les rochers » et revint bientôt chassant un lièvre devant lui. Au moment » où ce dernier passait le bloc de rocher, le renard qui s'y » était posté bondit vers lui, mais il s'y prit mal et manqua D son coup. Lorsque le second renard survint et trouva que » la proie sur laquelle il comptait avait glissé entre les mains » de son maladroit compagnon, il se jeta sur lui; l'autre ri^