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CHAPITRE XVI

L'intelligence du chien présente un intérêt tout particulier et même unique au point de vue de l'évolution, et cela parce que depuis un temps immémorial cet animal a été l'objet d'une domestication continue qu'encourage son intelligence naturelle. Celle-ci, tant par suite d'un contact permanent avec l'homme, que sous l'influence du dressage et de l'élevage, s'est profondément modifiée. Cette modification se révèle d'abord d'une manière générale par une docilité et un caractère familier et soumis qui contrastent singulièrement avec Tindépendance farouche de toutes les espèces sauvages du même genre ; elle se montre aussi en détails, chez les différentes races, par de nombreuses particularités qui ont un rapport évident avec les besoins de l'homme. On peut dire du chien que son caractère psychologique tout entier a été en quelque sorte pétri par l'homme, qui, s'il est jusqu'à un certain point le créateur du boule-dogue et du lévrier comme types physiques, est tout autant responsable des instincts du chien de garde et du chien d'arrêt. Cette preuve concluante de l'influence transformatrice et créatrice qu'un dressage continu et de longue haleine, joint à la sélection artificielle, ne manque pas d'avoir sur le caractère mental et les instincts d'une espèce, confirme on ne peut mieux la théorie d'après laquelle le développement psychologique en général doit être attribué à l'effet combiné de l'expérience individuelle et de la . sélection naturelle. Depuis des milliers d'années l'homme, sans y songer, poursuit virtuellement ce que les évolutionistes appelleraient peut-être une expérience gigantesque sur

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Tœuvre de Texpérience individuelle accumulée par l'hérédité; et voici maintenant que nous avons devant nous le résultat merveilleux de ses efforts, le résultat ultime de Texpérience, la transformation psychologique du chien.

Mémoire.

Un ou deux exemples me suffiront pour faire la part de cette faculté :

« J'avais un chien, dit M. Darwin, qui se distinguait par r> son antipathie farouche pour les étrangers. Une absence de » cinq ans et deux jours me fournit l'occasion de mettre sa » mémoire à l'épreuve. A mon retour je me rendis à l'écurie » qui lui servait de domicile et je l'appelai comme j'en avais » eu l'habitude ; sans manifester aucune joie, il se mit à me » suivre et m'obéit durant notre promenade comme s'il y » avait à peine une heure que je l'eusse quitté. » {Descenda7ice de l'homme, p. 74).

Il n'y a pas que les personnes et les localités dont les chiens se souviennent longtemps. Une année j'emmenai à la ville avec moi un chien couchant que j'avais à la campagne. Or quand je m'approchais pour lui mettre un collier portant mon nom sans lequel je ne le laissais jamais sortir, l'anneau d'attache rendait en s'agitaut un petit son métallique que le chien apprit bien vite à associer à l'idée de promenade. Trois ans plus tard je l'emmenai de nouveau à la ville, et je constatai qu'il se souvenait parfaitement de tous les coins et recoins de la maison et connaissait son chemin dans les rues. Bien plus la première fois que je lui apportai son collier, ses manifestations de joie me prouvèrent surabondamment que pour ne pas ravoir entendu pendant trois ans, il se rappelait fort bien le cliquetis et l'idée qu'il y avait associée dans le temps.

Émotions.

Chez le chien, la vie émotionnelle est très développée, plus développée en somme que chez tout autre animal. Ses instincts sociaux, le niveau élevé de son intell iÉçence, son association constante avec l'homme sont autant de conditions qui

contribuent à fournir à Tétlifice de son caractère émotionnel une base psychologique d'une consistance plus naassive et plus com{)lexe que dans le cas des singes eux-mêmes, quelque remarquables que soient ces animaux, comme nous le verrons plus loin, sous ce rapport.

Chez le chien qui est bien traité, tout annonce la fierté, la dignité et le respect de soi-même. En cela le compagnon de rhomme ressemblée son maître; ces sentiments ne prennent un développement marqué, que chez celui qui se trouve placé par le sort dans un milieu fortuné où il peut, pour ainsi dire, se raffiner sous l'influence d'une culture avancée.

Les mâtins de basse condition, et même bien des chiens possédant une position sociale relativement supérieure, n'ont jamais joui des avantages nécessaires à cette épuration morale sans laquelle uu sentiment vrai du respect de soimême et de la dignité ne saurait se produire. Un chien manant n'aimera pas qu'on le tire par la queue, pas plus qu'un enfiint des rues ne trouve agréable qu on lui tire les oreilles, mais c'est plutôt affaire de souffrance physique que d'amour-propre blessé. Chez les chiens de q^aHlé, il en est tout autrement. La sensibilité froissée et la dignité offensée peuvent devenir chez eux une source de douleur bien plus poignante que les sensations purement physiques ; aussi quand on les fouette l'efi'et produit est-il tout autre et bien plus durable que dans le cas de leurs congénères de la classe commune qui, aussitôt le dernier coup reçu, se secouent et ne songent plus à leur punition. Pour montrer quel degré de sensibilité délicate l'aristocratie parmi les chiens peut atteindre, je choisis un ou deux exemples entre tant d'autres que je pourrais citer.

J'ai possédé un terrier de Skye qu'un mot ou un regard de rejiroche de la part de quelqu'un qu il aimait suffisait à rendre malheureux pour toute une journée. Je ne i<ais trop ce qui serait arrivé si on en était jamais venu à le frapper, car il était bien de ce siècle par sa répugnance morale a tout châtiment corporel ; en voici la preuve. Pendant une absence qu'ils firent, ses maîtres l'avaient confié à mon frère qui l'emmenait tous les jours se promener dans le parc, à sa grande joie, car ces promenades constituaient ses seules sorties. Or un jour qu'il s'amusait avec un autre chien au lieu de suivre, mon

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