‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 75 sur 120 · AFFECTION - JALOUSIE · texte numérisé non relu

AFFECTION - JALOUSIE

nombreux exemples, maïs je me contenterai de citer comme type celui que rapporte Saint-John dans ses « Aventures de » chasse dans la Haute-Ecosse ». Son chien (un retrîever) avait fait la connaissance d un chasseur de rats et de son mâtin, et prenait plaisir à coopérer avec eux dans l'exercice de leur métier. « Mais sitôt qu'il m'aperçut, dit l'auteur, il » lâcha ses humbles compagnons, et de la manière la plus > comique du monde, affecta de ne pas les connaître*. »

Les sentiments de jalousie et d'émulation sont également très marqués chez le chien. J'avais à une époque un terrier qui prit un plaisir tout paternel à faire de son petit un adepte de la chasse au lapin. Mais lorsqu'avec le temps le fils, ayant crû en force et en agilité, en vint à prendre les devants dans leurs expéditions, le père, qui malgré des efforts désespérés, ne pouvait aller le môme train, changea complètement de manière de voir. Chaque fols qu'il se voyait au moment d'être dépassé par le jeune animal, il le saisissait par la queue, — liberté dont le fils ne se fâchait du reste jamais, même lorsqu'il touchait presque le lapin du nez.

J'ai toute une liaisse de correspondance où l'on me communique diverses manifestations de jalousie par des chiens, mais je me restreindrai au récit suivant que je tiens de M. A. 01dham :

« Notre vieux chien Charlie, atteint d'une affection des » jambes, qui lui rendait la marche très pénible, était » tombé dans un état d'impotence à peu près complète, » lorsque nous adjoignîmes à^ notre établissement un terrier » d'Ecosse. L'arrivée de ce rival, qui ne tarda pas à acquérir » nos bonnes grâces, rendit au vétéran toute sa vigueur sous » le cruel aiguillon de la jalousie. Depuis lors sa vie se passe » à suivre, surveiller et imiter l'intrus. Il lui faut absolu- » ment faire tout ce que fait Jack. Il avait renoncé aux pro- » menades, mais maintenant il ne peut rester à la maison s'il » voit Jack sortir. — Il lui est arrivé plusieurs fois de se » mettre en route avec nous croyant que Jack était de la

1. Les gros chiens^ et surtout les terre-neuve, ont la réputation de se débarrasser à roccasion d'un roquet insolent en le jetant à l'eau, quitte à le repêcher ensuite s'il court danger de se nover. C'est une manifestation d'émotion bien humaine. Mais les exemples abondent à ce point que le doule n'est guère permis.

» partie ; maïs lorsqu'il s'apercevait de son erreur il revenait » sur ses pas. De môme, au lieu de s'en tenir exclusivement à » la viande comme par le passé, il s'accommode de tout ce que » Ton donne à Jack, et si Ton caresse ce dernier, il le regarde » pendant quelque temps d'un œil jaloux, et puis se met à » gémir et à aboyer. J ai vu un cacatoès manifester la même » humeur parce que sa maltresse portait au poignet et cares- » sait un petit perroquet vert. Ce genre de jalousie me paraît » indiquer une émotion d'un ordre très élevé, bien au-dessus » du sentiment qu'inspire à un animal la crainte que ses rivaux » n'accaparent certains avantages matériels qu'il convoite » lui-même ; ici, ce qui le trouble c'est de voir les personnes » qu'il aime s'occuper d'autres que lui et leur témoigner de » l'affection. Les entreprises auxquelles Cliarlie s'efforce de » participer — longues promenades, courses à la nage dans

» l'eau froide après un bâton, etc — lui sont en réalité

» fort désagréables et il ne s'y résout que pour partager la » faveur dont jouit Jack. »

A la jalousie se rattache l'idée de justice. Qu'un maître se montre partial dans ses rapports avec ses chiens, ceux-ci manquent rarement de se rendre compte de son injustice et d'en concevoir du ressentiment. L'observation célèbre d'Arago peut être prise comme type de ce genre de manifestation. Se trouvant forcé par un orage de s'arrêter à une auberge de campagne, il était à se chauffer au feu de la cuisine lorsque son bote vint mettre à la broche un poulet qu il avait commandé pour son dîner. Cela fait, l'aubergiste voulut empoigner un basset qui se trouvait dans la salle, pour lui faire tourner la broche, mais l'animal se refusa à entrer dans la roue, et se réfugia sous la table en montrant les dents. Comme Arago s'étonnait de la conduite du chien, on lui expliqua qu'il n'était pas tout à fait dans son tort vu que ce n'était pas son tour de tourner la broche. Aussi envoya-t-on chercher l'autre basset, qui se mit à l'œuvre sans sourciller. Quand le poulet fut à moitié rôti, Arago jugea qu'il était temps de relever le tourne-broche, et cette fois, ne se sentant plus sous le coup d'une injustice, le chien qui s'était montré si rébarbatif, ne fit aucune difficulté et acheva l'opération.

L'hypocrisie est également un trait du caractère de la race canine dont il existe des exemples sans nombre ; j'en citerai

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