LANGAGE ET SIGNES
route, comme le peut seul le terrier qui poursuit un ennemi. Je les suivis des yeux pendant un milJe et demi, distance qu'ils parcoururent sans ralentir, bien que l'objet de leur poursuite ne fût point en vue même au départ.
11 est presque superflu de recourir aux preuves pour montrer que les chiens savent faire part de leurs idées et leurs désirs à l'homme ; le fait est notoire. Cependant, vu le rôle important que joue la communication par signes, comme nous le verrons plus loin, dans la théorie de la communication parlée, je crois devoir en citer quelques exemples de chien à homme, moins ils seront extraordinaires, mieux ils sf ront adaptés au but que je me propose.
Le lieutenant- général. Sir John H. Lefroy, C.B., K. C. M. G., F. R. S., me fait part de Tanecdote suivante. Il paraît que son terrier « Button » a l'habitude de déjeuner avec le lait d'une chèvre., que la bonne de M"® Lefroy va traire chaque matin après avoir réveillé sa maîtresse. Or, un jour qu'elle était plus matinale que d'ordinaire, cette fille prit son ouvrage, au lieu d'aller droit à la chèvre, et se mit à travailler. Cela ne faisait pas l'affaire du chien, qui, après avoir essayé de tous les moyens pour attirer son attention et l'engager à sortir, finit par tirer le rideau d'un cabinet où se trouvait la tasse dont elle se servait pour traire la chèvre, la prit entre ses dents et vint la déposer à ses pieds, et cela sans qu'on lui eût jamais appris à porter la moindre des choses. Mon correspondant ajoute qu'il s'enquit avec soin de tous les détails sur les lieux mômes, et se fit montrer l'endroit où le chien prit la tasse.
Parmi les nombreux cas que je pourrais citer, en voici un que je choisis à cause de sa grande analogie avec celui qui précède. C'est à M. A. H. Baines que j'en suis redevable. « Dans la salle que j'occupe d'habitude, dit-il, se trouve une » écuelle à l'usage de mon chien. Si par hasard elle se trouve » vide quand il vient pour y boire, il la gratte impérieuse- » ment avec ses pattes de devant pour faire connaître son » besoin et réussit généralement ainsi à attirer l'attention. » Un autre Poméranien de la môme famille avait l'habitude, ï> alors qu'il était encore toutjpune, détremper les biscuits » durs dans l'eau pour les amollir. 11 les prenait dans sa » bouche, et allait les déposer dans Tauge ; puis au bout de
» quelques minutes il revenait et les repêchait avec sa patte. »
Troisième et dernier exemple qui a plus d'un pendant dans les annales de rintelligence canine. Le docteur Beattie raconte qu'un chasseur, en traversant la rivière Dee sur la glace à quelque distance d'Aberdeen, était tombé dans l'eau à moitié chemin — grâce à son fusil, qu il mit en travers du trou, il avait trouvé moyen de se soutenir, mais n'en courait pas moins un grand danger. Son chien fit d'abord tous ses efforts pour l'aider à se dégager, mais comme il n'y réussissait pas, il courut à un village voisin et ayant rencontré un homme, il le tira par l'habit et se démena tant et si bien, qu'il le décida à venir à l'endroit où il avait laissé son maître, juste à temps pour le sauver.
Les exemples de ce genre abondent et dénotent un degré élevé d'intelligence. Bien que l'idée de sauvetage en implique déjà beaucoup ; mais dans des cas comme celui que nous venons de voir, il y a en plus l'idée d'aller en quête de secours, de faire part de l'accident et de conduire à l'endroit où il a eu lieu.
Ayant ainsi considéré aussi succinctement que possible les facultés émotionnelles du chien et celles de ses facultés intellectuelles qui ne sortent pas de l'ordinaire, je passe maintenant aux manifestations d'une sagacité supérieure et exceptionnelle.
Si le but du présent ouvrage était d'accumuler les anecdo- * tes en matière d'intelligence animale, ce serait le moment d'inonder le lecteur d'une masse de faits, tous bien avérés et qui attestent le niveau élevé de l'intelligence canine. Mais je cherche plutôt à réduire le nombre des anecdotes au strict nécessaire pour prouver l'existence chez les animaux de certaines facultés psychologiques que j'attribue aux différentes classes ; je ne me df^partirai donc pas du plan que j'ai suivi ailleurs, c'est-à-dire que je me contenterai de bien établir par des exemples le plus haut degré d'intelligence que l'animal en question ait positivement atteint. Mais pour ne pas désappointer ceux de nos lecteurs qui parcourront ces pages, en quête d'anecdotes inédites, je puiserai principalement à la source de ma correspondance privée, ne faisant allusion à des faits déjà connus qu'à titre de complément. Aussi bien mes nombreux correspondants voudront-ils bien comprendre