CHIENS DE BERGER
que ce qui m'a guidé dans le choix des exemples qui suivent, ce n'est pas tant ridée de présenter des faits à sensation que le désir soit d'éviter de donner prise à l'incrédulité, soit de confirmer l'un par l'autre des témoignages qui se ressemblent plus ou moins.
Voyons donc maintenant à quelle hauteur peut s'élever l'intelligence générale du chien, et commençons notre étude par le Collie (chien de berger écossais). Il n'est pas rare que des chiens de cette race sachent rassembler et conduire un troupeau, sans qu'on ait à les surveiller. Le fait est bien connu, et comme preuve il suffît de citer les célèbres anecdotes que le poète Hogg raconte sur le compte de son chien Sirrah, dans son Almanach du berger.
Williams, dans son livre sur les chiens et leurs habitudes (page 124), dit qu'un de ses amis n'avait qu'à dire <f roule, roule » pour que son collie courût aussitôt voir si quelque mouton avait roulé sur son dos, afin de l'aider à se relever. Il parle également (page 102) d'un autre chien qui, en l'absence de son maître, faisait de lui-môme une tournée dans les champs et pâturages pour remettre sur leurs pieds les moutons qu'il trouvait sur leur dos *.
Un de mes correspondants, M. Laurie Gentles, me parle d'un chien de berger appartenant à un de ses amis, M. Mitchell, du comté d'Inverne«s. Cet an-mal s'était égaré et avait élu domicile chez un fermier du voisinage. La seconde nuit, après son arrivée, le fermier l'emmena avec lui à la prairie pour voir si le bétail était en sûreté, et trouvant la palissade qui séparait son pré de celui de son voisin abattue et les deux troupeaux mêlés ensemble, il requit les services de son compagnon pour l'aider à renvoyer ch^^z elle les bêtes d'à côté, avant de réparer la brèche d'une façon temporaire. La nuit suivante, à l'heure de sa tournée, le chien étant absent, le fermier partit sans lui, mais quel ne fut pas son étonnement en arrivant au pré, de constater que l'intelligent animal l'avait précédé. Son étonnement se changea du reste bien vite en joyeuse approbation lorsqu'il le vit posté sur la brèche entre les deux prés et tenant en respect le bétail des deux
1. Pour ce qui est de la sagacité du chien de berger, voir les nombreuses anecdotes de Wetson (Faculté du raisonnement che» les Ânimauw),
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côtés. Dans l'intervalle entre les deux tournées, les bétes avaient de nouveau abattu la palissade et les deux troupeaux s'étaient mêlés comme avant. Sur ces entrefaites, le chien était venu tout doucement inspecter les lieux pour son compte et, trouvant les choses dans le môme état que ta veille, avait réussi tout seul à expulser les intrus, après quoi il s'était mis à monter la garde sur la brèche.
Le colonel Hamilton Smith loue la sagacité 4es chiens de berger de Cuba et de Terra Firma, dont il décrit la manière de procéder qui diffère de celle de leurs congénères d'Europe :
« Quand un navire arrive, dit-il, dans un port des Antilles » avec une cargaison de bétail, ces chiens, dont quelques-uns » ont la taille d'un mâtin, sont d'un grand secours dans l'opé- » ration du déchargement. On soulève les bœufs au moyen » d'une élingue passée à la naissance des cornes, puis on les » dépose dans l'eau pour qu'ils nagent à terre. Parfois chaque » animal a une escorte de deux hommes qui nagent à ses » côtés et le dirigent, mais souvent ce sont des chiens qui se » chargent de cette besogne. Ils saisissent le bœuf chacun par » une oreille, le forcent à se diriger vers le débarcadère et » lâchent prise sitôt qu'il touche terre, sachant bien qu'il y> saura sortir de l'eau tout seul. » {Bibliothèque du naturaliste, vol. X, p. 154, cité par Y/atson.)
Cette sagacité, du reste, n'est pas forcément affaire d'éducation, à en juger par l'exemple suivant, où nous voyons une manifestation presque analogue se produire spontanément. C'est un de mes correspondants, M. A. H. Browning, qui m'en fait part. Il paraît qu'un jour, en sortant d'une étable où il avait été visiter une portée déjeunes cochons, il avait oublié d'en fermer la porte et toute la bande s'était échappée dans le jardin : « Mon chien, dit-il, était dans un état d'excitation » extraordinaire ; il n'aboyait pas (il aboie rarement), mais il » gémissait, tout en exécutant force gambades, qui me fai- » saient l'effet de gesticulations. Cependant les pâtres et moi » nous étions retournés à Tétable pour y enfermer un cochon » que nous étions parvenus à attraper ; mais le chien ne se » fut pas plutôt rendu compte de ce que nous faisions, que, » courant après les cochons, il nous les ramena tous l'un » après l'autre en les tenant par l'oreille. »
Dans les Dialogues sur Vinstinct de Lord Brougham (III)