EXEMPLES DE SAGACITÉ
se trouve une anecdocte racontée à Fauteur par Lord Truro. Il s'agit d'un chien qui avait l'habitude de maltraiter les moutons la nuit. Il se laissait tranquillement attacher quand venait le soir, mais une fois tout le monde endormi, il se débarrassait de son collier, s'en allait aux moutons et revenait avant l'aurore, ayant soin de passer son collier à son cou pour ne pas éveiller de soupçons. Si je fais allusion à cet exemple remarquable de sagacité, c'est que je suis à même de le corroborer par d'autres faits de même nature. Un de mes amis, feu M. Sutherland Murray, avait un chien que l'on attachait toujours la nuit. Néanmoins, les fermiers du voisinage affirmaient ravoir reconnu alors qu'ils faisaient le guet pour découvrir le maraudeur qui leur tuait chaque nuit des moutons; pour en avoir le cœur net, mon ami le fit surveiller et acquit la certitude que lorsque tout était tranquille, son chien se dégageait de son collier et venait le reprendre après une absence de quelques heures.
On se rappellera un exemple absolument identique cité quelques pages plus haut ; deux de mes correspondants MM. Goodbehere, de Birmingham, et Richard Williams, de Buffalo, m'en communiquent également d'autres. « Permet- » tez moi, me dit M. R. Williams à ce propos, de vous faire » observer la sagacité et l'astuce de ces tueurs de moutons. » Ils ne font jamais de victime dans la ferme qu'ils habitent, '» ni dans celles qui en sont très rapprochées ; c'est toujours à » quelque distance, souvent même à plusieurs milles qu'ils » commettent leurs forfaits. De plus, ils ont toujours soin de » revenir avant le jour, et de se laver dans quelque ruisseau » pour enlever les taches de sang. »
J'ai connu en Allemagne un gros chien qui était passionné pour le raisin et se débarrassait la nuit de son collier pour satisfaire sa gourmandise. Mais comme il revenait toujours avant le jour et qu'on le trouvait toujours enchaîné à sa cabane, il put longtemps éluder les soupçons.
M. Duncan, dans son livre sur l'instinct, décrit à peu près les mêmes agissements de la part d'un chien appartenant au Révérend M. Taylor, de Colton. Seulement, dans ce cas, le collier était remplacé par une muselière.
A. propos d'astuce, je puis aui^si bien citer l'anecdote suivante que je tiens d'un correspondant. Tout en faisant droite
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son désir de rester anonyme, je puis dire qu'il est un des hauts dignitaires de l'Église, et que le chien dont il s'agit (un retriever) lui appartenait.
a Un soir, dit-il, que la cuisinière avait mis une dinde à » rôtir devant le feu, elle eut à sortir pour quelques instants^ » Aussitôt le chien, qui était couché devant le fourneau, » s'empara du rôti, courut le cacher tout près de la maison, » dans une fente d'arbre que dissimulait une touffe de lau- » riers, et revint s'étendre dans la cuisine, le tout si promp- » tement, qu'il put devancer le retour de la cuisinière, et » l'attendre avec l'expression de la plus parfaite innocence. » Malheureusement pour lui, un homme qui avait l'habitude )D de l'emmener à la chasse, l'avait vu s'esquiver avec la dinde T> et avait suivi ses mouvements, de sorte que, quand il vint » à la cuisine, il ne fut pas dui)e de l'air endormi du chien. » La conduite de maître Diver lui était inspirée par son désir » de cacher son larcin ; de la part d'un homme, elle m'aurait » paru indiquer l'intention de se ménager un alibi. »
M. W. H. Bodley me raconte qu'avant de lui appartenir, son retriever faisait partie d'un établissement où il avait pour compagnon un chien de la même taille avec lequel il se battait à l'occasion. Mais comme la première fois que cela leur était arrivé, on les avait châtiés, ils avaient pris l'habitude en pareille occasion de traverser à la nage une rivière d'une certaine largeur, afin de se battre à leur aise sur la rive opposée, a Ce qui me paraît surtout remarquable dans » ce procédé, dit M. Bodley, c'est la contrainte que s'impo- » saient ces animaux alors qu'ils étaient sous l'empire de » la passion, et leur commun accord à attendre, pour se » battre, qu'ils pussent le faire sans être dérangés, comme » deux duellistes traversant la Manche afin de se battre en » France. »
Il est notoire que l'on peut facilement enseigner aux chiens l'usage de pièces de monnaie pour se procurer des gâteaux, etc. ; mais dans le « Naturaliste Ecossais » d'avril 1881, M. Japp affirme qu'un collie de sa connaissance avait Ihabitude d'acheter des gâteaux avec des sous sans qu'on lui eût jamais appris à faire cet échange. Avant d'admettre qu'un chien puisse ainsi deviner spontanément l'usage de l'argent, on aimerait à en avoir plus de preuves, mais il est positif que