DUELS - USAGE DE LA MONNAIE
beaucoup de ces animaux ont comme l'instinct de la propitiation par offrande, et peut-être n'y a-t-il pas loin de ià à l'idée d'échange. Voici du reste deux exemples qui suffiront à confirmer mon assertion. M. Badcock m'écrit que le chien d'un de ses amis s'étant pris de querelle avec un compagnon, s'en était séparé en mauvaise intelligence. « Le lendemain » l'autre chien se présenta avec un hiscuit et l'off'rit à son » adversaire de la veille comme gage de paix. » Pareillement M. Thomas D. Smeaton m'apprend que son chien a la singulière d'habitude, quand il s'est fait pardonner quelque peccadile, de ramasser aussitôt tout ce qui se trouve à sa portée, pierre, bâton ou morceau de papier et de l'apporter avec « le » désir bien évident de se rendre agréable et de témoigner » de ses bonnes intentions ; c'est une manière de poignée de 3 main pour fêter l'enterrement du passé ».
L'anecdote suivante, qui peut être prise comme type en son genre, m'est communiquée par M. Goodbehere, de Birmingham : a Mon ami (M. James Canning, de Birmingham) » connaissait un petit chien métis qui sitôt qu'on lui donnait » un penny ou un demi- penny le prenait dans sa bouche, » courait à une boulangerie, et sautait sur le haut de la moitié » inférieure de la porte qui barrait l'entrée de la boutique, » agitait la sonnette du dedans jusqu'à ce que le boulanger » vint lui donner une brioche ou un biscuit en échange de sa » pièce. Quand il n'avait qu'un demi-penny il se con'entait » d'un biscuit, mais pour un penny il lui fallait une briochi». » Un jour le boulanger, agacé par la fréquence de ses visites, » prit son penny sans rien lui donner en échange; mais » le chien ne s'y laissa pas reprendre, posant sa pièce par » terre, il ne permit plus au boulanger d'y toucher avant de » lui en avoir remis la valeur. »
Passons maintenant à la faculté qu'ont assurément certains chiens de reconnaître dans un portrait l'image d'une personne et peut-être bien de le prendre pour une personne. Je commencerai par une observation de M. R. 0. Backliouse qui en tant qu'elle se rapporte à une faculté du même genre quoique moins remarquable , servira d'introduction aux exemples que je me propose de citer :
a Mon chien, dit-il, est de cette espèce à poil rude qui sert à » courir le lapin ; il est très intelligent. Un jour que je me
» rendais à une exposition de tableaux et de curiosité, je » l'emmenai avec moi. L'entreprise était purement locale, » et comme, il y avait des bijoux parmi les objets exposés, » et qu'il était nécessaire que quelqu'un passât la nuit sur » les lieux pour veiller à leur sécurité, je m'offris comme j) gardien. Et tandis que nous étions assis contre une jardi- » nière et occupés à regarder de côté et d'autre, mon chien se » mit tout-à-coup à aboyer comme s'il avait découvert quel- » qu'un qui se cachait. Je m'approchai pour voir et je re- » connus que c'était un buste de Walter Scott qu'on avait » placé parmi les fleurs et qui avait aux yeux de l'animal » assez de ressemblance avec une personne, pour qu'il trouva » suspecte sa présence en cet endroit et à cette heure. »
M. Grçhore, dans une lettré à Nature (vol. XXI, p. 132), raconte qu un terrier Dandie-Dinmont dont la- maîtresse était morte était à jouer avec des enfants dans une chambre, lorsqu'oh apporta de la défunte une photographie agrandie qu'il n'avait jamais vue. « Bientôt les regards de l'animal » rencontrèrent le portrait que Ton avait déposé à terre en » l'appuyant contre le mur. A cette vue, il fut pris d'un » tremblement de tout le corps, puis se traînant sur le plan- » cher, il alla s'asseoir devant la photographie et se mit » à aboyer fortement comme pour reprocher à sa maîtresse » de ne pas lui parler. On essaya plusieurs fois de changer le » portrait de place, mais chaque fois le chien s'établit en face » de lui et recommença à aboyer. »
M. Charles W. Peach communique également à Nature (vol. XX, page 196) un fait du même genre. Il raconte comment, un jour qu'on lui avait apporté son portrait, son vieux chien qui se trouvait présent au moment oii il en enlevait la couverture se mit à le regarder fixement sans qu'on lui eût dit un mot pour éveiller son attention. « Bientôt il devint fort excité, » gémissant, cherchant à lécher et à gratter, bref témoignant r» une telle émotion que nous-mêmes qui connaissions son in- » telligence nous en étions tous émerveillés; nous avions ' » peine à croire qu'il eût reconnu mon image, mais une fois » que le portrait eut été mis en place dans le salon il. fallut » bien nous rendre à l'évidence. Profitant de ce que l'on avait » laissé la porte ouverte sans songer à lui, l'animal eut bien- » tôt fait de se rendre compte de la position du tableau