‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 81 sur 120 · RECONNAISSANCE DES PORTRAITS · texte numérisé non relu

RECONNAISSANCE DES PORTRAITS

-» et reprit aussitôt ses manœuvres ; si bien qu'attirés par » le bruit qu'il faisait nous vînmes voir ce qui se passait et » le trouvâmes juché sur une chaise au moj-en de laquelle • » il s'efforçait d'atteindre le portrait, la salle étant basse. » Redoutant des dégâts je fixai le tableau à une plus grande » hauteur. Mais mon chien n'en continua pas moins à lui » prodiguer ses attentions, car chaque fois que je m'absentais, » fût-ce pour longtemps ou non, il passait la plus grande par- » tie de son temps à le contempler, et comme il semblait » j trouver quelque satisfaction, on lui faisait la faveur » de laisser la porte ouverte. Quand mon absence se prolon- » geait, il accompagnait sa contemplation de faibles gémisse- » ments en manière de protestation. Il continua de se.com- » porter ainsi jusqu'à sa mort. »

D'après ce récit, la première fois que le chien prit garde au portrait, celui-ci reposait à terre et se trouvait par suite à la hauteur de ses yeux ; considérée d'un bout à l'autre, sa conduite fut telle qu'on ne saurait s'y méprendre.

Un autre correspondant de Nature (vol. XX, page 220) fait allusion à Tanecdote qui précède :

a J'ai lu, dit-il, la lettre dans laquelle M. Peach, à pro- » pos de la question de l'intelligence chez les animaux, » cite l'exemple de son chien , et me suis laissé persua- » der par mes amis de vous envoyer le récit d'un fait de » même nature que j'ai communiqué à plusieurs personnes. » Il y a de cela quelques années mon mari fit faire son » portrait par F. Phillips, R. A., mais comme il était appelé » aux Indes, il le laissa à Londres pour qu'on achevât de le » monter et de l'encadrer. Environ deux ans après on me » l'apporta, et en attendant de le faire poser, je le mis sur le » parquet en Tappuyant contre le canapé du salon. Nous » avions à cette époque un magnifique chien couchant (Gor- » don Setter) noir et fauve dont nous faisions grand cas; » sitôt qu'il entra dans le salon, il reconnut le portrait de son D maître qu'il n'avait pas vu depuis deux ans, et vint lui » lécher la figure. Quand la chose fut racontée à Philipps, » le peintre déclara que c'était le plus beau compliment qu'il » eût encore reçu. »

C'est encore de la même revue (voL XX, page 220) que j'ex trais le fait suivant communiqué par M. Henry Clark :

« Dans le catalogue d'une exposition des beaux-arts qui eut » lieu à Derby il y a quelques années, le portrait d'un peintre » de cette ville (Wright) était signalé à l'attention par la note » suivante : Ce portrait se trouvait avec plusieurs autres » tableaux sur le plancher de Tàtelier, lorsqu'il fut reconnu » par le chien de l'artiste qui vint le lécher. »

D'autre part, le docteur Samuel Wiiks, F. R. S., m'apprend qu'une dame de ses amies, — je l'appellerai M^^ E., — possède un terrier qui reconnut son portrait. « Ce portrait est mainte- » nant exposé à l'Académie royale (1881). Lorsqu'on l'apporta "j> à M"^ E., le chien se mit à aboyer selon son habitude devant » un étranger; mais un ou deux jours plus tard, comme sn » maîtresse ouvrait la porte de l'appartement où se trouvait » le tableau afin de le montrer à des amis, il alla droit au pory trait et en lécha la main. Il faut dire que M™« E. y est prise » aux trois quarts avec sa main vers le bas du tableau. »

Enfin, voici une observation de ma sœur dont je puis certifier la scrupuleuse exactitude. C'est sur ma demande et peu de temps après avoir constaté le fait dont il s'agit, qu'elle rédigea le récit suivant :

a J'ai un petit terrier qui, à l'âge de huit mois, n'avait en- » core jamais vu un tableau. Un jour, pendant qu'il était sorti, » on apporta dans ma chambre trois portraits de grandeur » presque naturelle, mais comme il manquait une tringle, on » rie posa que deux des tableaux; le troisième fut laissé pour » le moment adossé au mur. Lorsque mon chien rentra dans » l'appartement, il parut tout alarmé à la vue des portraits, » et se mit à aboyer sur un ton.d'eflfroi de l'un à l'autre. » J'entends par là qu'au lieu de les attaquer franchement, la » queue en l'air, comme il l'aurait fait, s'il s'était trouvé en T& face d'étrangers, il aboyait de loin avec violence et sans » s'arrêter, la queue basse et le corps allongé; parfois môme, » dans sa frayeur, il se réfugiait sous les chaises ou sous le ca- » napé, tout en continuant d'aboyer. Pensant que c'était peut- » être seulement la présence d'objets insolites qui l'excitait, » je couvris d'une toile les deux portraits qui étaient en » place, et tournai l'autre la face au mur. Bientôt le chien » sortit de sa cachette, et après avoir regardé fixement les it deux portraits voilés et examiné le cadre du troisième, il » recouvra son calme et sa sérénité. Je m'amusai alors à les

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