‹ L'intelligence des animaux (volume 2)Chapitre 83 sur 120 · CHIENS ESQUIMAUX · texte numérisé non relu

CHIENS ESQUIMAUX

glace le long de la côte, il leur arrive constamment de quitter le sentier battu pour raccourcir leur chemin en allant droit d'un promontoire à un autre. Souvent, même en pareil cas le chien qui est en tête ne peut voir tous les détours du sentier; mais il semble conclure que la route doit suivre les sinuosités . de la côte, et par suite qu'il y a avantage à traverser d'une pointe à l'autre.

A propos de ces chiens, Ch. Darwin, dans sa Descend dance de Vhomme^ cite un curieux passage du docteur Hayes, dans son ouvrage sur la Mer polaire libre. Hayes remarque à plusieurs reprises « qu'en arrivant à un endroit » où la glace est mince, les chiens esquimaux au lieu de » tirer leurs traîneaux en troupe compacte, s'éparpillent, » de manière à distribuer leur poids plus également sur une » plus grande étendue de surface. C'est même souvent le » premier avis que reçoivent les voyageurs du peu d'épais- » seur de la glace et du danger qu'ils courrent. » M. Darwin fait observer que « cet instinct peut s'être développé depuis » l'époque reculée où les indigènes commencèrent à se servir » de chiens pour tirer leurs traîneaux ; ou bien les loups » arctiques, souche d'où provient le chien esquimau, ont pu » acquérir l'instinct de ne pas attaquer leur proie en troupe » serrée sur la glace mince ».

J'extrais le passage suivant d'une lettre de M"® Horn :

« Un matin, l'heure à laquelle mon frère avait l'habitude » de sortir étant passée, le chien se mit à aller et venir d'une » manière inquiète comme s'il craignait d'avoir été laissé » derrière. Après avoir jeté un coup d'œil dans la chambre j> où nous avions déjeuné, pour voir si son maître y était, il » alla écouter sur l'escalier, puis il redescendit et à mon » grand étonnement, se dirigea vers le porte-chapeau dans » l'antichambre. Se dressant sur ses pattes de derrière, il se » mit à flairer les pardessus qui s'y trouvaient pendus avec » l'intention évidente de tâcher de découvrir si celui de mon » frère se trouvait du nombre. »

Un autre correspondant, M. Westlecombe, me raconte comme quoi, sa chatte ayant eu des petits, il en avait conservé deux que sa chienne tolérait sans leur témoigner d'ailleurs la moindre amitié. « Au bout de quelques semaines, » dit-il, comme je n'avais trouvé d'amateur que pour l'un

» des chatons, je résolus de tuer l'autre, ce que je fis d'un » coup de pistolet derrière la tête. La chienne qui avait » assisté à l'exécution dans le jardin, se présenta à moi » quelques minutes après avec l'autre chat à la bouche ; elle » l'avait tué. Si ce n'est pas là une preuve de raisonnement, >? je m'y perds. »

' Certain terre-neuve, à ce que m'écrit M. W.-F. Hooper, avait l'habitude d'accompagner la bonne qui portait l'enfant de sa maîtresse. Un jour qu'il soufflait un vent très vif, cette fille, voulant protéger le bébé, le recouvrit de son châle, mais « à peine eut-elle fait quelques pas dans la direction de » la maison pour s'en retourner que le chien se mit en travers » du chemin. Chaque fois qu'elle essayait de passer outre, il » grondait d'une manière si menaçante, qu'elle en devint » tout effrayée. Les caresses restaient sans effet, et déjà une » demi-heure s'était écoulée en vains efforts de propitiation. » Qn'avait le chien? Allait-il la maintenir en arrêt toute la » journée? Lui sauterait-il à la gorge ? Etait-il pris d'hydro- » phobie ? Questions embarrassantes, qui se succédaient dans » l'esprit de la bonne. A la fin, l'intensité même de son dé- » sespoir lui suggéra comme dernière ressource d'essayer de » remettre le chien en bonne humeur en lui montrant le bébé, » et obéissant à l'inspiration du moment elle le débarrassa du » châle et le présenta à bras tendu à l'animal. Le résultat fut » pour ainsi dire magique, dépassant de beaucoup toutes ses » espérances ; car, non seulement le chien cessa de gronder, ». mais il devint subitement caressant, témoigna sa joie par » mille gambades et ne s'opposa plus au retour qui s'effectua » rapidement. La clef du mystère la voici : lorsque la bonne » crut avoir été assez loin et voulut s'en revenir, le chien ne » voyant plus le bébé, crut qu'elle l'avait perdu et résolut )3 dès lors de couper court au retour jusqu'à ce que l'enfant » eût été retrouvé. Cette résolution, il la mit en pratique en » sentinelle fidèle et ce fut seulement à la vue du bébé sain et » sauf dans les bras de la bonne, qu'il quitta son poste. J'ai » cru celte manifestation d'intelligence digne de vous être » communiquée. »

L'exemple suivant, auquel allusion est faite en passant dans la Descendance de L'homme, est emprunté à lÉducar tion des chiens du colonel Hutchinson. C'est M. Colquhoun,

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