SENTIMENTS DE FAMILLE
animal, sans en excepter le chien. Prenons quelques exemples dans le nombre de ceux que Ton pourrait citer.
a Rengger, dit M. Darwin, a vu un singe américain (un » CeMis) chasser avec soin les mouches qui ennuyaient son » enfant, et Duvancel, une femelle de Gibbon laver dans un » ruisseau la figure à ses petits. La perte de leurs enfants » cause aux singes femelles un chagrin si intense, que cer- » taines d'entre elles gardées par Brehm en cage dans TA- » frique du nord, ne manquaient jamais d'en mourir. Les » orphelins étaient toujours adoptés par les autres singes, » mâles ou femelles, et devenaient l'objet de leurs soins at- » tentionnés. » [Descendance de Vhomme, page 70.)
De même, Jobson rapporte que si, pendant un trajet en bateau, il lui arrivait de tuer un orang-outang, le cadavre était toujours emporté par les compagnons du défunt avant que ses gens pussent gagner la rive.
James Forbes, dans ses Mémoires d'Orient, raconte un trait remarquable de sollicitude et d'attachement pour un compagnon décédé de la part d'un singe :
« L'un des chasseurs postés sous un figuiei* des Indes tua » un singe femelle et l'emporta dans sa tente qui fut bientôt » entourée par une quarantaine de membres de la tribu, » criant et menaçant leur agresseur ; il s'en débarrassa en les » mettant en joue avec son fusil, de l'effet meurtrier duquel » ils avaient pu juger et paraissaient se rendre parfaitement » compte. Mais le chef de la bande tint bon tout en continuant » de jaser avec fureur, et le chasseur, qui éprouvait peut-être » quelque remords de l'exécution qu il avait déjà laite, ne se » sentait pas le cœur de tirer sur lui. Le singe finit par venir » jusqu'à l'entrée de la tente, et voyant que ses menaces » ne lui servaient de rien, il se mit à gémir d'une façon » lamentable et à faire mine, au moyen de gestes expressifs, » de demander le cadavre. Sa prière fut exaucée, et prenant » la défunte dans ses bras, il l'emporta vers ses compagnons » qui l'attendaient. Les témoins de cette scène extraordinaire » firent vœu de ne plusjamaisti,rersurunede ces créatures. » , Naturellement, il ne faudrait pas conclure de cet exemple ■que la plupart des singes, sinon tous^ ont souci de leurs morts. Les gibbons [Hylohates ogilis) par exemple, au dire d'un correspondant de Nature (vol. IX, page 243) qui les a
observés, ne font aucune attention à leurs camarades morts, mais se montrent pleins de sympathie envers ceux qui sont blessés : sympathie dont il donne l'exemple suivant :
« J'ai dans mon jardin, raconte-t-il, un certain nombre » de gibbons [Hylohates agilis)^ qui vivent en liberté dans » les arbres et viennent à l'appel recevoir leur nourriture. » L'un d'eux, un jeune mâle, se démit un jour le poignet » en tombant du haut d'un arbre et fut traité avec les plus » grands égards par les autres, surtout par une vieille fe- « melle qui n'avait avec lui aucun lien de parenté. Chaque » jour elle mettait à part les premières bananes qu'on lui don- » nait, et, avant de commencer à manger, elle les donnait au » blessé qui habitait sous le bout du toit d'une maison en bois. ï> J'ai du reste souvent observé qu'un cri de terreur, de dou- D leur ou d'angoisse amenait à l'instant, aux côtés de celui » qui le poussait, tous ses compagnons qui lui prodiguaient » leurs condoléances et l'entouraient de leurs bras. »
Le capitaine Hugh Crow, dans son Récit de ma vie, donne des détails intéressants sur la manière de se comporter de certains singes à bord de son navire :
«t Nous avions, dit-il, à bord, plusieurs singes d'espèces et » de tailles différentes, entre autres une charmante petite » bête, dont le corps avait à peine un pied de long et la cir- » conférence d'un verre de table. Cet intéressant animal qui » m'avait fort amusé par ses ébats innocents lorsque le gou- » verneur de l'île de Saint-Thomas m'en fit cadeau, n'échappa » point à la maladie qui malheureusement sévissait sur le » navire. Les autres singea l'avaient toujours traité en favori, » ou pour mieux dire en Benjamin, lui accordant force privi- » lèges qu'ils ne se passaient que rarement les uns aux » autres ; du reste il se montrait très docile et très doux, et » n'abusait jamais de la partialité qu'on lui témoignait. Du » moment qu'il tomba malade, ses compagnons redoublèrent i> de prévenances et d'égards envers lui, et c'était vraiment » touchant de voir avec quelle sollicitude et quelle tendresse •» ils soignaient la petite créature, c'était à qui serait le » premier à lui témoigner telle ou telle marque d'affection ; » ils se dérobaient mutuellement des friandises, pour les lui » porter intactes quelque appétissantes qu'elles fussent. D'au- » trefois ils le prenaient dans leurs bras, le serraient contre