SECOURS - AMITIÉS
» leur sein, en pleurant comme une mère qui voit souffrir » son enfant. Le petit animal paraissait très sensible à leurs » bons offices, mais la maladie rabattait d'une façon désolante. » Quelquefois il venait à moi et me regardait d'un air qui » faisait pitié, pleurant et gémissant comme un jeune enfant » et me suppliant, en apparence, de le soulager. Nous essayâ- » mes de tous les moyens imaginables pour le rétablir; mais » malgré nos soins et ceux de ses congénères, il ne vécut pas » longtemps. »
Le fait suivant, dont j'avais été témoin au jardin zoologique, fut communiqué par moi au Quarierly journal of science, et je ne fais ici que reproduire mon récit :
« Il y a un an ou deux, disais-je, un babouin d'Arabie et » un babouin Anubis se trouvaient ocôuper la môme cage, » à côté de celle d'un Cynocéphale. Un jour que j'étais à » les observer, je vis l'Anubis passer la main à travers la » grille de séparation pour dérober une noix que son gros » voisin avait laissée à sa portée — non sans intention, je » crois. Il savait bien du reste à quel danger il s'exposait, » car il avait choisi le moment où l'autre lui tournait le dos » et paraissait ne plus songer à la noix. Mais le Cynocéphale » le suivait en réalité du coin de l'œil, ne lui donnant que » le temps dlntroduira le bras dans sa cage, il se retourna » avec une rapidité extraordinaire, et saisit entre ses dents » la main que l'autre n'avait pu retirer assez vite. Les cris 1» de l'Anubis amenèrent promptement le gardien qui par- » vint à faire lâcher prise au gros babouin, non sans l'aide î> de certains arguments physiques. La victime recula alors » jusqu'au milieu de sa cage, gémissant d'une façon lamen- » table, en pressant la main blessée contre sa poitrine et la » frottant avec l'autre. Aussitôt le babouin d'Arabie des- » cendit des régions supérieures où il se trouvait, en faisant » entendre une sorte de murmure de consolation et prit son \y> camarade souffrant dans ses bras; on aurait dit la mère » et l'enfant. Ajoutons que ce témoignage de sympathie eut » le don de calmer l'Anubis, dont les gémissements devinrent D beaucoup moins navrants sitôt qu'il se sentit enlacé dans » des bras amis; la manière dont il appuya sa tète contre » le sein de son camarade témoignait au plus haut degré » d'une réelle appréciation de ses soins affectueux. Ce spec-
» tacle touchant dura assez longtemps et ta'ndis que je Tob- » servais, je me dis qu'à défaut d'autres preuves il y avait là » de quoi identifier dans leur essence , certaines émotions » des animaux à celles qui comptent parmi les plus nobles de n l'homme. » i
Comme déploiement de sympathie, il serait difficile de trouver mieux que le fait suivant dont fut témoin mon ami sir James Malcolm, observateur très exact. A bord d'un vapeur sur lequel il s'était embarqué, vivaient deux sinp^es de l'espèce commune des Indes, qui n'avaient aucun lien de parenté. Un jour, le plus jeune, qui se trouvait vers le milieu du navire, tomba à la mer. A cette vue, son compagnon se mit à s'agiter avec frénésie; courant vers l'arrière, il s'accrocha d'une main au flanc du vaisseau et tendit de l'autre à son petit camarade le bout de la corde qui servait à l'attacher et • qui était nouée autour de son corps. Grand fut l'étonnenK nt de tout le monde à bord; mais pour que rincident fut romanesque jusqu'au bout, il aurait fallu que le petit singe pût attraper la corde ; malheureusement elle était trop courte. Ge fut un niatelot qui opéra 1^ sauvetage, en jetant au nageur une corde plus longue qu'il eut l'intelligence df' saisir.
Voici un exemple, fourni [)ar le capitaine Johnson, qui semble indiquer l'existence d'une catégorie d'émotions analogues à celles que Ton entend par « sentiments de reproche » :
« Je faisais partie, dit l'observateur, d'une trojupe en expé- » dition dans le district de Bahar;nous avions dressé nos » lentes dans un grand verger de manguiers et attaché nos » chevaux à des piquets un peu plus loin. Pendant que nous » dînions, un Sj^er vint se plaindre d'une bande de singos » [M'tcacus orhesus) logée dans les arbres, qui effrayait les » chevaux et en avait fait s'échapper plusieurs. Le dîner fini, » je sortis avec mon fusil pour chasser ces quadrumanes pt » tirai à plomb sur l'un d'eux. L'animal descendit aussitôt » sur la branche la plus basse de l'arbre comme s'il voulait » se jeter sur moi, puis s'arrêtant soudainem.ent, porta d'un » air calme la main à sa blessure et retendit vers moi pour » me montrer qu'elle était couverte de sang. Le geste me » toucha si vivement que jamais depuis je u'ai tiré sur un » singe. A peine avais-je rejoint mes compagnons auxquels