AMOUR MATERNEL — SENS DU COMIQUE
» je faisais le récit de mon aventure, qu'un Syer vint nous » informer de la mort de la pauvre béte. Nous lui dîmes de » nous l'apporter, mais les autres singes l'avaient prévenu,;' » avaient enlevé le cadavre et disparu. »
Ce récit se trouve confirmé d'une manière frappante par un passade des Recueils de Jesse (vol. III, pages 86-87), où l'auteur fait allusion aux mémoires de Sir W. Hoste. Il parait qu'un des officiers de ce dernier, rentrant un soir après une longue journée de chasse, avait abattu d'un coup de fusil un singe femelle qui courait sur des rochers avec son petit dans les bras. « Lorsqu'il arriva auprès d'elle elle serra son petit » contre elle d'une main, et de l'autre indiqua la blessure que » la balle lui avait faite au dessus du sein. Trempant son » doigt dans son sang et le montrant au chasseur, elle sem- » blait lui reprocher d'être la cause de sa mort et par suite n de celle de son enfant sur lequel elle appelait fréquemment » son attention. Jamais, dit sir William je n^me suis senti » aussi ému qu'en écoutant ce récit, et je jurai de ne jamais » plus de ma vie tirer sur un de ces animaux. »
]\I. Darwin dit que la plupart des personnes qui ont observé des singes, leur ont vu manifester le sentiment du comique. J ai été moi-même témoin d'un fait de ce genre, et j'en emprunte le récit à mon article dans le Quarterly journal of Scii 7ice :
a II y a quelques années, écrivaîs-je, j'avais l'habitude D d'observer la jeune femelle orang-outang au Jardin zoolo- » giqu^', et j'ai la conviction que je reconnus en elle le sen- M timent du comique. Entre autres preuves à l'appui de cette » assertion, je l'ai vue en diverses occasions se coiffer de sa » gamelle qui était d'une forme quelque peu singulière et qui » présentait sur sa tête rap[)arence d'un chapeau ; et comme j> du même coup elle gratifiait généralement les spectateurs » d'un rire grimacé, elle ne manquait jamais d'avoir un » succès d'hilarité qui flattait évidemment son orgueil. »
Mais ce qui prouve peut-être de la manière la plus convaincante que les singes se rendent compte de ce qui est risible, c'est (comme nous l'avons vu dans le cas de certains chiens) qu'ils s'offensent du ridicule. J'en donnerai plus loin de nombreux exemples.
Que les singes aiment à jouer, c'est ce que l'on ne saurait
nier après avoir passé une heure ou deux dans la maison de» singes au Jardin zoologique. D*après Savage, les chimpanzés se rassemblent souvent uniquement pour jouer et s*amusent à frapper avec des bâtons sur des morceaux de bois sonores r {Journal d histoire naturelle de Boston, iv, page 324.)
La curiosité est plus développée chez les singes que chez les autres animaux. Qui ne connaît l'intéressante expérience au moyen de laquelle Ch. Darwin vérifia le fait rapporté par Brehm, à savoir que malgré la terreur instinctive que les serpents inspirent aux singes^ ces derniers ne pouvaient résister au désir de satisfaire de temps en temps leur curiosité en soulevant le couvercle d'une boite à reptiles placée près d'eux. M. Darwin se présenta avec un serpent empaillé à la maison des singes du Jardin zoologique, et a Témoi qui s'ensuivit, dit- » il, fut chose curieuse à voir. . • Je mis ensuite un serpent » vivant dans un sac de papier et l'introduisis dans un grand » compartiment. Aussitôt, l'un des singes qui l'occupaient » s'approcha» ouvrit le sac avec précaution, jeta un coup » d'œil dans Tintérieur et recula précipitamment. Alors » J'assistai au spectacle que Brehm a décrit ; cédant à leur » curiosité, les singes s'en vinrent l'un après l'autre, la tête » haute et tournée de côté, regarder dans le sac l'objet ter- » rible qui en occupait tranquillement le fond. » {Descendance de V homme, page "72.)
A la curiosité, et par suite aux émotions, se rattache ce que M. Darwin appelle « la tendance à l'imitation ». Il est notoire que les singes en poussent l'application jusqu'au ridicule, et ce sont les seuls animaux qui imitent uniquement pour le plaisir d'imiter, comme le fait remarquer Desor, à l'exception des oiseaux jaseurs. La psychologie de l'imitation est d'une analyse difficile, mais il est un fait curieux en môme temps que significatif ; c'est qu'elle ne se manifeste parmi les animaux, que chez les singes et certains oiseaux, et parmi les hommes, que chez ceux d'un niveau inférieur d'intelligence. Ainsi que le dit M. Darwin : « La tendance à l'imitation est » vivace chez l'homme, surtout chez les sauvages comme j'ai » pu l'observer moi-même. Dans certains états morbides du » cerveau, cette disposition s'exagère d'une façon singulière ; » les hémiplégiques et autres malades, au début dun ramol- » lissement inflammatoire du cerveau, imitent sans en avoir