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Fourmis moissonneuses et Araignées à trappe, pa/2je

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coupé un petit paquet de mousse de deux pousses dVpaisseur sur trois de large contenant l'orifice d'un tube avec bouchon d'une N, coementaria, il s'aperçut, en retournant au même endroit, six jours après, que l'insecte avait fabriqué une autre trappe et l'avait entourée de mousse qu'il avait été chercher sur la partie supérieure du tertre. « Pour cette fois, dit notre » observateur, c'était la mousse qui révélait la trappe, en » contrastant avec le pourtour de terre brune que j'avais » mise à nu. »

Si par hasard quelque ennemi découvre la porte du logis et cherche à l'ouvrir, l'araign^^e s'y cramponne à l'int^^rieur et la maintient fermée en se retenant aux parois du tube, à l'aide de ses pattes. Là où il y a deux trappes, il est à supposer que la seconde porte constitue une seconde ligne de défense, derrière laquelle l'insecte se réfugie quand il lui faut abandonner la première. Quand il y a un embranchement (jusqu'ici on n'a trouvé cette espèce de nid que dans le midi de l'Europe), l'araignée court probablement s'y retirer lorsque la première risque d'être forcée, et comme la surface de la secondé trappe est tapissée de soie comme l'intérieur du trou, l'ennemi passe sans la reconnaître.

Du reste ces insectes savent très bien adapter leur demeure aux circonstances; j'invoque à ce sujet le témoignage de Moggridge :

« M. S. S. Saunders, dit-il {loc. cit., page 122), eut l'occa- D sion d'observer, aux îles Ioniennes, certains nids à deux » fermetures en bouchon. La porte extérieure n'offrait rien T> de remarquable comme position ou comme construction, T> mais la seconde se trouvait tout au fond du nid et, quoique » établie de manière à ouvrir de haut en bas, elle était tout à » fait impraticable par suite de la terre qui l'environnait. » L'existence d'une porte bien construite dans une position » qui en rendait l'usage impossible, constituait un fait assez j> difficile à expliquer. Cependant l'idée vint à M. Saunders » que, comme ces nids se trouvaient en terre cultivée autour » des racines d'oliviers, ils avaient peut être été retournés » lorsque le sol avait été défriché; de sorte que l'araignée » voyant sa porte enfoncée dans la terre et le fond de son nid » amené à la surface, avait eu à choisir entre deux partis : » émigrer, ou adapter son nid au changement de position qui

» lui était survenu en pratiquant une porte à la partie qui » occupait le haut. Voulant contrôler ses conclusions par » l'expérience , M. Saunders mit le nid d*une araignée de i> la môme espèce le fond en l'air dans un pot à fleur. Dix i> jours plus tard, il constatait, selon ses prévisions, Tapparii> tion d'une porte à la partie supérieure, et par suite lexisi> tence de deux trappes tout comme dans les nids qu'il avait » découverts. »

Si l'on considère l'instinct de ces animaux au point de vue de la théorie de la descendance, on est surtout frappé de l'étendue de leur aire de répartition à la surface du globe. Dans chaque partie du monde on les retrouve occupant des régions plus ou moins définies ; et comme on ne peut facilement admettre qu'un instinct aussi spécial que le leur se soit transmis autrement qu'en droite ligne, il faut croire que la grande dispersion de la première espèce qui l'a présenté, a été postérieure à son origine et à son développement. Ceci revient à dire que cet instinct remonte à une très grande antiquité; ce dont on a d'autre part des preuves concluantes. Prenons, par exemple, le principe de révolution, d'après lequel plus une particularité de conformation ou d'instinct se manifeste de bonne heure dans le développement de la race, plus elle est prompte à s'accuser dans le développement de Tindividu; il suffirait à lui seul, pour mettre en évidence l'antiquité de l'instinct des araignées à trappes. Voici du reste ce que dit Moggridge à ce sujet :

« Les jeunes araignées paraissent obéir à une loi générale » de l'espèce, quand elles quittent le nid maternel à un âge » encore tendre pour all^r se bâtir un logis pour leur propre » compte. Selon M. Blackwall, les jeunes des espèces de la » Grande-Bretagne, dès leur début et rien que sous l'influence » de l'instinct qui les pousse, font preuve dans la fabrication » de leurs travaux compliqués d'une adresse digne de leurs ut aînés. »

M. F. Pollock* raconte également qu'à l'âge de sept semaines, les jeunes de VEpeira aurelia (qu'il eut l'occasion d'observer à Madère) tissent une toile de la grandeur d'un

1. Histoire et mœurs de VEpeira aurelia ^ Annales et Magatin d^histoire naturelle, inin 1865.

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penny qui rivalise en symétrie avec celle de l'araignée adulte.

Moggridge dit encore à propos des araignées à trappe : « A mon avis, ces petits nids construits par des araignées » minuscules récemment écloses, sont, dans leur genre, des » chefs-d'œuvre merveilleux. L'exemple d'une créature aussi » jeune et aussi faible se creusant dans la terre un trou de » plusieurs fois sa longueur, et reproduisant en miniature le » nid de ses parents, me paraît unique dans la nature '. »

Quant à l'origine probable de Tinstinct particulier aux araignées à trappes, Biichner s'exprime ainsi :

« Pour donner une idée de la variété des formes et des « degrés de transition qui forment autant de jalons indispen- » sables pour retracer l'origine de la conformation de ces » nids, Moggridge décrit ceux d'autres espt'^ces d'araignées » qui s'en rapprochent. La Lycosa narhonensis, du midi de » la France, qui ressemble beaucoup à la Tarentule d'Apulie » et qui appartient à la famille des araignées-loups, creuse » dans le sol un trou cylindrique et vertical de trois ou » quatre pouces de profondeur, puis une galerie horizontale » qui aboutit à une sorte de chambre triangulaire d'un pouce » ou deux de large, où les débris d'insectes lorment un tapis. » Le nid, entièrement doublé d'une matière soyeuse et épaisse, » communique avec Textérieur non par une porte, mais par » une sorte de tuyau qui s'élève au-dessus du sol et que Tarai- » gnée fabrique. avec des feuilles, de la mousse, des brins de » bois, etc., le tout entrelacé avec des fils. Ces cheminées qui » varient du reste quelque peu dans leur construction, ont » pour but, selon Moggridge, d'empêcher le sable que les » grands vents de mer charrient, de pénétrer dans les nids. » En hiver l'ouverture en est recouverte d'une trame, et il se » pourrait fort bien qu'en enlevant ce chaud abri au prin- » temps (alors que la toile est aux trois quarts soulevée et » laisse juste passer l'araignée), un de ces animaux ait conçu » à une époque reculée, Vidée d'une porte mobile et perma- » nente. De cette notion élémentaire à la perfection de main- » d'œuvre que révèlent les trappes que nous connaissons et

1. Fourmis moissonneuses et Araignées à trappes, p. 126. On y trouvera des détails 1res complets sur ces insectes.

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» plus particulièrement les nids si compliqut^s des N. Man- » derstjernœ, la distance n'est ni impossible ni très grande à » franchir, quoiqu*il faille passer parles différents degrés que » l'observation a relevés, sans compter ceux qui lui échapi^ent » encore. »

Intelligence génébale.

En abordant la question de l'intelligence générale des araignées, je crois pouvoir poser en principe, vu le nombre des preuves à Tappui, que ces animaux savent distinguer entre les personnes qui les approchent; qu'ils ne craignent pas le voisinage de celles dont ils ont apprécié les bonnes dispositions, tandis qu'ils s'éloignent des étrangers. Du reste, comme les abeilles et les guêpes font également preuve du même discernement, on pourrait s'attendre à le retrouver chez les araignées. Une dame de ma connaissance a réussi à apprivoiser des araignées qui, sitôt son arrivée dans la chambre où elles se trouvent, s'approchent d'elle pour qu elle leur donne à manger. Parmi les nombreux exemples du même genre que je pourrais citer, j'emprunte le suivant à Bùchner qui le tient d'un de ses correspondants, le docteur Moschkau de Gohlis près de Leipsig (lettre du 28 août 1876) :

« Pendant mon séjour à Oderwitz (?), où je résidais en » 1873 et en 1874, je remarquai un jour, dans un coin sombre » de l'antichambre, une toile d'une dimension respectable, » domaine d'une araignée bien nourrie que l'on pouvait voir » à toute heure postée à l'entrée de son nid, guettant sa proie. » Le hasard fit que je fus en plusieurs occasions témoin de » ses artifices pour s emparer d'une victime et la mettre hors » d'état de nuire, et bientôt je pris l'habitude de lui apporter » plusieurs fois dans la journée des mouches que je déposais » à l'entrée de son nid avec une pince. Tout d'abord l'araignée » ne parut pas trop apprécier mes attentions ; elle laissait » beaucoup de mouches s'échapper, et ne se donnait la peine » de les saisir que quand elles étaient à portée de son nid. » Bientôt cependant elle se décida à venir les prendre à la » pince, et à les couvrir de son tissu. Quelquefois, quand je » lui présentais des mouches l'une après l'autre, très rapide-

» ment, elle les ficelait d'une manière si superficielle, que » certaines de ses prisonnières trouvaient moyeu de s'échap- » per. L'intérêt que je pris à ces observations me fit les » prolonger pendant quelques semaines. Or un jour que » Taraignée paraissait affamée et se précipitait avec voracité x> sur chaque mouche que je lui présentais, je m'avisai de la » taquiner, en retirant avec la pince chaque insecte qu'elle » saisissait. La première fois, comme je finis par lui rendre » sa proie, elle voulut bien me pardomer. Mais quand )e lui » enlevai pour de bon sa victime, l'offense devint mortelle. » Le lendemain elle manifesta son dédain de mes offrandes en » ne bougeant pas, et le surlendemain elle avait disparu *. *

Comme exemple d'adaptation presque subtile aux conditions dune situation imprévue, Jesse cite le cas d'une araignée qu'il avait emprisonnée avec ses œufs sur une cheminée en marbre en la recouvrant d'un verre.

a Son premier soin fut d'entourer ses œufs de toile ; puis, » attachant un fil au sommet du verre, elle le mit en commu- » nication avec l'extrémité du brin d'herbe sur lequel se » trouvaient les œufs, et bientôt au moyen d'autres réseaux k reliant les côtés du verre aux côtés et à l'extrémité du brin » d'herbe, elle réussit à fixer ce dernier dans une position » verticale. Quant à son motif pour agir ainsi, il était évi- » dent. D'abord, elle assurait par ce moyen à Tobjet de ses a soins plus de sécurité qu'il n'en aurait eu à rester étendu » sur la cheminée ; et puis il est probable qu'elle redoutait » pour ses œufs le contact froid du marbre qui les aurait » empêchés d'arriver à maturité ». »

Certaines espèces d'araignées de l'Amérique du Sud montrent leur intelligence par la manière dont elles s'y prennent pour échapper aux dangereuses bandes des Ecitones; le récit suivant est emprunté à M. Belt :

a Un grand nombre, dit il, se tirent d'affaire en se laissant » pendre à une branche par un fil, hors de portée de leurs » ennemis d'en haut et d'en bas.

» Du reste, je reconnus que les araignées montraient, pour » la plupart, beaucoup de savoir-faire, et n'avaient garde

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