SUICIDE DES SCORPIONS
fait jour dans les contes populaires, et que Ton retrouve, sous forme de métaphore poétique, dans des vers célèbi-es de Byron. Malgré cela, personne n'y croyait, lorsque la correspondance publiée dans Nature (vol. XI) est venue remettre la question sur le tapis; vu son intérêt, je me permettrai de citer tout au long les passages les plus importants. Et d*abord, c'est M. W. G. Bidie qui entre dans la lice en ces termes :
« Je demande l'hospitalité dans les colonnes de Nature, i> pour un trait de mœurs du scorpion noir de Tlnde méri- » dionale que j'eus l'occasion d'observer, il y a quelque?. » années, à Madras.
» Un matin, un domestique m'apporta un énorme scorpion » de cette espèce, qui s'étant attardé dans sa ronde nocturne, » avait probablpment été surpris [)ar l'aurore, et n'avait pu » regagner son gîte; pour plus de sécurité, je le mis, tout » d'abord, dans un casier en verre. Plus tard, dans la matinée, » me trouvant avoir quelques minutes de libres, j'éprouvai le » désir d'examiner mon prisonnier, et pour mieux le voir, je » mis le casier sur une fenêtre, en plein soleil. La lumièreet » la chaleur parurent l'exaspérer, et cela me fît penser à » l'histoire d'un scorpion qui, se trouvant entouré de feu, se » serait suicidé, histoire que j'avais lue quelque part. Je ne » pouvais me résoudre à faire subir une pareille épreuve » au mien, mais je voulus voir l'effet que produiraient les » rayons du soleil, en les concentrant sur son dos, avec une » loupe. Il fut instantané; l'animal se mit à courir çà et là » dans le casier, en sifflant et en crachant avec fureur. Quatre » fois je répétai l'expérience, sans obtenir d'autres résultats ; » mais la cinquième, le scorpion releva sa queue, et avec la » rapidité de l'éclair, s'enfonça son dard dans le dos. Aussitôt » il y eut comme un jet de liquide, qui fit dire à un de mes » amis qui se trouvait là : « Mais voyez donc, il s'est piqué, » il meurt » et, en effet, en moins d'une demi-minute, il avait » cessé de vivre. Je cite le fait, parce qu'il prouve : 1® que » le suicide est pratiqué par les animaux; 2« que le poison de » certains d'entre eux leur est fatal à eux-mêmes. »
Ce récit fut bientôt confirmé par celui du docteur Allen Thompson F. R. S. [Nature, vol. XX, page 577.)
c< L'idée que le scorpion puisse se donner la mort au moyen
» de son propre poison, a provoqué beaucoup dlncrédulité, » môme chez des naturalistes éclairés, et récemment encore » M. B. F. Hutchinson Peshawur {Nature, vol. XX, page 553), » se fondant sur ses observations personnelles, s'est fait Técho » de ce scepticisme; je crois donc faire œuvre d'utilité pu- » blique en relatant un suicide de ce genre, qui m'a été rap- » porté par un témoin oculaire, et qui prouve, d'une manière » indiscutable, que le. phénomène ne laisse pas que de se pro- » duire dans certaines circonstances.
» Pendant un été qu'il passa aux bains de Sulla en Italie, » dans une région humide, il y a plusieurs années, mon » correspondant fut fort importuné par une petite espèce de » scorpions noirs qui pénétraient constamment dans la maison » et se cachaient dans les couvertures des lits, dans les sou- » liers, etc. . . Il fallait toujours être sur ses gardes et passer » son temps à relancer et détruire ces créatures désagréables. X» Mon correspondant avait appris des habitants du pays » qu'un scorpion exposé soudainement à la lumière se donne » la mort, et lui et ses amis étaient parvenus en peu de temps » à tirer fort habilement parti de ce renseignement. S'armant » d'un verre à boire, ils le retournaient sur l'animal, glissaient » en dessous un morceau de carton pour rendre la prison » portative, puis, la nuit venue, ils l'approchaient d'une » chandelle. Aussitôt grande agitation de la part du scorpion, » évolutions vertigineuses tout autour du verre suivies au » bout de quelques minutes d'un calme soudain ; la queue se » repliait sur le dos, le dard recourbé venait s'enfoncer au mi- » lieu de la tôte et trois ou quatre secondes plus tard, l'ani- » mal était sans mouvement et sans vie. C'étaient toujours » les mômes épisodes après chaque capture. Les enfants se » passaient impunément des scorpions morts de cette façon, » et ils en conservèrent plusieurs à titre de curiosité.
» Ce qu'il y a à noter dans ce récit, c'est : 1» l'effet de la » lumière sur l'animal qui se tue de désespoir ; 2*^ l'action » subite du poison que la piqûre à la tôte fait probable- » ment pénétrer dans le ganglion cérébral ; 3<» l'intensité et le » caractère fatal des symptômes qui se produisent immédia- » tement.
» D'ailleurs le môme phénomène a été relevé par d'autres » observateurs, et en tous cas il paraît ôtre bien connu des