Binfçley, loc, cit,^ vol. III, pages
CRUSTACES 219
« Slingsby, le célèbre danseur de TOpëra, demeurait dans
» une grande maison de Cross-deep, Twickenhara, qui a vue
» sur la rivière et avoisine l'habitation de Sir Wathen Wal-
» 1er. Ayant beaucoup de goût pour Thistoire naturelle et
» s'intérossant tout p<irticulièrement à Tétude des insectes,
» il avait essayé d'apprivoiser des mouches et de les main-
» tenir en pleine activité pendant l'hiver. A la fin de l'au-
» tomne, alors que ces insectes commencent à devenir
» inertes, il en choisit quatre sur sa table un matin à déjeu-
» ner, et les mit sur une poignée de ouate dans le coin de la
» fenêtre le plus rapproché de la cheminée. Peu de temps
» après, 1g froid s'étant fait sentir, toutes les mouches dispa-
» rurent excepté ces quatre qui venaient manger à la table
» pendant le déjeuner, et retournaient ensuite à leur chaude
» couche. Cependant trois d'entre elles finirent par s'engour-
» dir à leur tour ; Slingsby apprit à la quatrième à venir se
» régaler d'un mélange de cassonade et de beurre sur l'ongle
> de son pouce, et malgré plusieurs fortes gelées, elle n'y
B manqua pas une seule fois jusqu'à Noël. Malheureusement
» à cette époque son gardien reçut la visite d'un ami qu'il
» avait invité à venir dîner et passer la nuit chez lui ; celui-
B ci, le lendemain matin à déjeuner, voyant une mouche se
1» poser sur son ongle et ne sachant pas qu'elle était appri-
T> voisée, lui donna une tape qui mit un terme aux expé-
» riences de M. Slingsby *. »
Crustacés.
Les animaux de ce groupe sont certainement doués d'intelligence, et je m'étonne du peu de renseignements que j'ai réussi à me procurer à leur endroit. M. Moseley F. R. S., dans un remarquable ouvrage intitulé Notes dhm Naturaliste à bord du Challençer, s'exprime ainsi :
« Il est d'usage dans les tropiques d'étudier les mœurs » des différentes espèces de crabes, qui y vivent si souvent » à l'air libre. Plus je les ai observés, plus j'ai été émerveillé » de leur sagacité. » (Page 70).
i. (jfleanings (Aoecdoles choisies), vol. 11, pages 165-166.
Et plus loin (pages 48-49) :
« Il y avait une espèce de crabe de roche qui abondait ; » c'était le Grapsus siringosus. On en trouvait partout » sur les rochers; sitôt qu'on approchait, ils couraient » se cacher dans les fentes. Je fus frappé de la vue longue » et perçante de ces animaux; à 50 mètres de distance, » alors que ma tôte seule dépassait les rochers, plusieurs » d'entre eux me découvrirent et s'éloignèrent à toutes » jambes
» Sur la grève sablonneuse et battue par le ressac de Still » Bay, je rencontrai un crabe coureur {Ocypoda ippeus), » qui mesurait bien trois pouces de large sur sa carapace. » Son trou se trouvait dans le sable sec du haut de la grève. » Comme je lui coupais la retraite de ce côté, il .s'enfuit vers » la mer et voyant une forte vague se dresser en talus sur » le rivage, il s'enfonça vigoureusement dans le sable pour » éviter d'être emporté en mer par la vague descendante. » Aussitôt que la vague se fut retirée, il repartit à toute » vitesse vers la grève. Mais j'étais à se§ trousses et je le » forçai à suivre le bord de l'eau. Chaque fois qu'une vague » approchait, il répétait sa manœuvre. A un moment je » réussis à mettre la main sur lui pendant qu'il était enfoncé » dans le sable et aveuglé par l'eau trouble, mais j'hésitai » à le saisir par crainte de ses pinces formidables, et une » vague me fit bientôt reculer. Enfin, harcelé, éperdu il finit » par mal calculer son coup et se trouvant dans le ressac » sans avoir pu se cramponner au sable, il fut emporté par » une vague descendante. Il me parut évident que l'animal » redoutait la mer... Ces crabes périssent très vite lors- » qu'ils sont submergés. »
Pendant les mois de mai et de juin, les crabes de terre des Antilles et de l'Amérique du Nord quittent leurs repaires dans les montagnes, pour aller déposer leur frai dans la mer. Ils cheminent par bandes si nombreuses que les routes et les sentiers dans les bois en sont couverts. Leur trajet se fait toujours en ligne droite, et plutôt que de faire le moindre détour, ils passent par dessus les maisons et les obstacles de toutes sortes qui se trouvent sur leur route (Kirby). C'est la nuit généralement que s'opère l'émigration. Arrivés au bord de la mer, les crabes prennent d'abord trois ou quatre