CRUSTACÉS
bains, puis ils « confient leurs œufs à l'onde » et retournent à leurs montagnes par le chemin déjà suivi, mais il n y a que les plus vigoureux qui résistent aux fatigues de ce double voyage.
Le professeur Alex. Agassiz donne des détails fort intéressants sur la manière dont de jeunes Bernard-rhermite, élevés par lui « dès l'âge le plus tendre », se comportèrent la première fois qu'il leur offrit des coquilles de mollusques. Ces coquilles dont quelques-unes étaient vides, les autres habitées, furent mises dans un bocal où se trouvaient les jeunes crabes. A peine eurent-elles atteint le fond que les crabes coururent à elles, et se mirent à les tourner et les retourner Bientôt deux d'entre eux se décidèrent à risquer l'aventure, et pénétrèrent chacun dans sa coquille avec beaucoup de vivacité. Ceux qui avaient reçu en partage une coquille habitée, continuèrent à circuler autour de l'entrée de leur future habitation jusqu'à la mort du mollusque, mort qui d'habitude ne se fait guère attendre en captivité, puis ils s'occupèrent de l'arracher afin de le manger d'abord et ensuite de prendre sa place *.
M. Bâtes décrit un petit crustacé (Podocerus capillatus)^ qui construit un nid où il dépose ses œufs Ce nid, de forme conique, se compose de fils entrelacés et repose sur des algues, a II sert évidemment, dit M. Bâtes, de refuge à la » mère qui y élève et protège sa famille jusqu'à l'âge de » l'indépendance. »
D'après le docteur Erasme Darwin, qui s'appuie sur le témoignage d'un ami dont les observations lui inspirent une entière confiance, les crabes de l'espèce commune ont soin à l'époque de la mue de poster une sentinelle dont la carapace est encore dure, avec mission d'empêcher leurs ennemis de faire du mal à ceux d'entre eux qui ont mué et sont encore sans défense. En pareille circonstance, la sentinelle déploie un courage bien supérieur à celui du crabe qui ne veille qu'à sa propre défense. Mais ce sont là des observations qui ont besoin d'être confirmées.
Page 415 du volume XV du journal Nature^ il est question d un homard [Homariis mariniis), de l'aquarium de Rothesay
1. Joiêrnai américain des Sciences et des Arts, vol. X, oct. 1875.
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qui attaqua un Flet son compagnon de case, le dévora en partie et enfouit les restes dans un tas de gravier sur lequel il se mit à monter la garde. « Cinq fois dans l'espace de » deux heures, le poisson fut déterré, et cinq fois le homard » le recouvrit de gravier avec ses énormes pinces, mon- » tant ensuite sur le tas et faisant fièrement face aux as- » saillants. »
Voici maintenant un passage de la Descendance de Vhomme de Darwin (page 270-271) :
a Un naturaliste sérieux, M. Gardner, voyant. un crabe du » genre Gelasimits occupé à creuser son repaire, lui jeta » quelques coquillages dont Tun alla rouler dans le trou, » tandis que deux ou trois autres s'arrêtaient à quelques » pouces seulement de l'ouverture. Au bout de cinq minutes » le crabe sortit avec le coquillage qui avait pénétré jusqu'à » lui et l'emporta à une distance d'environ un pied ; puis » voyant que les trois autres étaient si près qu'ils pourraient y> bien à leur tour rouler dans le trou, il alla les déposer » auprès du premier. Je ne vois pas trop en quoi un pareil » acte se distingue des procédés de l'homme guidé par » la raison. »
Darwin fait également allusion aux mœurs curieuses du grand crabe {Birgus latro) qui vit des noix de coco qui tombent à terre ; « il déchire les fibres de l'enveloppe une » à une, en commençant toujours par l'extrémité où se trou- » vent les trois concavités- en forme d'œil, se servant de » ses lourdes pinces de devant comme d'un marteau, il dé- » fonce l'une de ces concavités, puis il se retourne et extrait » le contenu au moyen de ses pinces de derrière qui sont » étroites. »
Il existe des exemples fort curieux de commensalisme entre certains crabes et des anémones de mer, qui indiquent un degré remarquable d'intelligence. Ainsi le professeur Mobius [Beitràge zur Meeresfauna ier Insel Mauriiius, 1880) cite deux genres différents de crabes qui ont l'habitude de tenir une anémone de mer dans chaque pince et de circuler avec elles ; il est permis de croire qu'ils y ont intérêt. Mais l'exemple le plus frappant est celui que rapporté M. Gosse F. R. S. [Zoologist, juin 1859). On sait qu'une espèce d'anémone s'attache aux coquilles habitées par des Bernard l'hermite.