‹ L'intelligence des animauxChapitre 117 sur 122 · INTELLIGENCE DES LARVES · texte numérisé non relu

INTELLIGENCE DES LARVES

M. Gosse raconte qu il avait essayé de détacher une de ces anémones (Adamsia), mais que chaque fois le crabe la saisissait et l'appliquait contre la coquille jusqu'à ce que l'adhérence fût solidement rétablie. Feu le docteur Robert Bail affirmait que si Ton place un Bernard-rhermite auprès d'une anémone commune [Sagarlia parasitica) déjà attachée à une pierre, Tanémone quitte la pierre pour aller se fixer sur la coquille du crabe [Critic, 24 mars 1860.)

De l'lntellïgence des larves chez certains inskctes.

Je vais maintenant citer quelques faits parmi ceux qui mettent le mieux en relief l'état psychologique des insectes à l'état de larve. Au point de vue de la doctrine de l'évolution, le sujet est des plus intéressants, car une chenille n'est en réalité qu'un embryon qui, tout doué qu il soit de la faculté de se mouvoir et de suffire à sa propre nourriture, n'en est pas moins destiné à subir dans la constitution de son intelligence comme dans la conformation de son corps, une métamorphose complète et profonde. Et cependant, malgré le caractère embryonnaire de son intelligence, la chenille manifeste souvent des instincts et mouvements psychologiques des plus complexes et d'un ordre plus élevé que ceux que présente la forme adulte. Ce qui s'explique par l'hypothèse que Tintérét de l'espèce réclame pour la larve un degré d'intelligence supérieur à celui qui suffit à la forme adulte. C'est qu'en efl'et chaque larve est en puissance un individu reproducteur; et, par suite, son existence importe autant à l'espèce que colle de l'adulte. Or, que l'on suppose que tel instinct, tel élément d'intelligence soit de nature à rendre plus de services à la larve qu'à l'adulte, et l'on arrive à concevoir comment, par l'eifet de la sélection naturelle, se produit le phénomène singulier d'un embryon présentant un développement psychologique supérieur à celui de l'adulte.

Je ne saurais mieux faire que de commencer par l'étude des instincts remarquables qui distinguent le fourmi-lion, ou larve du Myrmeleon commun, insecte névroptère. Voici un passage emprunté à Thompson [Passions des Animaux^ page 258) :

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<c Les procédés du fourmi-lion, dit-il, sont encore plus » étonnants. A force de travail et de persévérance , il se » creusé un trou en entonnoir dans quelque endroit sablon- » neux et sec, à l'abri du vent. Puis enfoui dans le sable » au fond de son gîte, et ne laissant voir que ses cornes, il » attend patiemment qu'il se présente une proie. Qu'une » fourmi ou tout autre petit insecte vienne à circuler sur y> le bord du trou, il se produit un petit éboulement de sablé » qui donne l'éveil au fourmi-lion. Aussitôt ce dernier pro- » jette en Tair le sable qui le recouvre de manière à en ac- » câbler sa proie, et la faire rouler en bas sous cette ava- » lanche qu'il reproduit jusqu'à ce que la victime se trouve » logée entre ses cornes. En vain cherche-t-elle à échapper » une fois qu'elle a eu l'Imprudence de s'aventurer en deçà » du bord ; à chaque effort qu'elle fait pour remonter, le » sable lui manque sous les pieds et l'entraîne plus bas en- » core. Lorsqu'elle arrive à portée du fourmi-lion celui-ci » lui plonge dans le corps les pointes de ses mâchoires, ab- » sorbe tout son suc animal et la rejette au loin à l'état de » peau vide. »

Suivant Bingley, lorsque le fourmi-lion rencontre une pierre d'une certaine grosseur en creusant son trou, il continue son ouvrage quand môme, sans s'occuper d'un obstacle dont il se débarrassera plus tard :

« Quand le trou est fini, il grimpe à reculons le long de la » paroi où se trouve logée la pierre, introduit son abdomen » sous le caillou, et après eu avoir bien assuré l'équilibre, le » hisse toujours à reculons jusqu'au bord du trou où il s'en » débarrasse. Il n'est pas rare de voir un fourmi-lion aux » prises avec une pierre quatre fois grosse comme lui, et » comme il ne peut avancer qu'à reculons, au milieu de toutes T> sortes de difficultés pour maintenir l'équilibre de son far- » deau sur un terrain friable et en pente qui nécessite des » changements continuels de position, le caillou ne se fait pas » faute de rouler en bas, quelquefois jusqu'au fond après avoir » été hissé presqu'au bord du trou. En pareil cas, l'animal » revient à la charge, souvent jusqu'à cinq ou six fois, et » finit à force de persévérance. par parvenir jusqu'au sommet. » Mais il n'a garde de laisser le caillou là ; il pourrait dégrin- » goler de nouveau, et pour parer à ce danger l'insecte a soin

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» de le repousser à une distance suffisante du bord de son » trou*. »

Passant maintenant aux chenilles, je cite tout d*abord lo témoignage de M. G. B. Buckton F. R. S., qui rapporte le fait suivant observé par lui à Haslemere :

a Cet automne , dit-il , nombre de chenilles de Pieris » rapœ avaient trouvé à se nourrir sous ma fenêtre. Neuf » ou dix d'entre elles, en quête d'un endroit convenable pour » s'y transformer en chrysalides, rencontrèrent au cours de » leur ascension les vitres de glace de ma fenêtre. Ne pou- » vant s'y cramponner, elles se confectionnèrent des échelles 1» de soie, dont quelques-unes avaient jusqu'à cinq pieds de » long, et qui, toutes, consistaient en un seul fil formant des » échelons au moyen d'élégants festons ... Il n'y en avait pas » moins évidence d'une perception fort restreinte, car l'une » des échelles s'élevait de près de trois pieds parallèlement » à un montant de la croisée, alors qu'une simple dévia- » tion de deux pouces aurait mis l'animal à même de che- » miner sur la boiserie •. »

Voilà un cas qui révèle clairement de l'instinct et non de l'intelligence. Cette manière de surmonter les obstacles résulte sans doute d'une habitude congénitale des chenilles; mais il y a là un instinct qui méritait d'être mentionné.

Kirby et Spence citent, d'après Bonnet, une chenille que l'on avait enfermée dans une boîte et qui ne pouvant se procurer récorce que son instinct lui indiquait pour fabriquer son cocon, y substitua des morceaux de papier qu'on lui fournit, les rassembla avec de la soie, et réussit à confectionner un cocon très présentable.

Le même naturaliste raconte qu'une autre fois « ayant ou- » vert plusieurs cocons, tout frais achevés d'une noctuelle » du bouillon-blanc [N. verbasci), cocons consistant en un » mélange de terre et de soie, les larves s'y prirent de diffé- » rentes manières pour réparer l'avarie. Les unes furent » fidèles au mélange primitif; les autres se contentèrent de » tisser un voile de soie au travers de l'ouverture ^ »

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