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XX PRÉFACE

simples. Ces variations paraissent résulter des mêmes causes inconnues qui, occasionnant de légères variations ou des différences individuelles sur les autres parties du corps, agissent de même sur Torganisation cérébrale, et déterminent des changements que, dans notre ignorance, nous considérons comme spontanés. Je ne l crois pas que nous puissions arriver à une autre conclusion sur Torigine des instincts les plus complexes, lorsque nous songeons à ceux des Fourmis ou des ouvrières stériles, instincts d'autant plus remarquables que les individus qui les possèdent ne laissent point de descendants pour hériter des effets de Texpérience et des habitudes modifiées. »

Dans cette voie s'engage aussi, en Télargissant, un naturaliste illustre, qui a conservé, jusqu'à la fin de sa longue vie, une hauteur de vues et une souplesse d'esprit merveilleuses, M. Henri Milne-Edwards. Les pages qu'il a consacrées aux fonctions mentales, dans ses Leçons sur la physiologie et Canatomie comparée de V homme et des animaux, ont été publiées quand il avait déjà dépassé quatre-vingts ans ; eUes sont, non seulement en avance sur tout ce qui avait été écrit auparavant, mais aujourd'hui, même après sept ans écoulés, après l'effort considérable de ces dernières années, elles demeurent éminemment suggestives et constituent la base la plus solide pour les progrès ultérieurs.

Henri Milne-Edwards établit d'abord que la psychologie est une branche de la physiologie ; il distingue les impressions simples de celles qui sont perçues par le moi, la conscience, Yâms; il prend soin de faire observer qu'il n'emploie pas ce dernier mot pour désigner « le principe immatériel et immortel, que presque tous les hommes croient instinctivement exister en eux, mais pour exprimer l'ensemble des facultés intellectuelles et morales*. » Le siège de la perception consciente est dans le cerveau chez l'Homme et les Mammifères, mais il peut déjà s'étendre à la moelle épinière chez les Oiseaux, à l'ensemble des centres nerveux chez les animaux moins parfaits et se diffuser dans le corps tout entier chez ceux dont le système nerveux n'est pas condensé en nerfs et ganglions comme l'Hydre d'eau douce ; tous ces êtres présentent au moins des rudiments de facultés mentales. Aucune des principale? de ces facultés n'appartient uniquement à l'espèce humaine ; leur

1. H. Milne-Edwards, Leçons sur la physiologie et Vanatomie comparée des animaux, l. XIII, p. 366.

LÉVOLUTION iMEiNTALE XXI

intelligence est de même nature que la nôtre et M. Milne-Edwards ajoute même ^ : « la science ne montre pas entre les opérations de Tentendement chez l'Homme et chez certaines bêtes de différences assez radicales pour me permettre d'affirmer, que Tàme de ces dernières est d'une nature différente de celle de Tàme humaine. » Chez l'Homme, comme chez les animaux aux facultés intellectuelles, aux facultés de l'entendement, dont les opérations s'accompagnent de conscience, viennent s'ajouter les facultés instinctives dont les opérations sont inconscientes. M. Edwards définit l'm^tinct « une disposition mentale qui rend divers animaux aptes à accomplir certains actes sans avoir appris à les faire, sans que l'entendement puisse les guider dans les opérations, sans qu'ils en aient les données indispensables*. » Après avoir cité de nombreuses preuves de l'existence d'une intelligence relativement développée chez les Singes, les Chiens, le Loup, le Renard, l'Éléphant, les Ruminants, les Rongeurs, les Oiseaux, les Abeilles, M. H. Milne- Edwards va chercher les premiers rudiments de ces facultés chez des êtres aussi inférieurs que les Bryozoaires ; il montre les Huitres susceptibles d'une certaine éducation ; presque tous les animaux sollicités par le sentiment du besoin, le désir de se mouvoir, la curiosité, et arrivant par la répétition fréquente d'actes, même compliqués, à accomplir ces actes avec une telle facilité, une telle promptitude, qu'ils les exécutent presque instantanément sous l'action du stimulant qui les provoque d'ordinaire et sans que l'esprit en ait conscience. Ainsi, par Vhahitude, des actes primitivement intentionnels se transforment en actes automatiques. Cette transformation est plus ou moins facile suivant les individus. Dans quelques cas elle est si facile que l'individu semble posséder des aptittcdes inyiies que rien ne distingue des aptitudes acquises par un travail plus ou moins prolongé. Les unes et les autres peuvent être transmises par l'hérédité, et M. Milne-Edwards partage avec Darwin l'opinion que « dans beaucoup de cas les instincts réputés primordiaux et inhérents à la nature spécifique de l'animal sont en réalité des propriétés acquises par l'effet de l'habitude, transmises héréditairement et enracinées ainsi que développées par le fait de la répétition « » ; que d'ailleurs elles peuvent naître aussi de l'imitation, ou même avoir pour origine de simples tics, n'ayant

1. Leçont sur la physiologie et Vanatomie comparée, t. XIJI, p. 428,

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