‹ L'intelligence des animauxChapitre 21 sur 122 · XXXI 1 PRÉFACE · texte numérisé non relu

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aller contre les données les plus certaines de la Géologie. Or si la séparation des générations successives d'Insectes ne s est faite que graduellement , on comprend que ces animaux puissent agir de nos jours comme s'il leur était permis de connaître la génération à laquelle ils donnent naissance. En effet, tous les Insectes dont les instincts avaient acquis^ par des modifications d'abord intelligentes, un certain degré de développement avant l'apparition des hivers rigoureux, ont dû les conserver lorsque la mauvaise saison a amené un hiatus entre deux générations con* sécutives.

11 semble plus difficile d'expliquer comment un Spbège, une Scolie peuvent en être arrivés à paralyser, à coups d'aiguillon dans les ganglions du système nerveux, les proies qu'ils destinent À eur progéniture : c'est là l'instinct que M. Romanes trouve le plus merveilleux, et il renonce presque à découvrir son mode d'évo*uiion. Il est encore évident qu'un pareil instinct serait miraculeux si l'Hyménoptère avait toujours procédé comme il le fait aujourd'hui, s'il avait dû toujours ne fournir à sa progéniture inconnue qu'une seule larve, et la lui fournir, comme il le fait, inerte mais vivante.

Mais le miracle n'existe que si l'on admet : P que l'Insecte ancestral n'a jamais assez vécu pour surveiller l'éducation de sa progéniture ; — 2® qu'il ne Ta même jamais connue; — 'S^ qu'il n'a jamais pu se rendre compte des efiets de sa piqûre en tel ou tel point du corps de sa proie; — 4"^ que son intelligence n'est jamais intervenue là où s'arrête son instinct. Ce sont là, il faut bien le dire, de simples hypothèses parfaitement dénuées de fondement, et qu'on n'a pas le droit d'opposer aux hypothèses contraires grâce auxquelles on peut ramener le développement de l'instinct des Scolies et des Sphèges à la formule ordinaire. Il y a plus : les observations de M. Fabre lui-même permettent de se rendre compte de la voie qu'a pu suivre l'instinct de ces animaux pour arriver à sa forme actuelle. Nous avons déjà fait observer que lorsqu'un ayiimal, appartenant à un groupe donné présente un instinct exceptionnellement compliqua, un instinct analogus existe à un état plus ou moins rudimentaire chez la plupart des animaux du même groupe. Par exemple, tous les Rongeurs voisins du Castor se creusent une habitation ; la Courtilière fouit comme la Taupe, elle est voisine du Grillon qui se borne à se creuser un terrier ; certaines larves de Fourmilions sont simplement fouisseuses tan-

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dis que d'autres se creusent savamment un entonnoir ; tous les Coucous, tous les Molothrus ne sont pas parasites. On pourrait allonger indéfiniment la liste de ces faits qui semblent témoigner en faveur du développement graduel des instincts chez des animaux parents.

Or, toutes les gradations possibles se trouvent dans les instincts des Hyménoptères déprédateurs. Le PoUstes gaUicm soigne lui même ses larves et leur donne la becquée ; il les nourrit de Diptères qu'il mâchonne avant de les leur offrir. Les Guêpes, les Frelons en font autant ; les premières s'attaquent aux Eristalis, les seconds aux Abeilles. Les Bemlex nourrissent aussi leurs petits au jour le jour, mais se bornent à leur apporter des animaux morts, de plus en plus grands, à mesure que l'appétit des larves augmente. L'Eumène pomiforme et l'Odynère approvisionnent leur nid d'un certain nombre de chenilles : cinq pour les œufs mâles ; dix pour les œufs femelles. Ils se bornent à paralyser in- . complètement les chenilles, en les frappant de leur aiguillon, à une place encore indéterminée. Les Ammophiles se contentent de n'importe quelle chenille ; l'Ammophile hérissée paralyse sa proie en la frappant d'un coup d'aiguillon à la face ventrale de chaque anneau ; beaucoup d'autres espèces du même genre ne frappent qu'un coup d'aiguillon dans l'un des deux anneaux qui ne porte pas de pattes ; les Sphèges, les Cerceris, les Tachytes ne frappent aussi, en général, qu'un seul coup d'aiguillon dans l'incisure du prothorax et du mésothorax de leur proie ; de même que l'Ammophile hérissée, ils mâchonnent en outre le cerveau ; les Scolies approvisionnent leurs nids de larves de Lamellicornes dont le système nerveux est centralisé en une courte chaîne tout entière contenue dans les anneaux antérieurs ; elles paralysent ces larves d'un seul coup d'aiguillon dans cette chaîne. Les Pompiles s'adressent aux Araignées que, pour une raison analogue, ils peuvent paralyser d'un seul coup d'aiguillon.

Voilà bien évidemment une gradation aussi complète que pos* sible. Imaginez que dans le cours de sa vie, le même animal procède successivement de ces diverses façons, vous n'hésiterez pas à dire qu'il s'est instruit par l'expérience. Or, tout ce que nous savons de l'instinct nous montre que la principale différence entre l'intelligence et lui, c'est que l'éducation, d'où il résulte, porte sur un grand nombre de générations au lieu de porter sur la durée de la vie d'un seul et même individu, et Ion ne voit pas pourquoi ces

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phase?) de plas en plos parfaites de Tinstirnct que Ton observe dans une série d'Hyménoptères au demeurant voisins, ne se seraient pas succédé dans la ]igrnée qui a conduit des Hyménoptères des temps secondaires à nos Sphégiens actuels et à nos Coolies. Remarquons, d'ailleurs, que les Guêpes, les Polistes, les Bembex, les Philanthes, les Gerceris, les Sphèges, les Ammophiles forment une série dans laquelle des caractères secondaires sont seuls modifiés, les caractères fondamentaux demeurant les mêmes ; dans laquelle les Ammophiles et les Sphex, dont le corps a une foiine si singu.lière et dont les instincts sont si remarquables, se trouvent reliés par une foule d'intermédiaires aux Guêpes ordinaires dont la forme est commune à tant d'Hyménoptères et les instincts déprédateurs si simples. Il sufdt pour faire rentrer la théorie de Tinstinct de ces animaux dans la théorie générale d'admettre que leur instinct s est développé parallèlement à la forme de leurs corps durant la longue période de temps où il n'y avait pas sur la terre d'hiver assez rigoureux pour faire disparaître d'un coup tous les Insectes.

Nous observons la même gradation dans le choix des provisions destinées aux larves, depuis le cas où l'insecte est à peu près indifférent jusqu'à celui où il s'arrête à une proie d'une espèce déterminée, toujours la même et n'en change jamais. Le Bembex Juin apporte d'abord à ses larves à peu près n'importe quels Diptères avoisinant la taille de la Mouche commune ; il s'adresse ensuite à des Diptères plus gros. Les Bembex oculata et tarsata choisissent d'abord une Sphœrophoria scripta ; puis varient leur gibier ; mais dans les provisions du premier dominent les Stomoxys càlcitranSj dans celles du second les Bombyles et les Anthrax. Les Bembex rostrata et tarsata , une fois la première proie consommée, se spécialisent absolument et ne fournissent plus à leurs larves que des Taons. La plupart des Gerceris capturent n'importe quels Buprestes ou n'importe quels Charançons en rapport avec leur taille ; mais le Gerceris quadricincia a déjà une préférence marquée pour YAfion gravidum^ et le Gerceris tuberculata, devenu tout à fait exclusif, ne recherche, sauf de très rares exceptions, que le Gleonus ophthalmicus. Le Solenius vagus s'empare de nombreux Diptères appartenant aux genres Sphcerophoria, Sctrcovhaga, Syrphus, Melanophora, Paragus ; mfiis il a une prédilection pour la Syritta pipiens. Le Solenius fuseipennk est un chasseur A^'Erystalis tenax et à'ffélophilus penduJm ; le Sownitm lapidarius ne chasse que des Araignées. Nous arrivons ainsi peu à peu à des

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spécialistes 'irbsolus comme le Spkex flampennis et les Tmhytus nigra qui noifrrissent leurs larves de Grillons, les Sphex alUseda et afra, les Taëhytus Parkeri et ictrsina qui les nourrissent de Criquets, le Sphest eceitania, d*Éphippig^pes ; le Tmhyttts manUcida, de Mantes; le Taehyhts anaihema, deCourtilières. Presque dans chaque famille on trouve des gradations semblables. Les mêmes faits se répètent pour les logements. ^Les Osmies en sont un exemple frappant. L'^&sfma tridentaia se creuse elle-même un nid dans la Ronce sèche ou THyèhle ; la plupart des autres s'épargnent tout travail et s'emparent de nids tout faits. VOsmia eyanea aménage pour sa progéniture les galeries pratiquées par d'autres insectes dans le bois mort, les tunnels que creusent les Colletés dans les talus, les nids abandonnés des Chalicodomes des galets. VOsmia Morawitzi a, tout au moins, une préférence pour ces dernières constructions qu'adopte définitivement VOsmiacyanoxantha. l)e ces nids, d'autres espèces passent à des coquilles d'escargots : VOsmia auruhrita nidifie dans les coquilles de l'Hélice chagrinée et de l'Hélice des gazons, VOsmia rufo-hirtaj dans les coquilles de l'Hélice des gazons et l'Hélice némorale ; VOsmia andrenoides adopte définitivement les coquilles de l'Hélice chagrinée et VOsmia versicolor, celles de l'Hélice némorale, tandis que VOsmia viridana, plus petite, s'établit dans le Bulime radié. 11 n'est pas sans intérêt de rapprocher cette gradation de celle qu'a signalée M. Alphonse Milne-Edwards, dans une classe toute différente, la classe des Crustacés, et qui permet de s'élever graduellement des Callianasses et des PylochéleSj animaux fouisseurs, aux Pagures ou Bernards> l'Hermite qui se logent dans des coquilles, et dont les instincts se modifient si singulièrement dans les grands fonds de la mer * . A un autre point de vue, nous avons fait ressortir l'importance de l'existence de gradations semblables dans les sociétés d'Hjménoptères*.

L'histoire des Abeilles soulève, en efiet, une difficulté nouvelle. Dans leurs communautés, les plus merveilleux instincts sont ceux des ouvrières qui ne se reproduisent pas et tiennent elles-mêmes leurs facultés et leurs caractères spéciaux d'une mère, la reine, qui ne les possède pas. Darwin a essayé de lever cette objection à

1 . Nous avons eu occasion d'insister sur l'importance théorique <ies modifications grailueUes de rinstinct dans une même famille, au cours de notre ouvrage Les Explorations sous-marinet»^ paffes 199 et 299.

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