‹ L'intelligence des animauxChapitre 22 sur 122 · XXXVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXVI PRÉFACE

la théorie en faisant appel à une série de considérations fort intéressantes. Pour lui, la plupart des instincts résultent d'un mode spécial d'organisation du cerveau atîcidentellement apparu, sous Faction de causes inconnues, et fixé par une sélection naturelle. Leur explication doit donc être la môme que celle de tous les caractères extérieurs qui distinguent les neutres des mâles et des femelles, et qui distinguent entre elles les diverses castes des neutres. Or, on peut appliquer à la conservation de tous les caractères la formule explicative de la sélection naturelle, à la seule condition d'admettre que la sélection a porté non plus sur les individus mais sur les sociétés, dans lesquelles les femelles seraient devenues aptes à pondre des œufs, capables eux-mêmes de former les diverses sortes d'individus associés. On peut faire à cette explication le reproche que comportent toutes celles qui ne font intervenir que la sélection naturelle. Elle nous montre bien comment des caractères acquis peuvent être conservés et exagérés ; mais elle nous laisse dans l'ignorance la plus absolue des causes qui ont pu faire apparaître ces caractères, et il est bien difficile de se déclarer satisfait tant qu'on n'a pas entrevu, pour le moins, quelques-unes de ces causes. Il semble qu'on se rapproche davantage du but à atteindre en appliquant aux Insectes sociaux la méthode d'explication dont nous nous sommes servi à l'égard des instincts des Hyménoptères solitaires. Cette méthode qui a pour elle l'avantage de s'appuyer sur des faits constatés, consiste à comparer entre eux les instincts des Insectes appartenant à un même groupe zoologique, et à rechercher s'il n'est pas possible de former une sorte d'échelle ascendante s'élevant par degrés insensibles depuis les cas les plus simples , ceux qui ne présentent aucune difficulté sérieuse d'explication , jusqu'aux plus compliqués. S'il est possible de dresser une pareille échelle, sans sortir d'un groupe restreint, il y a tout lieu de penser que cette échelle représente les divers degrés par lesquels ont passé les instincts les plus complexes pour arriver à leur forme actuelle, et il n'y a plus qu'à se demander si la cause de perfectionnement, suffisante pour les cas ordinaires, peut s'être exercée dans le cas que l'on considère, si l'intelligence notamment a pu intervenir pour modifier l'instinct et le perfectionner. En ce qui concerne les Insectes sociaux, M. Romanes ne croit pas à la possibilité de l'intervention de l'intelligence dans le perfectionnement des instincts parce que, dit-il, les ouvrières tant chez les Abeilles que

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