L'ÉVOLUTION MENTALE XXXVII
chez les Fourmis sont stériles * . Mais cette difficulté n'existe — il est encore essentiel de le remarquer, — que si Ton admet que les reines ont toujours été inhabiles à construire des cellules, et que les neutres, simples femelles avortées, n'ont pu, en conséquence, tenir de leur mère la base de leur science instinctive. Or notre échelle des instincts chez les Hyménoptères mellifères nous montre que tel n'est pas le cas. Que Ton étudie le magnifique ouvrage consacré par M Em. Blanchard à l'étude des Métamorphoses, mœurs et instincts des Insectes, on y trouvera toutes les étapes de cette intéressante série. Les Osmies, les Mégachiles, les Anthocopes, les Xylocopes, les Anthophores, les Dasypodes, les Andrènes, les Colletés sont solitaires et chaque femelle est à la fois architecte et productrice du miel ; les femelles des Bourdons posent toujours les fondements du nid ; ce n'est que plus tard qu'elles sont aidées par leurs filles infécondes qui jouent le rôle d'ouvrières, sans cesser, pour cela, de travailler elles-mêmes en certaines circonstances ; chez les Mélipones il paraît probable que plusieurs femelles habitent la même ruche, et ces femelles difi(èrent à peine des ouvrières ; enfin, chez nos Abeilles, la division du travail et le polymorphisme atteignent le plus haut degré ; la femelle vivant isolée au milieu de son peuple d'ouvrières dont elle se distingue par de multiples caractères. Les Guêpes nous fourniraient une série parallèle quoique s'élevant moins haut et se déyeloppant daus un plus grand nombre de directions différentes. Il n'y a, d'après cela, rien que de très naturel à admettre que, dans les premières sociétés d'Hyménoptères, toutes les femelles étaient à la fois pondeuses, nourrices et ouvrières, et que pendant cette période l'instinct de construction a pu atteindre à un degré assez élevé. Or pendant toute cette première période, Tintelligence a pu intervenir de la façon ordinaire pour perfectionner l'instinct que toutes les femelles ont conservé l'aptitude à transmettre dans son état définitif. Nous savons, d'autre part, que l'avortement des organes reproducteurs qui transforme les femelles en ouvrières est dû simplement aux conditions dans lesquelles s'accomplit le développement, à la façon dont les larves sont nourries et logées. Il n'y a rien d'étonnant à ce que la nourriture qui altère si profondément dans un cas les organes reproducteurs, influe dans l'autre sur les dispositions cérébrales, ou tout au moins ne finisse