‹ L'intelligence des animauxChapitre 27 sur 122 · L'AUTOMATISME ANIMAL · texte numérisé non relu

L'AUTOMATISME ANIMAL

des aliments ; il n'y a rien là d'intellectuel, dira-t-6n ; toute la série de faits qui se trouve comprise dans les excitations et les mouvements musculaires, peut s'attribuer uniquement à l'action réflexe. Oui, mais imaginons qu'à la suite d'un certain nombre de leçons, ce chien ait appris à ne manger un morceau de viande quand il a faim, qu'à un signal donné, nous serons amenés à conclure qu'il agit sous l'influence d'une conception intellectuelle dont l'évidence est précisément la même que chez l'homme *.

Or, à mesure que nous descendons l'échelle du règne animal, l'action réflexe ou adaption machinale, l'emporte de plus en plus sur l'action voulue ou adaption mentale ; en d'autres mots, la faculté de modifier les mouvements adoptés selon les circonstances diminue, les animaux deviennent moins susceptibles d'éducation, et moins capables d'associer des idées. Ce qui s'explique naturellement par le fait que les idées, ces unités intellectuelles, se raréfient et perdent leurs contours d^échelons en échelons en descendant dans l'ordre moral.

L'analyse des opérations de l'esprit n'entre pas dans le cadre de cet ouvrage, d'autant mieux qu'elle sera traitée à fond dans mon prochain traité. Il n'en est pas moins nécessaire de parler brièvement des principales divisions du fonctionnement intellectuel, afin d'établir clairement le sens que j'attacherai à certaines expressions qui s'y rapportent et dont je ne puis me passer.

Je n'ai pas à m'occuper ici de ce qiie l'on entend par sensation, perception, émotion et volilion. Je me servirai de ces mots dans le sens qui leur est ordinaire en psychologie ; plus tard sans doute, j'aurai à analyser les états organiques ou intellectuels qu'ils représentent, mais ce n'est point l'affaire de ce volume. Toutefois, il est une remarque générale qu'il est bon de mentionner parce que j'en ferai ma gouverne. Les manifestations externes une fois admises comme témoignage d'opérations mentales chez les animaux, il s'en suit que nous devons appliquer partout le même critérium.

i. On pourrait dire sans doute que si la conception est là, au moins son influence n'est-elle pas prouvée ; mais c'est là une considération qui concerne l'étude des rappoits de l'âme et du corps et qui est étrangère à la question de la légitimité de la conclusion à l'existence de lame dans certains cas.

Je m'explique. Lorsqu'un chien ou un singe se livre à des expressions évidentes d'affection, de sympathie, de rage, de jalousie, etc., il est peu de gens, assez sceptiques, pour nier que Tanalogie complète entre ces expressions chez ranimai et chez Thomme démontre Texistence de mouvements de rame analogues chez Tun et chez Tautre. Mais, lorsqu'une fourmi ou une abeille semblent manifester les mêmes émotions, rinclination générale est de douter de la valeur des signes externes comme preuve de mouvements de Tâme correspondants. L'organisation de ces êtres diffère si entièrement de celle de Thomme, que Ton se demande jusqu'à quel point on peut se guider par l'analogie pour conclure des manifestations de l'insecte à un fonctionnement intellectuel — d'autant plus que, sous bien des rapports, entre autres la prépondérance de 1' « instinct » sur la « raison », la psychologie d'un insecte diffère d'une manière patente de celle de l'homme. Or, il est certain que la valeur de l'analogie a pour mesure le degré de similarité, et, par conséquent, lorsque nous concluons à un sentiment de sympathie ou de rage de la part d'une abeille ou d'une fourmi, notre induction est plus risquée que lorsqu'il s'agit d'un singe ou d'un chien. Mais enfin elle a sa valeur, quand ce ne serait que parce qu'elle est la seule possible.

En effet, étant donnée l'expression apparente de la sympathie ou de la rage chez une fourmi ou une abeille, il nous faut ou en conclure à un état psychologique semblable à celui de la sympathie ou de la rage, ou bien renoncer une fois pour toutes à élucider la question ; le résultat de nos observations ne se prêtant pas à d'autres inductions. C'est pourquoi, tout en tenant compte de sa décroissance constante à mesure que nous descendons l'échelle du monde animal, j'aurai dans chaque série recours à l'analogie psychologique entre l'homme et les bêtes, puisqu'aussi bien le choix n'existe pas.

Il faut cependant bien reconnaître qu'à mesure que l'analogie devient moins frappante, on se sent de moins en moins assuré de la similarité des états intellectuels, et lorsqu'on en vient aux insectes, la seule affirmation, à mon avis, que l'on puisse faire en toute confiance, c'est que les données de la psychologie humaine fournissent le modèle le plus convenable pour établir des probabilités psychologiques chez l'insecte. De

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