YIH PRÉFACE
sa méthode, George S. Romanes. Notre but, dans cette préface, est d'indiquer les phases successives par lesquelles ont passé les idées des naturalistes et des philosophes relativement aux facultés psychiques des animaux, d*exposer les conséquences que Romanes a tiré de ses propres recherches, conséquences qu'il a développées dans un autre ouvrage, L'évolution mentale des animaux ^^ de faire ressortir ce que les idées actuelles ont de définitif, et de préciser la part bien large qu'elles laissent encore à l'inconnu.
La croyance que les animaux sont dépourvus d'intelligence est beaucoup plus récente qu'on ne le suppose d'ordinaire. Chez toutes les peuplades sauvages ou à demi civilisées, pendant toute l'antiquité et le moyen âge, les animaux sont traités avec beaucoup plus d'égards que de nos jours ; il n'est pas rare de leur voir attribuar une perspicacité qui manque à l'homme ; des tribunaux se sont même occupés de leurs méfaits, et n'ont pas hésité à condamner jusqu'à des chenilles, commodes êtres responsables. L*idée contraire que les animaux et le corps humain lui-même, abstraction faite de l'âme, ne sont que des machines mues par les esprits animaux, trouve sa plus complète expression dans Descartes.
« Ceux qui, sachant combien de divers automates ou machines mouvantes Tindustrie de l'homme peut faire, sans y employer que foi't peu de peine, à comparaison de là multitude des os, des muscles, des nerfe, des artères, des veines et de toutes les autres parties qui sont dans le corps de l'animal, considéreront ce corps comme une machine qui ayant été faite des mains de Dieu, est incomparablement mieux ordonnée et a en soi des mouvements plus admirables qu*aucune de celles qui peuvent être inventées par les hommes. . . S'il y avait de telles machines qui eussent les organes et la figure extérieure d'un singe ou de quelque autre animal sans raison, nous n'aurions aucun moyen de reconnaître qu'elles ne seraient pas en tout de même nature que ces animaux ; au lieu que s'il y en avait qui eussent la ressemblance de nos corps, et imitassent autant nos actions que moralement il serait possible, nous aurions toujours deux moyens très certains pour reconnaître qu'elles ne sont pas pour cela de vrais hommes ; dont le premier est qu'elles no pourraient user de paroles et d'autres signes en les composant comme nous faisons pour déclarer aux autres nos pensées. Et le second est que, bien qu'elles fissent plusieurs choses aussi bien ou
1. Traduction française par H. de Varigny ; Reinwald, éditeur, 1884,