L'ÉVOLUTION MENTALE IX
peut-être mieux que nous, elles manqueraient infailliblement en quelques autres par lesquelles on découvrirait qu'elles n'agiraient pas par connaissance, mais seulement par la disposition de leurs organes * . »
Buffon suit Descartes dans une certaine mesure. Pour lui aussi, il y a dans THômme deux êtres, Tun matériel, Tautre immatériel, deux principes différents par leur nature et contraires par leur action. « L'âme, ajoute Buffon, ce principe spirituel, ce principe de toute connaissance, est toiyours en opposition avec cet autre principe animal et purement matériel : le premier est une lumière pure qu'accompagnent le calme et la sérénité, une source salutaire dont émanent la science, la raison, la sagesse ; lautre est une fausse lueur qui ne brille que par la tempête et dans l'obscurité, un torrent impétueux qui roule et entraine à sa suite la passion et les erreurs. . . C'est parce que la nature de l'Homme est composée de deux principes opposés, qu'il a tant de peine à se concilier avec lui-même ; c'est de là que viennent son inconstance, son irrésolution, ses ennuis. Les animaux, au contraire, dont la nature est simple et purement matérielle, ne ressentent ni combats inté* rieurs, ni opposition, ni trouble ; ils n'ont ni nos regrets, ni nos remords, ni nos espérances, ni nos craintes. »
Cependant les animaux peuvent présenter l'apparence de toutes nos passions et a n'est-il pas convenu que toute passion est une émotion de l'Ame?. . . Je ne sais, répond Buffon, mais il me semble que tout ce qui commande à l'âme est hors d'elle ; il me semble que le principe de la connaissance n'est point celui du sentiment ; ii me semble que le germe de nos passions est dans nos appétits, que les illusions viennent de nos sens, et résident dans notre sens intérieur matériel ; que d'abord l'âme n'y a de part que par son silence; que quand elle s'y prête, elle est subjuguée, et pervertie quand elle s'y complaît. Distinguons donc dans les passions de l'homme le physique et le tnoral. . . . »Les animaux ne présentent des passions que le côté physique : ils sont dépourvus d'entendement, d'esprit et de mémoire ; ils sont privés de toute intelligence ; toutes leurs facultés dépendent de leurs sens, ils sont bornés à Texamen et à l'expérience du sentiment seul. Cependant mille observations portant les unes sur les Vertébrés, les autres, celles de
1. Descartes, Disconrt de la méthode, cinquième partie : Ordre des questions de physique.