ODORAT
lampe. L'échelle des préférences pour les différentes couleurs suivrait-elle chez ces fourmis un ordre inverse ?
En ce qui concerne l'ouïe, Sir John Lubbock a constaté que le son ne produit aucun effet sur ces insectes. Les vibrations d'un diapason ou d'une corde à violon, la voix humaine, les coups de sifflet, etc..., tout leur est indifférent, et les expériences que l'on a faites avec des flarnmes sensibles, avec le microphone, le téléphone, etc., pour (^couvrir, s'ils, émettaient eux-mêmes des -sons inappréciables à l'oreille humaine, n'ont rien démontré.
Enfin, quant à rodoi*ftt, Sir John Lubbock avait imaginé de placer un pinceau saturé de différentes essences à proximité du parcours des fourmis, et voici ce qu'il remarqua : « Les unes » passaient sans broncher, les autres s'apercevant de l'odeur, » s'arrêtaient et rebroussaient chemin. Mais bientôt, elles » revenaient et passaient outre. Après une ou deux répéti- » tions de ce manège, l'indifférence leur semblait le plus » souvent acquise. Cette expérience me parut convaincante. » Dans d'autres occasions, il arriva aux fourmis d'hésiter et de renverser leurs antennes à l'approche du pinceau.
Huber reconnut, il y a longtemps, que les fourmis se suivent à la piste et parviennent ainsi aux provisions que d'autres ont découvertes. Pour le démontrer, il croisa du doigt une piste. Arrivés à la solution de continuité, ainsi produite, les fourmis se troublaient, couraient en tous sens jusqu'à ce qu'elles eussent retrouvé la piste de l'autre côté ; après quoi elles continuaient leur route. Les observations d'îluber ont du reste leur confirmation dans les expériences [ ^ nombreuses et méthodiques de Sir John Lubbock; j'en citerai une ou deux. Imaginons un nid A, une planchette B, des bandes de papier nfff, enfin deux plaques de verre identiques, dont l'une h est chargée de chrysalides et l'autre m est libre (fig. 1). Deux fourmis sorties du nid sont allées jusqu'à h et en sont revenues char- AA gées ; on les a marquées. Cela fait, chaque fois
^^y? qu'une fourmi passait de A en B, s: r John Lub- ^ 1 — J CIIî:: bock changeait les bandes f et g de place, de JFig- 1- manière à ce qu'à l'embranchement elle eût à choisir entre la piste conduisant au plateau vide et la bande g
conduisant aux chrysalides h. Les deux fourmis marquées, fortes de leur expérience, ne se trompaient jamais de direction ; les autres , sans autre guide que la piste , prenaient pour la plupart le chemin du plateau vide. Sur cent cinquante, il n'y en eut que vingt et une à se rendre au plateau h. L'exception prouve d'ailleurs, dans ce cas, que les fourmis peuvent, jusqu'à un certain point, se guider par la vue. C'est l'opinion de Sir John Lubbock qui déclare que les fourmis en quête de nourriture se guident tantôt par la vue, tantôt par l'odorat.
Fis. 2.
Mais c'est à l'odorat qu'elles se fient de préférence, comme le prouve l'expérience suiva^nte. Ayant relié un plateau à un nid au moyen d'une bande de carton (la partie noire du croquis, fig. 2, représente le plateau et la ligne 1, 2, 3, le bord de l'extrémité de la bande), il fixa en A, perpendiculairement au plateau un crayon chargé de chrysalides par le bout. Puis ayant marqué une fourmi, il la mit au sommet du crayon.
EXl ÉRIOLES Sun L'UDOHAT
Quand elle eût fait deux voyages, dont les pistes sont représentées par deux grosses lignes blanches, il profita du moment où elle se trouvait dans le nid pour déplacer le crayon et le mettre en B. La fourmi en lut complètement désorientée et le labyrinthe tracé sur la figure représente le trajet qu'elle fit dans ses efforts pour retrouver le crayon, « Ce n'étaiont qu'allées et venues autour de Tendroit qu'oc- » cupait premièrement le crayon. Revenant sur ses pas, elle » explorait de droite et de gauche entre le nid et le point A » et ce ne fut qu'après maints essais et comme par hasard » qu'elle finit par retrouver en B ce qu'elle cherchait. » Il est donc évident que ce n'était pas par la vue qu'elle se guidait.
Voici un autre exemple : « Une planche d'environ 20 i)ouces sur 12, avait été mise en contact avec un nid au point ô (fig. 3 et 4) et sur le trajet de ce point à un autre a chargé de pâture, on avait disposé en ligne droite un petit tuyau en papier C et deux rangées de petits blocs de bois consistant chacune en cinq pièces longues de 3 pouces et hautes d'un pouce et demi. Une fois accoutumées à la route, les fourmis allèrent sans hésiter de ô en a en passant par le tuyau et entre les morceaux de bois ; 2® sans déranger l'alignement des blocs et du tuyau de papier, on fit pivoter la^ planche de manière à ce que le premier trajet des fourmis se trouvât en dehors (fig. ^de)\ mais elles ne parurent pas s'en apercevoir et s'en tinrent à la piste ; 3® la planche ayant été rendue à sa position première, les blocs furent alignés entre le point & et le coin f où l'on transporta la pâture
ROMANEa I. — 3
Fig. 3.
(Cig. 5). Cette fois encore, les fourmis suivirent la piste, mais
arrivés au point A elles dévièrent vers un autre point X ; 4° les blocs et la pâture étant disposés comme dans \ w le cas précédent , mais à
droite (fîg. 6\ les fourmis se rendirent d'abord en a puis en X et ne trouvant toujours pas leur pâture, se mirent à tâtonner. Il ne fallut rien moins que vingt-cinq minutes à la i)remière pour atteindre son but.
Enfin, comme dernière preuve de l'importance capitale du rôle que joue Todorat dans les explorations des fourmis, je
citerai un lait d'un intérêt tout particulier en tant qu'il montre qu'elles s'en rapportent à ce sens, en dépit des renseignements fort précis que leur fournit le sens de la direction ! « Près d'un nid de fourmis (F. niger) et au centre d'un plateau, j'avais placé une coupe contenant des larves. Or, tandis que les fourmis en revenaient avec leurs fardeaux, j'imaginai : 1° de tourner vers le nid le côté opposé du plateau ; 2° de transporter le plateau de l'autre côté du nid. Dans l'un et l'autre cas, elles suivirent la piste qu'elles avaient laissée en venant, et qui, par suite des changements opérés, les conduisait dans un sens diamétralement opposé à leur demeure. Donc, elles ne s'inquiétaient pas de la direction. »
D'après la manière dont les fourmis savent reconnaître les substances sucrées, il est à peu près certain qu'elles ont le sens du goût ; et quant au toucher, leurs antennes constituent des organes très perfectionnés.