Le Naturaliste au Nicaragua, IS
» rent droit à la prisonnière et eurent bientôt fait de la déli- » vrer. Il me semble qu'il y avait là plus que de l'instinct; il » n'y a que l'homme parmi les mammifères d'ordre supérieur, » qui soit capable de combiner ainsi secours et sympathie, et » il n'aurait pas montré plus d'ardeur et de constance à déli- » vrer un de ses semblables. »
Oui certes, si les émotions d'un être supérieur sont compa-. râbles à celles des insectes, c'est ici le cas de conclure pat analogie, à un sentiment d'amitié et de sympathie. Il n'y a rien d'étonnant à ce que des insectes dont l'ordre social est si bien organisé et repose sur le prmcipe de la coopération, manifestent comme un commencement d'altruisme dans leurs émotions ou dans leur instinct; c'est à quoi nous devions nous attendre, d'après la doctrine de la sélection naturelle. Il y aurait lieu, au contraire, de se demander comment il se fait que ces émotions, cet instinct, soient si peu développés chez certaines fourmis, comme chez les abeilles ; mais il faut bien le dire aussi, l'observation si précieuse de M. Belt se rapporte à l'espèce de fourmis qui présentent au plus haut degré l'instinct de la coopération, et chez laquelle, par suite, l'intérêt de l'individu s'accorde le plus avec celui de la communauté. On peut lui comparer dans nos parages, la fourmi F. Sanguinea. Le révérend \V. W. F. White a vu, à plusieurs reprises, cette dernière délivrer des compagnes dans des circonstances analogues à celle que rapporte M. Belt, dont il paraît ignorer les observations. Il représente même la manière dont trois fourmis se partagèrent la besogne pour en déterrer une autre.
Modes de communication.
Huber, Kirby et Spence, Dugardin, Burmeister, Franklin et plusieurs autres observateurs affirment , d'une manière plus ou moins positive, que chez les fourmis et les autres hyménoptères qui vivent en société, les membres d'une même communauté communiquent entre eux au moyen d'une sorte de langage ou d'un système de signes. Malheureusement, les faits sur lesquels ils se fondent ne sont pas détaillés avec assez de précision pour justifier une pareille conclusion. Ainsi
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le seul exemple que citent Kirby et Spence * ne prouve rien, parce qu'il, peut s'expliquer au moyen de Todorat, sans qu'il soit nécessaire de supposer qu'il y ait eu communication entre les insectes ; tandis qu'Huber s'en tient à des considt'Ta tiens générales sur « le frottement des antennes » sans détailler ses observations. Mais depuis quelques années, des preuves aussi nombreuses que précises sont venues confirmer Topinion générale et démontrer d'une manière concluante, que les fourmis se comprennent. Je commence par emprunter à Sir John Lubbock le récit de ses expériences les plus importantes :
« A trente pouces de distance d'un nid (F. niger) je dis- » posai trois verres, en les espaçant de six pouces, puis je » les reliai au nid au moyen de rubans parallèles. Dans l'un » des verres je mis de trois cents à six cents larves, dans un » autre trois ou quatre seulement ; et pour voir quelle part il » faudrait attribuer au hasard dans les opérations à venir (je » puis aussi bien dire, dès maintenant, qu'elle fut à peu près » nulle), je laissai le troisième vide. Gela fait, je mis une » fourmi dans chacun des verres à larves. Elles en prirent cha- » cune une, la portèrent dans le nid, revi nient à la charge, et » ainsi de suite. Après chaque voyage, j'avais soin de mettre » une larve dans le verre qui nen contenait que trois ou » quatre, afin de remplacer celle qui venait d'être emportée. » Or, si les fourmis venaient au hasard, ou si ayant vu leurs » amies chargées de larves, elles en avaient tout simplement » conclu qu'elles pourraient aussi en trouver au même en- » droit, il est clair que les deux verres auraient dti ies attirer » en nombres égaux ou à peu près. D'ailleurs, le nombre de » voyages étant presque le même pour chaque verre, les deux » pistes ne présenteraient pas de difi'éi ence sensible à l'odorat ; » et une fourmi, en voyant une autre porter une larve, ne » pourrait guère découvrir s'il en restait peu ou beaucoup. » Si au contraire, il y avait recommandation de la part dea » premières venues, l'observation devenait intéressante : Le- « quel des deux verres les nouveaux relais rechercharaient- » ils en plus grand nombre ? J'ajouterai que les nouveau.i » venus étaient mis à part au fur et à mesure qu'ils so pré- » sentaient, pendant toute la durée de l'expérience. »