‹ L'intelligence des animauxChapitre 48 sur 122 · ÉLEVAGE - ÉDUCATION · texte numérisé non relu

ÉLEVAGE - ÉDUCATION

Parvenues à maturité les larves tissent des cocons et deviennent chrysalides (œufs de fourmis des marchands d'oiseaux). -- Dans cet état elles n'ont plus besoin de nourriture, mais exigent encore des soins minutieux contre Thumidité, le froid et la malpropreté. — Quand l'insecte, complètement développé, est prêt à paraître, les ouvrières facilitent l 'opération en déchirant le cocon avec leurs dents. Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'elles ne semblent pas consommer cette délivrance à jour fixe, mais tantôt plus tôt, tantôt plus tard, suivant la rapidité du développement. « Au sortir de la chrysa- » lide le petit insecte est encore recouvert d'une mince peau, » semblable à une chemise, dont il lui faut se débarrasser. — » Cela se fait très adroitement; puis on le lave, on le brosse, » on le nourrit, enfin, tout se passe comme dans une famille » humaine. — Les cocons vides sont emportés hors du nid » et on peut en voir des tas pendant longtemps. — Certaines » fourmis les emportent au loin, ou s'en servent pour cons- » truire leurs habitations *. »

Education. — La ieune fourmi, à son entrée dans le monde, ne parait pas avoir une connaissance complète des devoirs qui lui incombent comme membre d'une communauté. — On la promène à travers le nid et « on lui apprend à prati- » quer les vertus domestiques, surtout à soigner les larves ». Plus tard, on lui enseigne à distinguer entre amis et ennemis. Quand un nid est attaqué, les jeunes fourmis ne prennent jamais part à la mêlée ; elles ne songent qu'à mettre les chrysalides hors d'atteinte. Du reste, le résultat d'une expérience que fit Forel démontre que ce n'est pas entièrement d'instinct que les fourmis reconnaissent les ennemis héréditaires de leur race. — Il avait réuni dans un casier en verre neuf espèces de fourmis naturellement ennemies, dont trois étaient représentées par déjeunes insectes et les autres par des chrysalides. Loin de se quereller, les jeunes fourmis semirentàsoi-, gner de concert les chrysalides, jusqu'à éclosion. Alors se présenta le spectacle curieux d'une colonie artificielle composée d'ennemis naturels et vivant en parfaite harmonie, comme ces « familles hétérogènes » que l'on voit dans les foires.

Pucerons. — Il est reconnu que les pucerons servent pour

1, Buchner, Geiàteslebeu der Thiere (pp. 66-67).

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ainsi dire, de vache à plusieurs espèces de fourmis. Huber fut le premier à découvrir ce fait ; il remarqua que les fourmis recherchent les œufs de pucerons, et leur donnent les mômes soins qu'aux leurs. Après l'éclosion elles pourvoient à la nourriture des jeunes pucerons et en tirent un liquide sucré et mielleux en leur frottant l'abdomen avec les antennes, ce qui produit une sorte d'excrétion. Ch. Darwin a également observé cette opération et voici ce qu'il dit à ce propos :

« Ayant remarqué sur une plante des fourmis qui surveilî> laient un groupe d'une douzaine de pucerons, je les séparai. » Au bout de quelques heures je pensai que les pucerons de- » vaient éprouver le besoin d'excréter et je les examinai à la » loupe, mais sans résultat ; j'essayai alors, sans plus de suc- » ces, d'imiter à l'aide d'un cheveu le chatouillement des an- » tenues des fourmis. Enfin je permis à une de ces dernières » de revenir auprès des pucerons. Elle parut aussitôt se » rendre compte de la bonne trouvaille qu'elle venait de » faire et se mit en devoir de traire le troupeau en détail. » Au contact de ses antennes, chaque puceron soulevait son » abdomen et en rejetait une goutte limpide et sucrée que la » fourmi s'empressait d'avaler ; affaire d'instinct du reste, car » les jeunes pucerons qui ne pouvaient être guidés par l'expé- » rience se comportaient de même. »

Oui, mais il en résulte aussi qu'il y a là, de la part des pucerons, production volontaire du liquide en question ; pour mieux dire, l'instinct qui les porte à le produire s'est développé en rapport avec les besoins des fourmis, si bien que le frottement des antennes agit comme cause déterminante de la sécrétion ; la preuve en est, que sans elle, les pucerons n'excrètent que lorsque l'accumulation du fluide sécrété les y forcent. Ici se pose la question de savoir comment concilier ce fait avec les principes de l'évolution ; comment cet instinct, dont profitent les fourmis, a-t-il pris naissance chez les pucerons qui, de prime abord, ne semblent en retirer aucun, avantage ! Ch. Darwin s'en tire de la manière suivante : a Qi\oiqu'il soit sans exemple qu'un animal se comporte de » telle ou telle façon dans l'intérêt exclusif d'un autre, il est » de fait que chaque espèce cherche à tirer parti de l'instinct /) des autres ; comme la sécrétion est très visqueuse, il est D probable que les pucerons trouvent commode d'en être dé-

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