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EXPLOITATION DES PUCERONS

» barrasses, et qu'ils ne l'excrètent pas uniquement pour le ' » plus grand bien des fourmis *. »

Certaines fourmis qui ont des pucerons construisent des galeries ou tunnels conduisant aux arbres ou arbustes sur lesquels paissent leurs troupeaux. Forel découvrit un de ces chemins couverts qui occupait toute la hauteur d'un mur, de chaque côté. Quelquefois, ces tunnels se prolongent de manière à englober la tige des plantes où résident les pucerons. Ces derniers se trouvent alors en prison, mais, en pareil cas, le tunnel s'élargit et forme des cavités considérables pour le logement des insectes. Les portes de ces cellules sont justes à la taille des fourmis ; les pucerons ne peuvent y passer. Forel cite un exemple curieux de ce genre de prison ou d'étable ; elle se trouvait aménagée dans l'intérieur d'une sorte de cocon suspendu à une branche, et contenait des pucerons dont les fourmis avaient le plus grand soin. Huber rapporte des cas analogues.

On doit à Sir John Lubbock des détails fort intéressants sur la manière dont les Lasiiis flaviis se comportent vis-à-vis des pucerons. Après avoir constaté qu'elles en soignent les œufs avec la plus grande vigilance et les transportent aux cellules inférieures de leur nid à la moindre alerte, il rapporte une série de faits tout à fait nouveaux qui révèlent un degré surprenant de méthode de la part de ces insectes dans leurs procédés.

« Je m'étais imaginé que mes œufs de pucerons apparte- » naient à Tune des espèces qui se trouvent d'habitude à la » racine des plantes qu'englobent les nids du Lashis flaviis. » Quelle ne fut pas ma surprise, après l'éclosion, de voir les » jeunes se diriger vers la sortie du nid, quelquefois même » avec l'aide des fourmis. Je mis à leur portée des racines » d'herbe, etc. . ., mais en vain ; ils semblaient lùal à leur aise, » erraient à l'aventure et finissaient par périr. Du reste, ils » ne ressemblaient pas à l'espèce souterraine. En 1878, j'es- » sayai de nouveau d'en élever, et réussis à faire éclore un » grand nombre d'œufs; mais ce fut là tout mon succès. » Cette année-ci, j'ai obtenu de meilleurs résultats. J'avais » mis les œufs dans un nid de Lasiiis flavus, près duquel se

1. Origine des espèces, sixième édition anglaise, pages 207-208.

5ï^ FOUUMIS

» trouvait un casier en verre contenant plusieurs spécimens » vivants de plantes que Ton trouve communément dans le » voisinage des nids de fourmis. L'éclosion eut lieu dans le » courant de la première semaine de mars, et les fourmis » transportèrent aussitôt une partie des jeunes dans le casier » aux plantes. Peu de temps après, je remarquai à Tembran- » chement des feuilles d'un pied de marguerites, quelques » petits pucerons dont je n'aurais pu retracer Torigine, mais » qui ressemblaient beaucoup à ceux du nid. En tout cas, » l'endroit semblait leur convenir, et il est certain que les » fourmis les trouvèrent à leur goût, car elles n'eurent rien » de plus pressé que de leur construire une prison sur place. » Les choses en restèrent là tout 1 été, mais, le 9 octobre, je » m'aperçus que les pucerons avaient fait des œufs entière- » ment semblables à ceux que j'avais trouvés dans les nids » de l'ourmis, et que plusieurs pieds de marguerites alen- » tour recelaient aussi des insectes et des œufs de la môme » espèce.

» J'avoue que cette découverte me surprit beaucoup. Les » observations d'Huber étaient déjà fort remarquables; mais, » enfin, qu'il y eût des œufs de pucerons dans les nids ou les » insectes eux-mêmes étaient enfermés, n'était, après tout, » qu'une coïncidence naturelle. Mais voici, d'une part, des » pucerons qui habitent des plants hors du nid et y déposent » leurs œufs vers le commencement d'octobre, de l'autre, des .^ fourmis qui, sans intérêt immédiat, enlèvent ces œufs pour » les mettre à l'abri dans leur nid, les soignent assidûment » pendant tout l'hiver et au mois de mars, sortent les jeunes » pucerons et les remettent sur la plante d'où ils proviennent. » C'est là, à mon avis, un trait de prudence très remarquable » démontrant que, si les fourmis de nos contrées ne font pas » de provisions pour l'hiver, elles soignent pendant six mois » les œufs qui assureront leur nourriture durant l'été. »

J'emprunte à la « Geistesleben der Thiere » de Bûchner, l'exemple suivant, raconté par M. Nottebohm, inspecteur des bâtiments à Carlsruhe, dans une conférence intitulée : « Colonisation des pucerons par les fourmis », le 24 mai 1876 ; il me paraît encore plus étonnant que ce qui précède : « De deux » jeunes saules pleureurs que j'avais plantés dans mon jardin, » à Kattowitz (Haute- Silésie), l'un réussit à souhait et attei-

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