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L'ESCLAVAGE CHEZ LES FOLRMIS

besogne; d'abord, les mâles et les femelles fécondes ne travaillent pas; ensuite, les femelles stériles ou ouvrières ne s'occupent que de la chasse aux esclaves, qui, par conséquent, deviennent Tunique soutien de la communauté. Les maîtres ne savent ni construire leurs nids, ni nourrir leurs larves ; ce sont les esclaves qui prennent l'initiative de l'émigration et qui, cette fois, portent leurs maîtres. Une trentaine de ces fourmis qu'Huber avait enfermées, avec leurs larves et leurs chrysalides, mais sans esclaves, dans un local bien approvisionné de leur pâture favorite, se montrèrent incapables de se nourrir elles-mêmes. En ayant vu périr plusieurs, il introduisit une esclave. Celle-ci se mit aussitôt à Tœuvre, nourrissant les survivants, soignant les larves et construisant des cellules.

Pour vérifier cette expérience, Lespès imagina de placer un morceau de sucre à proximité d'un nid. Survint une esclave qui, après s'être bien repue, retourna au nid. D'autres lui succédèrent, et ce marège durait depuis quelque temps, lorsque plusieurs maîtresse^., s'apercevant de ce qui se passait, vinrent rappeler leurs esclaves au sentiment de leurs devoirs, en leur tirant les jambes. Elles furent aussitôt servies. Les expériences de Forel confirment, en tous points, celles d'Huber. D'ailleurs, en ce qui concerne les fourmis du genre rufescens, il suffit de remarquer la conformation de l'insecte, pour voir qu'il lui est impossible de se nourrir lui-même. Les mâchoires longues et étroites sont faites pour transpercer la tête d'une ennemie ; mais ne peuvent servir à manger, qu'autant que la bouche de l'esclave y introduit la pâture à l'état liquide. Il faut donc chercher bien loin l'origine de cet instinct de l'esclavage, puisqu'il a eu le temps de modifier si profondément la conformation première de l'insecte. Voici comment Ch. Darwin se résume, après avoir parlé de la tâche respective des esclaves chez les Formica sangiiirea et ritfescens.

a Cette dernière espèce, dit-il, s'en rapporte entièrement à » ses nombreuses esclaves, pour la construction du nid, l'émi- » gration et l'alimentation de la communauté; elle ne peut » môme pas manger sans leur aide. Au contraire, l'espèce » sanguinea n'a qu'un petit nombre d'esclaves, surtout au » commencement de l'été, se charge de l'émigration, lorsque

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» le moment lai en paraît venu, et transporte ses serviteurs. » En Suisse comme en Angleterre, les fourmis maîtresses » vont seules à la chasse aux esclaves, mais elles leur con- » fient la garde des larves. En Suisse, maîtres et esclaves » travaillent de concert à la construction du nid et s'occupent » des aphides. En Angleterre, ce sont les maîtres seuls qui, » d'habitude, quittent le nid en quête de matériaux et de pâ- » ture, non seulement pour eux-mêmes mais aussi pour leurs >" esclaves et pour les larves ; ils font donc beaucoup plus de » besogne qu'en hiver. »

Ch. Darwin croit devoir attribuer la moins grande activité des fourmis maîtresses en Suisse, au nombre de leurs esclaves. Il dit avoir observé, en Angleterre, une communauté où les esclaves abondaient et vu les maîtres sortir du nid, en compagnie de quelques esclaves, se rendre à un pin d'Ecosse et en commencer l'ascension, sans doute, avec l'idée d'y rencontrer des aphides. Du reste, la chasse aux aphides serait, selon Huber, la principale occupation des esclaves en Suisse. Encore une observation de Darwin.

Il s'agissait de reconnaître si les fourmis du genre F. sanguinea distinguent les chrysalides du genre F. fusca (espèce paisible qui leur fournit d'habitude leurs esclaves) d'avec celle du genre F. flava, dont elles ne réussissent que rarement à s'emparer, et non sans de vifs combats. « Les chrysalides des » fourmis noires furent recueillies avec empressement, mais y> celles des fourmis jaunes firent, tout d'abord, l'effet d'un » épouvantail ; cependant, au bout d'un quart d'heure, les » fourmis jaunes, ayant quitté leur nid, que j'avais quelque » peu dérangé, l'ennemi reprit courage et enleva les chrysa- » lldes. 11 me parut évident que, dès le début, il avait reconnu » la différence entre les deux espèces de chrysalides. »

Il y a là un instinct remarquable, dont l'origine, d'après Ch. Darwin, s'expliquerait de la manière suivante : « J'ai sou- » vent vu, dit-il, des fourmis qui ne pratiquent pas Tescla- » vage emporter dans leur nid les chrysalides d'une autre » espèce que j'avais répandues aux alentours. Elles n'y virent » sans doute, qu'un genre de provision comme un autre ; mais » il peut arriver que quelques-unes de ces chrysalides se dé- » veloppent et que les fourmis étrangères, ainsi introduites, » se livrent aux travaux que leur instinct naturel leur in-

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