‹ L'intelligence des animauxChapitre 53 sur 122 · LES BÊTES DE SOMME · texte numérisé non relu

LES BÊTES DE SOMME

» dique. Or, si leur coopération est appréciée de la commu- » nauté — si l'espèce dont se compose cette dernière trouve » plus d'avantage à se procurer des serviteurs aux dépens » d'autrui que par la voie de la reproduction, Tliabitude de » recueillir des larves en guise de pâture pourrait, avec le » temps, se transformer, d'une manière permanente et pren- » dre l'esclavage pour objectif. Une fois acquis, et alors même » qu'il serait plus faible qu il ne se montre chez les F. san- » gxdnea en Angleterre, cet instinct pourrait se développer » dans la mesure de l'intérêt de l'espèce, et aboutir à un » type tel que celui des F. rufescens, dont l'existence même » dépend de l'esclavage. »

Les fourmis paraissent, en outre, se servir de certains insectes comme de bêtes de somme. Je citerai, à ce sujet, l'exemple que rapporte Perty, dans sa Vie intellectiielle des animaux (2« édition, page 329) :

« D'après Audubon, certaines punaises [leaf'l)vgs) servent » d'esclaves aux fourmis des forêts du Brésil. Lorsque ces » dernières ont coupé une quantité suffisante de feuilles, elles » se les font porter à domicile par une colonne de punaises, » rangées deux à deux. Elles en surveillent la marche, font » rentrer dans les rangs les punaises qui s'en écartent, hâtent » le pas des retardataires en les mordant, et. la corvée ache- » vée, les enferment dans quelque endroit où elles leur ser- » vent de maigres rations. »

Guerres. — Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet, car les faits abondent; mais je ne puis m'y étendre. Le « casiis helli » le plus fréquent provient du pillage des nids par les fourmis à esclaves. Les observateurs sont d'accord à reconnaître que. ce pillage s'effectue par une levée en masse d'une tribu qui fond sur un nid de l'espèce qui lui fournit ses esclaves.

D'après Forel et Lespès, des éclaireurs vont d'abord reconnaître le pays, et lorsqu'ils ont découvert un nid qui leur paraît se prêter à une attaque, ils y conduisent le corps d'expédition. Un jour, Forel vit plusieurs fourmis Amazones [F. rufescens), qui examinaient les abords d'un nid de fourmis noires {F. fusca). Mais les architectes connaissent leur affaire et savent si bien dissimuler les issues que l'ennemi en est souvent pour ses frais d'inspection.

Si toutefois, les esoions réussissent à se rendre comnte du

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terrain, ils retournent droit à leur nid. Forei en a vu se promener à la surface de leur domicile, comme s'ils délibéraient avant de prendre une décision ; puis, pénétrer dans le nid où Ton attendait évidemment leur rapport, car bientôt après, les guerriers commençaient à défiler en colonne d'attaque dans la direction du camp étranger. De son côté, Lespès donne les détails suivants sur ces expéditions :

« Elles n'ont lieu que vers la fin de Tété et en automne, » c'est-à-dire à l'époque où les fourmis ailées des races es- » claves (F. fusca et F. cunicularià), se sont déjà envolées ; » car les Amazones ne tiennent pas à ramener des bouches » inutiles. Vers trois ou quatre heures de l'après-midi, si le » temps est clair, les maraudeurs se mettent en route, tout » d'abord sans ordre apparent; mais bientôt ils se forment en » colonne et s'avancent rapidement, changeant chaque jour » de direction. Ils marchent en ordre serré, et l'avant-garde » semble, tout le temps, examiner le sol. A chaque instant, il » en arrive d'autres qui les devancent et grossissent la tète de » colonne. En attendant, ce qui les occupe, c'est de trouver » la piste des fourmis qu'elles se proposent de dépouiller et » c'est l'odorat qui les guide. Elles s'en vont reniflant, comme » des chiens de chasse, et viennent-elles à découvrir la piste, » elles bondissent aussitôt en avant suivies de toute la co- » lonne. La plus petite armée que j'aie observée comptait plu- » sieurs centaines de combattants, mais j'en ai vu qui for- » maient une colonne de cinq mètres de long sur cinquante » centimètres de large. Enfin, après une étape plus ou moins » longue (elle dure quelquefois une bonne heure), le corps » d'expédition arrive au nid convoité, y pénètre et en ressort » bientôt, suivi de la masse des assiégés. Des deux côtés, ce » sont les larves et les chrysalides qui absorbent toute Tat- » tention ; les unes cherchent à les dérober, les autres, à les » mettre hors d'atteinte sur les plantes voisines, sachant » les Amazones incapables de grimper. Les maraudeurs sont » poursuivis et dépouillés d'autant de butin que possible ; » mais ils ne font guère attention à ces attaques, et ne » songent qu'à retourner chez eux aussi vite que possible, » non pas par le chemin le plus court mais par celui qu'ils ont » déjà suivi et que leur odorat leur indique. De retour au nid, » ils confient leur butin aux esclaves et ne s'en occupent

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» plus. Quelques jours après, les chrysalides parviennent à » maturité, et les jeunes insectes prennent part, sans bron- 9 cher, aux différents travaux de la communauté ^ » Voici d'autres détails empruntés à Bûchner :

« De temps en temps, l'armée fait une courte halte, soit^ » pour permettre à l'arrière-garde de rejoindre, soit pour » discuter la marche suivie, soit enfin, parce qu'elle s'est » fourvoyée. Huber ne paraît avoir constaté qu'une seule mé- » saventure de ce genre ; mais Forel eût occasion d'observer » plusieurs bandes qui avaient fait fausse route. Selon lui, le » nombre des guerriers varie de cent à plus de deux mille ; » ils avancent d'environ un mètre par minute, mais la nature » des circonstances influe sur leur vitesse qui est naturelle- » ment moindre au retour lorsqu'ils sont chargés de butin. Si n la distance à parcourir est très grande, il arrive que les » fatigues de la marche devenant excessives, l'armée bat en » retraite; Forel en vit une qui se retirait après avoir franchi » deux cent quarante mètres I Quelquefois aussi à la vue » du camp ennemi le découragement semble s'emparer de x> l'expédition qui n'ose plus commencer l'attaque. Quand » l'emplacement du nid ne se révèle pas du premier coup, D des compagnies d'éclaireurs poussent des reconnaissances » en avant et rejoignent l'une après l'autre le gros de la 39 bande. Forel dit avoir vu une de ces armées passer un ï> premier jour à battre la campagne, s'avançanten zigzag et » faisant force haltes, et le lendemain, sûre de son chemin, j> se diriger rapidement et sans la moindre hésitation vers » son but. Il paraît qu'il ne suffit pas d'une seule fourmi sa- » chant le chemin pour guider une expédition ; il y en a tou- » jours un grand nombre d'aflectées à ce service. C'est au » retour que les erreurs se produisent le plus fréquemment » dans l'orientation, parce qu'empêtrées de butin comme » elles le sont, les fourmis éprouvent de la difficulté à se » comprendre. Alors on en voit se détacher de la bande, » parcourir les alentours jusqu'à ce qu'elles aient trouvé un » point de repère, et s'élancer sur la piste. 11 y en a qui ne » retrouvent jamais le chemin de leur domicile. Ce qui les » déroute le plus facilement c'est de ressortir du nid ennemi

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