GUERRES DE FOURMIS SANGUINES
geait vers un nid de fourmis noires, Forel y fit une brèche et vida à rentrée un sac plein de fourmis sanguines :
« Au moment où les habitants se portaient au dehors pour » refouler IMnvasion des fourmis sanguines, arriva Tavant- » garde Amazone. A la vue des fourmis sanguines, elle se » replia et attendit l'arrivée du corps d'armée. La nouvelle » parut tout d'abord déconcerter la bande, mais elle reprit » bientôt courage et se précipita en masse sur l'ennemie » Repoussée la première fois par les forces réunies des autres^- » espèces, elle revint à la charge, enleva le dôme et mit en » déroute Tarmée ennemie à laquelle venaient de se joindre » un grand nombre de Formica pratensis introduites par » Forel au milieu de la bagarre. Après un instant de repos » sur le champ de bataille, les conquérants pénétrèrent dans » le nid pour se saistr du butin; après quoi ils se mirent en » marche pour le retour, sauf quelques fourmis, qui, animées » d'une rage folle, restèrent à massacrer les vaincus et les » fuyards.
» Des Rufibarbes dont le domicile venait d'être saccagé » donnèrent la chasse à l'ennemi et le suivirent jusque dans » son nid qu'elles faillirent emporter d'assaut. Elles se jetaient » pour ainsi dire au devant de la mort et p«^rirent par cen- » taines, non sans avoir infligé des pertes aux Amazones. 11' » se trouva que le nid de ces dernières contenait des esclaves » Rufibarbes, qui prirent fait et cause contre les gens de leur » race. 11 y avait aussi des esclaves noires, de sorte que la » communauté comprenait trois espèces différentes.
» Les fourrais ont 1 habitude de retourner au même nid,. » tant qu'il n'est pas entièrement vide ou que les habitants ne » l'ont pas barricadé de nouveau. Une colonne revenait à un » nid pour le piller de nouveau; rencontrant à moitié chemin » son arrière -garde, elle apprit qu'il ne restait plus do » butin et changeant aussitôt son itinéraire, se dirigea vers » un nid de Rufibarbes qu'elle saccagea après avoir tué l:i » moitié des habitants. Après le départ de leurs ennemies, le » reste des Rufibarbes revint et se mit en devoir d'élever une » autre progéniture, mais treize jours plus tard les Amazones » se présentaient de nouveau et leur enlevaient un riche butin. » Lorsque les besoins de l'expédition ne réclament pas la pré- " sence de l'armée entière en un seul point, les fourmis se
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» fifirrinënt ai^detttba^esqui vont à la découverte diAcune » de son côté. Si la fortune n'en favorise cfu^une, l'autre se » joint à elle et l'aîmiée se trouve de nouveau réu»ie. En » sVfifbrçant de surmonter les obstacles de la route, un certain » nombre de fourmis se séparent du gros de la troupe, se per- » dent et ont une peine in^nie à retrouver le nid. Curieux de » savoir avec quelle rapidité les expéditions se succèdent, » Forel observa une colonie attentivement pendant trente » jours et la vit se mettre en campagne quarante-quatre fois » dans cet intervalle. Parmi ces incursions vingt-huit réussi- » rent complètement, neuf en- partie, le reste échoua. Quatre » fois larmée se partagea en deux. Les Rufibarbes et les ^ fourmis noires eurent à essuyer chacune la moitié des » attaques. Une razzia heureuse rapportait en moyenne un » millier de larves ou de chrysalides, de sorte que pendant un » été propice, une tribu puissante s'asaure probablement pour » l'avenir, près de quarante mille esolaves !
» Les batailles les plus sanglantes sont celles qui ont lieu de » temps à autre entre Amazones. Elles se mettent en pièces » avec une fureur incroyable, et l'on en voit quelquefois cinq » ou six qui se sont transpercées, rouler ensemble par terre » sans qu'il soit possible de distinguer entre ami et ennemi. » De même parmi les hommes la guerre civile est la pire de » toutes. »
Voyons maintenant comm^it les fourmis sanguines s'y prennent lorsqu'elles vont faire provision d'esdaves :
a Elles s'avancent par petites compagnies, et envoient » chercher des renforts en cas de besoin; il en résultequen » général leur marche s'opère assez lentement. 11 y a un » échange continuel de communications entre les différentes » compagnies, et la première arrivée au nid de l'ennemi ne » livre pas de suite un assaut comme le font les Amazones, « mais s'occupe à reconnaître la position en attendant que les jo autres se joignent à elle. Ce temps d*arrêt permet aux » assiégés de prendre leurs dispositions et souvent de faire » quelques prisonnières. Une fois les renforts arrivés, la » colonne d'attaque se forme en cercle autour du nid et, se » maintenant dans cette position, les mâchoires ouvertes et » les antennes en arrière, repousse les sorties des assiégés. » Puis, quand elles se seatent ^n iwmbre sufftsant .pour se
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tf'pbfttr'^ armant, elles livrent un aSsf&dstuI dans te but de s*em* » ' parer des portes et issues. Si elles réussissent, ce qui leur n» arrive presque toujours, elles établissent un corps de garde » à chaque ouverture, avec cbnsîgne de ne laisser sortir que » ceux dfes asisiégés qui se présentent les mains vides. De celte » matiièreil île reste bientôt plus au nid que les chrysalides.
V Les' faurmKs noires résistent un peu plus longteàips que les » Rudbarbes, et essaient de se barricader jusqu'au dernier » moïnent, alor^ même que toute résistance est inutile; mais » les fourmis sanguines en viennent facilement à bout; moins » impéinieuses qte le^ Amazones dont elles n*ont pas les armes » formidables, elles remportent par la taille et la force. Le » grois de Tartuëe pénètre alors.dans le nid pour y chercher le » butin, tandis que le reste poursuit les fuyards pour leur » enlever les chrysalides qui peuvent avoir échappé i la » vig^ance des seiitinelles , et les relance jusque dans les » tirousde grillons qui leur servent de refuge. En un mot, » c'eilt une véritable razzia. Au retour les ravisseurs ne se » pressent nullement, ils savent qu'ils n'ont rien à redouter » et mettent quelquefois plusieurs jours à vider un nid pour » peu qu'il soit d'une étendue considérable et à quelque dis-
V tance. Quant aux fourmis qui ont eu à subir pareille spoliais tion, elles s'éloignent pourtoujours.
» L'armée la mieux disciplinée et la mieux conduite parmi » les hommes ne s*y prendrait pas mieux pour attaquer une » ville ou une forteresse. »
Huber, témoin d'une bataille livrée par des fourmis sanguines, la rapporte en ces termes :
« Par une matinée de juillet, vers les dix heures, je vis une » petite colonne sortir du nid et se diriger rapidement vers & un nid de fourmis noires. A peine l'avaient- elles entouré, » qu'une partie de la garnison fit une sortie, leur indigea une » défaite et fit plusieurs prisonnières. Les débris se refcM»- » mèrent, attendirent l'arrivée des renforts et ne les trouvant 1 pas suffisants, envoyèrent des messagers en réclamer davan- » tage. Mais même lorsque les nouvelles forces furent à leur » disposition, elles semblèrent reculer à l'idée d'un combat, » et il fallut que les fourmis noires qui s'étaient formées en » phalange de deux pieds carrés vinssent les attaquer. » L'affaire commença par plusieurs escarmouches qui se
» transformèrent bientôt en une mêlée générale. Pendant que » rissue du combat était encore incertaine, les fourmis » noires avaient transporté leurs chrysalides vers un point » éloigné de leur nid ; lorsque la victoire parut leur échapper, » elles essayèrent de les emporter avec elles dans leur fuite. » Mais elles en furent empêchées, et durent laisser le butin » aux mains de Tennemi, dont le premier soin fut de s'as- » surer du nid en y mettant une garnison ; après quoi l'on se » mit au pillage, opération qui dura toute la nuit et le len- » demain. »
D'après Biichner, « les batailles entre fourmis de même » espèce amènent souvent une alliance permanente, surtout » quand les ouvrières sont en petit nombre de part et d'autre. » Plus sages en cela que les hommes, ces petits insectes » reconnaissent bien vite en pareille circonstance qu'au lieu » de s'entre-détruire en se battant il leur vaut bien mieux » s'unir. Quelquefois une colonie en évince une autre d'une » manière tout à fait amicale. Forel raconte qu'ayant placé 1 sur une table un nid de Lepiothorax acervorum et vidé » sur le morceau d'écorce qui le contenait, toute une co- » lonie de la même espèce, il vit ces dernières fortes de la » supériorité de leur nombre s'emparer du nid et en chasser » les habitants. Comme ceux-ci ne savaient où aller, ils » revenaient naturellement à leur domicile, mais à chaque » fois leurs adversaires les emportaient à une plus grande T> distance. Une des fourmis de la colonie envahissante arriva » ainsi chargée jusqu'au bord de la table, et s'étant assurée, » au moyen de ses antennes, qu'elle se trouvait pour ainsi » dire au bout du monde, elle lança impitoyablement son » fardeau dans le vide, attendit quelques instants pour voir » si elle n'avait pas manqué son coup, puis reprit le chemin » du nid. Cependant Forel avait ramassé la fourmi qui était » tombée à terre ; il la mit sur le passage de son adversaire » à son retour, et put voir cette dernière exécuter la même » manœuvre que la première fois. L'expérience fut répétée » à plusieurs reprises et toujours avec le même résultat. En » fin de compte, les deux colonies furent enfermées dans un » même casier en verre et apprirent peu à peu à s'entendre. »
Il y a des cas où les fourmis guerrières se montrent très cruelles :